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    Expo 67

    Les premiers pas du multimédia

    Une installation de Charles Gagnon dans le pavillon Chrétien
    Photo: John Max Fonds Charles Gagnon Une installation de Charles Gagnon dans le pavillon Chrétien

    Plus de 5000 films en tous genres furent présentés à Expo 67. Qui fut le lieu de toutes les explorations : immenses écrans qui préfiguraient IMAX, environnements multimédias novateurs, cinéma interactif, nouveaux modes narratifs.

     

    « Habituellement, les expositions universelles étaient connues pour l’originalité des recherches architecturales, fait remarquer Monika Gagnon. Mais plusieurs observateurs sont d’avis que le cinéma et le multimédia ont surpassé les audaces architecturales à Expo 67. »

     

    Monika Gagnon est professeure en communications à l’Université Concordia. Avec d’autres collègues, elle a lancé le projet de recherche CinemaExpo67. Pour ce groupe, Expo 67 s’est démarquée des autres expositions universelles « par ses déploiements cinématographiques et audiovisuels spectaculaires, prenant la forme d’architectures urbaines et futuristes. Aucune exposition universelle avant Expo 67 n’avait expérimenté autant de technologies photographiques, filmiques et télématiques. »

    850
    C’est le nombre de pavillons et de bâtiments en tous genres sur le site
     

    Le journaliste canadien Robert Fulford, qui avait arpenté l’Expo en long et en large et qui avait publié en 1968 un livre de souvenirs, This Was Expo, constatait pour sa part que « la recherche d’une expérience immersive était au coeur du travail des créateurs ». Expo 67 a représenté une véritable « révolution » dans le domaine du cinéma, soutient-il.

     

    Les artistes ont expérimenté des environnements multimédias inédits, explique Monika Gagnon au Devoir. « Depuis sa naissance, le cinéma avait essentiellement évolué selon le modèle d’une présentation fixe sur un seul écran, avec des spectateurs assis devant, dit-elle. Mais à Expo 67, ce cadre a éclaté. Le spectateur pouvait faire son propre montage en regardant plusieurs écrans. »

     

    Propositions audacieuses

     

    Le pavillon du Labyrinthe fut un des plus courus de l’Expo, et ses propositions étaient particulièrement audacieuses. On y présentait sur d’immenses écrans verticaux et horizontaux un film de l’ONF autour du mythe de Thésée contre le Minotaure, et les spectateurs prenaient place dans quatre longues galeries, dans une salle de quatre étages.

     

    Le pavillon de la Tchécoslovaquie était également un des moments forts de l’Expo. Il présentait un film, Kinoautomat, « probablement le premier film interactif au monde », selon Monika Gagnon. Pendant la projection, l’action s’arrêtait et les spectateurs devaient choisir entre deux éléments narratifs à l’aide d’un petit bouton sur l’accoudoir du siège. Le film continuait selon le vote majoritaire de la salle.

     

    La vie polaire, présenté dans le pavillon thématique L’homme interroge l’univers, est un autre film emblématique de l’Expo. Il avait été réalisé par Graeme Ferguson, qui sera un des coinventeurs du système IMAX quelques années plus tard. Le film partait à la découverte de la vie arctique et de la culture inuite. Les spectateurs étaient installés sur un plateau qui tournait lentement au centre de onze énormes écrans, voyant trois écrans à la fois. Plusieurs spécialistes soutiennent que Ferguson y a expérimenté une organisation spatiale qu’il a par la suite développée avec IMAX.

     

    Dans le pavillon Chrétien, un pavillon oecuménique qui regroupait plusieurs églises, le réalisateur Charles Gagnon proposait Le 8e jour, un film de 14 minutes qui utilisait plus de 300 photographies et 40 haut-parleurs pour bombarder les spectateurs d’images et de son. Combinant photos, films d’actualité et images animées, le film était un collage qui critiquait la technologie de la guerre et la culture de consommation, entre autres. Gagnon avait d’ailleurs déclaré dans une entrevue que ce pavillon voulait mettre en pratique les idées de « communication totale » prônées par Marshall McLuhan.

    La recherche d’une expérience immersive était au cœur du travail des créateurs
    Le journaliste canadien Robert Fulford
     

    Un film en 360 degrés

     

    Le film de plus célèbre de l’Expo demeure Canada 67, présenté au pavillon du Téléphone. Un film tellement sensationnel qu’on pouvait faire la file pendant des heures pour entrer dans le pavillon. Réalisé par Robert Barclay et produit par Walt Disney, le film de 22 minutes était une ode aux beautés du Canada. Le réalisateur avait filmé, par exemple, les chutes Niagara, le Carnaval de Québec, le Stampede de Calgary, un voyage en bateau au large d’Halifax, et même une partie de hockey au Forum entre le Canadien et les Maple Leafs.

     

    Le propos était convenu et plutôt patriotique, mais sur le plan technique, le film était éblouissant, du jamais vu. Il était présenté sur un écran de 7 mètres de haut ayant une circonférence de plus de 83 mètres, et il utilisait 9 caméras 35 mm synchronisées en cercle, avec 15 haut-parleurs.

     

    Environ 1200 personnes prenaient place dans une salle ronde, et le film se déroulait littéralement partout autour d’elles, sur 360 degrés. Comme le faisait remarquer Robert Fulford, il était impossible de tout voir puisqu’il aurait fallu avoir des yeux tout le tour de la tête.

    50 millions
    Le nombre de visiteurs a atteint en six mois 50 306 648 personnes. On avait prévu en accueillir 30 millions.
     

    On notera d’ailleurs que ce pavillon présentait aussi différents objets exposés censés illustrer le téléphone de l’avenir, dont des vidéophones que les visiteurs pouvaient tester.

     

    Ce vidéophone n’a jamais été commercialisé… mais la téléphonie vidéo est devenue une réalité grâce à une invention dont personne ne parlait en 1967, Internet, qui a permis de développer les caméras Web et Facetime !

     

    Dans le cadre d’une exposition qui sera présentée au Musée d’art contemporain de Montréal cet été, des chercheurs ont tenté de retrouver certains des films de l’Expo. « Quelques-uns ont été reconstitués, explique Monika Gagnon, une des responsables de cette exposition. Mais la plupart de ces films sont perdus dans les archives, et de toute façon leurs formats étaient tellement bizarres et complexes qu’il est difficile de les présenter dans une salle normale. »

     

    Mais ils sont manifestement les ancêtres des environnements multimédias d’aujourd’hui, et ils témoignent d’une époque — les années 60 — pendant laquelle des créateurs tentaient de faire éclater tous les cadres.













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