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    Mobilité urbaine

    Payer son trajet de bus par carte de crédit?

    La Société de transport de Laval a lancé un projet pilote pour permettre le paiement par carte de crédit dans 6 de ses 45 lignes d’autobus.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La Société de transport de Laval a lancé un projet pilote pour permettre le paiement par carte de crédit dans 6 de ses 45 lignes d’autobus.

    Payer son transport en commun directement avec sa carte de crédit au lieu de se munir d’un ticket au préalable ou d’avoir un peu de monnaie dans ses poches? C’est le défi que se sont lancé plusieurs villes à travers le monde ces dernières années. De Londres à Chicago, en passant par Moscou ou Madrid, et depuis peu Laval, le système est en train de faire ses preuves. Mais la Société de transport de Montréal (STM) ne compte pas pour autant suivre la tendance.


    Chaque premier du mois, le temps d’attente pour recharger sa carte OPUS n’est plus un secret pour personne à Montréal : les habitués du transport en commun ont désormais l’habitude de s’armer de patience. Pourtant, l’idée de payer directement son trajet par carte bancaire pour prendre le bus ou le métro n’est pas à l’ordre du jour pour la Société de transport de Montréal (STM). « Le paiement par carte de crédit dans les bus n’est pas prévu, ce n’est pas dans nos cartons », affirme la porte-parole, Isabelle Tremblay, sans donner de détails sur les raisons de ce désintérêt.

     

    Ces dernières années, la STM a lancé plusieurs initiatives pour améliorer la situation : la possibilité de payer par carte bancaire dans les bornes de rechargement des stations ou la possibilité de recharger de chez soi avec un lecteur OPUS. Une solution qui n’a pas connu une grande popularité auprès des Montréalais. En date du 17 avril, 22 345 lecteurs avaient été vendus depuis 2015 ; plus de 600 000 usagers possèdent une carte OPUS. Le projet avait totalisé un investissement de 7,6 millions de dollars. Des chiffres toutefois à nuancer, selon Mme Tremblay. « Le lecteur n’est pas à utilisation unique. Des écoles, des familles ou des employés d’entreprises peuvent en bénéficier. »

    22 345
    C’est le nombre de lecteurs Opus vendus depuis 2015 en date du 17 avril 2017.
     

    Si la STM n’envisage pas le paiement par carte de crédit, elle travaille actuellement sur un système de paiement mobile.

     

    Depuis l’automne dernier, elle teste auprès de plusieurs employés un système de validation des titres de transport avec des téléphones Android. « On est encore en phase test, précise Isabelle Tremblay. Cet exercice permettait de mettre à l’épreuve les équipements de perception du réseau de métro et de tester les fonctionnalités de la technologie NFC dans un environnement réel. » Pour le moment, aucune date n’est envisagée pour la diffusion grand public. La STM prévoit un appel de proposition au cours de l’année.

     

    Laval se lance

     

    La ville voisine s’est quant à elle plongée dans l’expérience le 21 avril dernier, une première au Canada. Un terminal de paiement sans contact Monetico, développé par Desjardins, a été ajouté dans 6 des 45 lignes d’autobus de la société de transport de Laval (STL). Le système est simple, explique David De Cotis, président du conseil d’administration de la STL. « Avec une carte de crédit Visa ou MasterCard, dotée du “sans contact”, le client a juste besoin de toucher le terminal pour que le paiement soit effectué instantanément, pas besoin de l’insérer quelque part ou de taper un code d’identification. »

    Photo: STL
     

    Avec ce projet-pilote, la STL vise surtout à faciliter la vie des personnes qui utilisent occasionnellement le transport en commun. Elles n’auront ainsi plus besoin d’investir dans une carte OPUS ou de dépenser trop d’argent dans des tickets à l’unité, facilement égarés. « Les gens ne connaissent pas toujours les tarifs, ou ils n’ont pas de monnaie sur eux. En permettant de payer avec une carte de crédit, ça crée des passages spontanés, c’est ce qu’on veut encourager », soutient de son côté le directeur général de la STL, Guy Picard.

