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    Vimy

    Une victoire canadienne de second ordre

    Cette attaque est la première de la Grande Guerre menée par des troupes du Canada

    Des soldats canadiens entourant une mitrailleuse prise aux Allemands durant la bataille de la crête de Vimy, en avril 1917
    Photo: Collection d’archives George Metcalf Musée canadien de la guerre Des soldats canadiens entourant une mitrailleuse prise aux Allemands durant la bataille de la crête de Vimy, en avril 1917

    La bataille de Vimy. Première attaque menée par des troupes canadiennes durant la Première Guerre mondiale, elle a depuis été élevée au rang de légende nationale. S’il s’agit effectivement d’une belle victoire militaire, la reconquête de cette crête du nord de la France n’a toutefois pas joué de rôle significatif dans le déroulement de la grande boucherie de 1914-1918.


    Lundi de Pâques 1917. Ce 9 avril, à 5 h 30 du matin, un coup de canon isolé donne le signal de l’attaque sur la crête de Vimy, une petite colline située dans le nord de la France, près de la ville d’Arras. Précédés d’un barrage d’artillerie qui s’abat sur les tranchées allemandes, près de 20 000 soldats canadiens se lancent à l’assaut de cette colline boueuse, parsemée de cratères et déjà labourée depuis quelques jours par des milliers d’obus tirés en préparation de l’attaque.

     

    Les soldats, qui émergent notamment de tunnels creusés pour permettre de s’approcher au plus près des lignes ennemies sans être repérés, font face à des forces allemandes solidement implantées sur cette crête, qu’ils occupent depuis l’automne 1914.

     

    Dans le bruit des explosions et des mitrailleuses, les Canadiens traversent d’ailleurs un véritable cimetière car les armées française et britannique ont tenté, en 1915 et 1916, d’en reprendre le contrôle. Carl Pépin rappelle que « des dizaines de milliers de soldats » ont été tués ou blessés lors de ces assauts ratés. Il faut dire que cette crête, qui culmine à 145 mètres, constitue un point stratégique qui permet de surveiller tout ce qui se passe dans la région. D’où son importance pour les deux camps.

     

    Préparation soignée

     

    Contrairement à plusieurs autres attaques suicidaires menées depuis le début de la guerre, en 1914, la bataille lancée en avril 1917 a fait l’objet d’une préparation minutieuse. Quelques mois après l’échec des Alliés lors de la bataille de la Somme — l’une des plus sanglantes de la guerre avec ses 400 000 morts —, les militaires s’assurent notamment de détruire plus efficacement les défenses allemandes. Le plan de bataille fait aussi l’objet d’une véritable préparation.

     

    Malgré tout, le caractère extrêmement brutal du conflit se révèle pleinement quelques heures à peine après le début de l’assaut. « Des hommes blessés jonchent le sol dans la boue, dans les trous d’obus et dans les cratères creusés par les mines. Certains hurlent en direction du ciel, d’autres gisent en silence, les uns implorant de l’aide, les autres luttant pour ne pas être engloutis dans des cratères remplis d’eau », note un membre d’une division canadienne-anglaise avant de monter à l’assaut, à 9 h 30.

     

    Au cours des trois jours de cette bataille, qui se terminera le 12 avril, 3600 soldats seront tués, en plus de quelque 10 000 blessés. Des pertes qui, pour l’époque, demeurent « relativement limitées », selon Carl Pépin, qui a déjà travaillé comme guide à l’imposant mémorial canadien de Vimy, en France. Une situation qu’il attribue à l’ampleur des efforts déployés pour préparer l’assaut. Autre caractéristique notable : la rapidité avec laquelle la crête a été conquise. À la fin de la journée du 9 avril, la plupart des objectifs avaient été atteints.

     

    À l’époque, le fait d’armes est largement relayé au Canada, où on utilise le discours de propagande de circonstance. Dès le 10 avril, on peut lire dans le récit publié dans Le Devoir : « Les troupes canadiennes, bien que harassées par le feu violent de l’ennemi, se levèrent avec enthousiasme ; d’un suprême élan, elles gagnèrent les tranchées ennemies, pour cueillir le fruit de mois de préparation meurtrière. » Le jeune quotidien titre le lendemain : « L’avance des Canadiens constitue l’un des plus remarquables exploits de la guerre. »

     

    Si la plupart des soldats de Vimy étaient des anglophones, des Canadiens français ont aussi pris part à la bataille. Carl Pépin explique qu’environ 500 soldats originaires du Québec ont combattu sur cette crête, notamment au sein du 22e Bataillon (qui deviendra plus tard le Royal 22e Régiment), qui avait pourtant été décimé durant la bataille de la Somme.

     

    Parmi eux, on retrouvait d’ailleurs l’officier Olivar Asselin, qui avait auparavant participé à la fondation du Devoir. Le rôle des « Canadiens français » est essentiellement de « nettoyer » les tranchées allemandes des dernières résistances, une fois la première vague d’assaut passée. Mission risquée qui coûtera la vie à plusieurs soldats.

     

    L’ensemble du front

     

    Mais comment situer cet événement ponctuel et géographiquement restreint sur l’ensemble du front, par rapport à l’ensemble du conflit mondial ? Si la victoire sur la crête a été réelle, forçant les Allemands à reculer, elle s’inscrit dans une bataille qui, elle, a été un échec complet. En fait, la bataille d’Arras, qui incluait la prise de Vimy, n’a jamais atteint son objectif, soit de percer le front. Qui plus est, les Canadiens subiront trois mois plus tard des pertes importantes pour reprendre la ville minière de Lens, toujours en France.

     

    Ainsi, la victoire largement commémorée de Vimy ne constitue absolument pas un tournant de la Première Guerre mondiale, insiste l’historien Carl Pépin. « Les Allemands n’ont pas été vaincus à Vimy. Ils se sont repliés en bon ordre, vers des positions très solides. En fait, le front ennemi n’a pas été enfoncé. Cela dit, la bataille de Vimy n’a pas été un pique-nique. Ce fut une dure bataille, mais il y en a eu, menées par le Corps canadien, qui ont été encore plus dures. »

     

    Certaines ont d’ailleurs été beaucoup plus décisives pour l’issue du conflit, selon M. Pépin. Il note la bataille d’Amiens, en août 1918, qui donna le coup d’envoi d’une série de victoires menant jusqu’à l’armistice de novembre. Armistice qui, faut-il le rappeler, ne marqua que le début d’un temps d’arrêt d’à peine 20 ans dans la folie guerrière, qui frappa de nouveau l’Europe à partir de 1939.

     

    Et c’est justement après avoir connu l’horreur des tranchées et l’humiliation de la reddition qu’un certain caporal autrichien, Adolf Hitler, décida de se lancer en politique afin, notamment, de venger la défaite de 1918.













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