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    Les mains baladeuses

    La main dans le sac ou la main sur la fesse. Ce sont aujourd’hui les deux gestes qu’il ne faut plus poser pour quiconque rêve de politique. Le candidat de droite François Fillon, qu’on prédisait grand vainqueur de la présidentielle française il y a cinq mois, en est le dernier exemple. Défait au premier tour — après des semaines de campagne ponctuées de « Rends l’argent ! » —, le député de Paris vient de retirer ses billes du jeu. Les « emplois fictifs » (à sa femme et à ses enfants) ont fait de lui un cocu de la politique de la même façon que les partouzes de l’ex-dg du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn, ont haché menu ses visées sur l’Élysée.

     

    MM. Fillon et Strauss-Kahn n’ont pourtant rien fait que d’autres politiciens n’aient fait des centaines de fois avant eux. Seulement, signe de l’évolution des moeurs politiques, il est de rigueur aujourd’hui de taper sur le clou de la corruption et de l’agression sexuelle.

     

    Combien de politiciens, ici au Québec, ont été interpellés pour de tels écarts de conduite au cours des deux dernières années ? (Je vous laisse le soin de dresser votre propre liste…) Des politiciens qui, il n’y a pas si longtemps, n’auraient pas eu à s’inquiéter de ce genre de roublardise financière ou « d’excès d’enthousiasme », pour parler comme le député libéral récemment pris à partie pour son comportement envers les femmes.

     

    La dernière élection américaine est également pleine d’instruction à cet égard. Le concours présidentiel s’est décidé entre une femme largement perçue comme malhonnête, « Crooked Hillary », et un homme pour qui la chasse à la femelle est le sport favori, Donald « Grab them by the pussy » Trump. Les résultats de cette élection démontrent aussi que, des deux, corruption ou agression sexuelle, le premier (ou, du moins, sa perception, car en politique c’est bien ce qui compte) est à ce jour beaucoup plus condamnable. Après la révélation qu’un prédateur sexuel pourrait bien se retrouver à la Maison-Blanche, plusieurs croyaient que c’en était fait de Donald Trump. Mais non. C’est Hillary Clinton, la supposée menteuse, qui a dû payer la note.

     

    Trump, lui, avait un as dans sa manche : celui d’incarner l’anti-establishment, la remise en question des partis traditionnels, la revanche des laissés-pour-compte, et j’en passe. Encore aujourd’hui, il se trouve protégé par un genre de kriptonite qui lui confère des pouvoirs surhumains, effaçant du même coup les mensonges, les banqueroutes, les impôts non payés, l’ignorance, l’inexpérience, la mesquinerie et la misogynie. Ce que les Français, eux, appellent « l’anti-système ».

     

    C’est fou comment ne pas appartenir à la classe politique peut aujourd’hui vous mener loin en politique ! Ça rend carrément gaga. Voyez Emmanuel Macron. Depuis dimanche dernier, on n’en peut plus d’applaudir à sa victoire comme à la « recomposition à grande échelle des forces politiques ». C’est un nouveau jour de la Bastille, la découverte d’un nouveau monde et de tous les possibles ! Pourtant, l’homme demeure « insaisissable », n’a pas de grandes idées à lui, balance de droite à gauche comme un métronome de piano, n’est ni particulièrement charismatique ni particulièrement bon orateur. L’homme est certes plus « respectable » que celui aujourd’hui domicilié à la Maison-Blanche, mais il n’a guère d’originalité — à l’exception notoire de son choix de partenaire, une femme de 24 ans son aînée. Là-dessus, on ne sait trop quoi ajouter. On reste un peu bouche bée.

     

     

    C’est fou, en fait, combien l’ambition brute et l’assurance pure et dure de ces chefs politiques instantanés (Donald Trump, Emmanuel Macron et d’autres) peut mener loin. Bien sûr, l’enthousiasme que suscite M. Macron est en partie dû à sa victoire sur Marine Le Pen. On applaudirait Frankenstein dans ce rôle tant le spectre de l’extrême droite fait trembler la France. Avec raison. Mais une part de ces soupirs appuyés, de ces applaudissements nourris s’adresse aussi à la coquille vide, à ce mythique « centre » sans véritable queue ni tête incarné par En marche !, à ce « triangle des Bermudes » dans lequel, par manque de solution de remplacement, on est prêt maintenant à se laisser aspirer.

     

    Politiciens et politiciennes de demain, tenez-vous-le donc pour dit : les mains baladeuses, quelle que soit leur destination ultime, c’est non. Les idées baladeuses, par contre, celles que vous emprunterez à d’autres, celles qui vont et qui viennent et qui vous donneront cette allure ô combien dans l’air du temps, ça, c’est un gros oui. Profitez-en pendant que ça passe. On ne pourra pas faire l’économie de principes, de valeurs et de visions à long terme éternellement.













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