     

    Cinq jours après le lancement, la STL avait déjà enregistré une centaine de transactions dans les bus concernés. Rien d’étonnant, selon Stéphane Hallé, du Mouvement Desjardins, qui a travaillé sur le projet avec la STL. Le paiement sans contact, rendu possible avec la technologie Near Field Communication (NFC), a déjà fait sa place dans le quotidien des Canadiens, rappelle-t-il. « Café, restauration rapide, stationnements, magasins : faire une transaction est de plus en plus simple et rapide. […] Un peu plus de 30 % des transactions aujourd’hui sur une carte de crédit sont faites au sans contact au Canada. »

     

    La STL pourrait également lancer un projet-pilote au cours de l’année pour tester le paiement par téléphone intelligent. « On en est à la phase des discussions pour le moment », confie Guy Picard.

     

    Aux yeux de Martin Trépanier, professeur au département de mathématiques et de génie industriel de Polytechnique à Montréal, le désintérêt de la STM pour le paiement par carte de crédit semble découler d’une décision commerciale avant tout. « Il y a un ajustement à faire, c’est ça qui peut être très coûteux. Imaginez la STM qui a plus de 1500 autobus, 68 stations de métro… ça en fait des terminaux de paiement à changer ou ajouter », explique-t-il.

     

    Le paiement par téléphone lui apparaît même comme un « moyen plus flexible », tant pour la STM que pour les usagers. « La carte de crédit va payer un passage. Alors que, sur le téléphone, l’application permet de voir les différents titres de transport qu’on peut utiliser, ça calcule pour nous. On peut s’abonner une journée, ou plusieurs jours. »

    En mobilité urbaine, la flexibilité reste la clé. Communauto, Car2go, Uber, tout le monde se dirige vers le téléphone comme moyen de paiement
    Martin Trépanier, professeur à l’École polytechnique
     

    Londres, un exemple

     

    La technologie s’immisce ainsi de plus en plus dans le secteur des transports. Madrid, Chicago, Moscou ou encore Londres, plusieurs villes à travers le monde ont déjà adopté le paiement par carte de crédit sans contact. D’autres, telles que Paris ou Bordeaux, pensent sérieusement à leur emboîter le pas.

     

    Londres reste le premier exemple cité par les professionnels et experts du milieu. La capitale du Royaume-Uni propose depuis 2014 aux usagers des transports de payer leur passage dans le bus ou dans le métro directement avec leur carte de crédit. Et depuis 2015, il est aussi possible d’utiliser son téléphone intelligent pour effectuer la transaction avec Apple et Android Pay.

     

    « L’avantage premier, c’est que l’on n’a pas besoin de penser à recharger la carte Oyster [la carte OPUS de Londres] et ça permet d’éviter de perdre du temps sur les bornes de rechargement. De plus, je suis sûr de l’avoir toujours sur moi », confie Dorian Grimaud, un Français installé à Londres depuis deux ans et demi.

     

    Le système développé par Transport of London est avantageux tant pour les usagers occasionnels que pour les habitués puisqu’il compare de lui-même toutes les offres en alignant ses tarifs avec les abonnements illimités de l’Oyster. Pour le client qui paie des passages à l’unité, à partir d’un certain nombre de trajets, le système bascule automatiquement sur des formules illimitées à la semaine ou au mois.

     

    « Plus besoin de calculs scientifiques pour déterminer quand sont les prochaines vacances [et voir si l’abonnement vaut la peine] », ajoute Dorian Grimaud.

     

    D’après le professeur à la Polytechnique, Martin Trépanier, « En mobilité urbaine, la flexibilité reste la clé, rappelle-t-il. Communauto, Car2go, Uber, tout le monde se dirige vers le téléphone comme moyen de paiement. » Il reconnaît cependant qu’une bonne partie de la population ne possède pas forcément de téléphone intelligent, alors que la carte de crédit s’est généralisée.

     

    Dans tous les cas, les grandes villes devront un jour ou l’autre s’adapter à ces nouvelles technologies, croit-il. « C’est dans l’air du temps, on n’aura pas le choix que d’aller vers ce genre de systèmes, c’est l’avenir. »

     













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