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    Des pages d’Histoire à réécrire sur l'Holocauste

    La bibliothèque Wiener de Londres ouvre ses archives sur l’ONU et la Shoah

    Des femmes sont représentées dans leur caserne après la libération en janvier 1945 du camp de concentration d'Auschwitz.
    Photo: Agence France-Presse Des femmes sont représentées dans leur caserne après la libération en janvier 1945 du camp de concentration d'Auschwitz.

    Qui a dit que la Deuxième Guerre mondiale avait révélé tous ses secrets majeurs ? En voici un nouveau d’éventé et tout un : la bibliothèque Wiener de Londres annonce que les archives de la Commission des crimes de guerre des Nations unies qu’elle garde jalousement depuis des décennies seront rendues publiques cette semaine. Par contre, l’accès en sera limité aux chercheurs qui pourront se rendre sur ses lieux de conservation et de numérisation.

     

    Les rares informations dévoilées pour marquer le coup ébranlent déjà l’historiographie de la Shoah. Elles montrent que les Alliés détenaient des preuves irréfutables de l’existence de camps d’extermination nazis dès 1942. Des documents témoignent en particulier des camps d’Auschwitz et de Treblinka, deux des principales usines de mort des Juifs d’Europe.

     

    D’autres dossiers vont permettre de repenser l’histoire de la traque aux criminels de guerre pour les juger et les punir. Les gouvernements de Pologne et de Chine auraient fait les premières pressions en ce sens avant que les grandes puissances — les États-Unis, la Grande-Bretagne et la Russie — ne s’engagent vers les tribunaux de Nuremberg et de Tokyo en en tirant le mérite.

     

    Le dévoilement comprend des dizaines de milliers de dossiers rassemblés pendant les années 1940, y compris les dernières années du conflit mondial. Les sources plongent dans toute l’Europe en guerre. Des centaines de milliers de pages n’ont jamais été vues et encore moins étudiées depuis la fin des travaux de la Commission, en 1949.

     

    Il y a donc encore à apprendre et comprendre sur ce temps qui a déjà fait se remplir des kilomètres de rayons de livres d’histoire. « L’ouverture des dossiers onusiens sur l’Holocauste va réécrire un chapitre de l’histoire », jugeait mardi le quotidien britannique The Guardian qui a reçu l’exclusivité de la nouvelle. Le communiqué de l’institution renvoie carrément au site du média londonien.

     

    La professeure Yolande Cohen, du Département d’histoire de l’UQAM, situe cette percée dans le mouvement historiographique des dernières décennies. « Les archives de l’Union soviétique et de la Pologne ont déjà permis plus récemment à beaucoup de chercheurs de renouveler le travail sur l’Holocauste, dit-elle au Devoir. Une bonne bibliothèque a été réalisée à partir de ces archives de l’Europe centrale dans différentes langues. L’historien américain Timothy Snyder, le plus connu, a proposé récemment des synthèses de ces nouvelles recherches. L’ouverture de la Wiener Library est un peu la suite de tout ce mouvement. »

     

    Pas de copies, s’il vous plaît

     

    L’annonce de l’accès aux documents pour les chercheurs correspond au jour de la publication d’un essai du professeur Dan Plesch, de l’Université de Londres, sur l’histoire des poursuites entamées contre les criminels de guerre telle que révélée par les archives secrètes. Pour avoir accès aux dossiers sous scellés à quelques rues de son bureau, le professeur Plesch a d’abord dû obtenir un accord de son gouvernement, puis une autorisation du secrétaire des Nations unies. Il n’a pas pu copier les textes et photos consultés, ni même prendre de notes.

     

    Le savant a ensuite travaillé ferme, avec l’aide d’élus, pour déverrouiller le système. Il a réussi en partie.

     

    La table des matières onusienne sera disponible vendredi, en ligne. Par contre, les archives numérisées comme telles ne seront accessibles qu’à partir d’un ordinateur de l’institution. Les chercheurs intéressés doivent préférablement prendre rendez-vous et impérativement signer un engagement de non-publication du matériel consulté. Les demandes de copies seront considérées au cas par cas, avertit la bibliothèque.

     

    Et le Canada ?

     

    La création de la commission (UNWCC, selon son acronyme anglais, plus connu) a été suggérée en août 1942 par les Alliés pour juger les criminels de guerre. Sa première réunion date de 1943. Elle comprend alors 17 membres, dont le Canada. Ses travaux ont cessé en 1949. La guerre froide commençait et il devenait stratégiquement pressant de ménager la République fédérale d’Allemagne.

     

    La poursuite des criminels de guerre a alors passablement ralenti. Les archives ont ensuite été déposées à la Wiener Library.

     

    Cette institution a été fondée en 1934, à Amsterdam, par Alfred Wiener pour documenter l’antisémitisme nazi. Sa terrible collection a été déménagée à Londres avant le début de la Deuxième Guerre mondiale, un peu comme la célèbre collection de l’Institut Warburg, expatriée de Hambourg en partie grâce au professeur et futur Montréalais Raymond Klibanski (1905-2005). La bibliothèque Wiener jouxte le Russel Square, près du British Museum.

     

    « La Wiener Library est la plus ancienne institution sur l’Holocauste et sa collection est une des plus riches sur le sujet », commente Marie Lamensch, coordonnatrice de projet de l’Institut montréalais d’études sur le génocide et les droits de la personne de l’Université Concordia. Elle-même a déjà travaillé à la bibliothèque londonienne. « Mais avoir attendu si longtemps pour ouvrir les archives de l’ONU n’a pas vraiment de sens. On aurait au moins dû les ouvrir à la fin de la guerre froide. »

     

    Son centre de recherche montréalais en est un héritier institutionnel. Mais personne ne sait encore si les archives londoniennes révéleront des informations sur le Canada ou Montréal, où sont venus s’installer des dizaines de milliers d’Européens, des rescapés juifs en particulier, après la Deuxième Guerre mondiale.

     

    Mme Lamensch établit d’ailleurs un parallèle avec notre époque, en concordance des temps, autour de la question des réfugiés et des interventions préventives hier comme aujourd’hui « Il y aura certainement des leçons à tirer de ces archives, note-t-elle. On voit que les erreurs commises à ce moment-là continuent. On l’a vu au Rwanda quand les Nations unies ont refusé d’agir. On l’a vu en Syrie quand les premiers massacres en 2011 et 2012 n’ont pas mené à une action et maintenant que les choses sont encore plus terribles. »













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