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    Violence conjugale

    Les langues se délient à Mont-Saint-Hilaire

    Une autre femme se plaint du service déficient offert par la police

    4 avril 2017 | Marie-Michèle Sioui - Correspondante parlementaire à Québec | Actualités en société
    Des mois plus tard, en entendant l’histoire de Daphné Boudreault, Karine et sa famille ont compris qu’ils avaient couru un risque.
    Photo: Jacom Stephens / Getty Images Des mois plus tard, en entendant l’histoire de Daphné Boudreault, Karine et sa famille ont compris qu’ils avaient couru un risque.

    Une troisième femme vivant sur le territoire desservi par la Régie intermunicipale de police Richelieu–Saint-Laurent dénonce le travail de ses policiers : une semaine et demie après le meurtre de Daphné Boudreault, assassinée par son ex-conjoint, Karine* affirme que les agents du secteur ne l’ont pas soutenue adéquatement, tant et si bien qu’elle s’est résignée à retourner chez son ancien copain sans escorte policière pour y récupérer ses affaires.

     

    En entrevue au Devoir, la jeune femme, dont nous protégeons l’identité à sa demande, a été catégorique : « C’est fou comme les policiers ne prennent pas ça au sérieux. Ça ne vaut rien pour eux. Elle, je n’imagine même pas comment elle s’est sentie… », a-t-elle dit au sujet de Daphné Boudreault, assassinée à l’arme blanche le 22 mars en allant récupérer ses affaires chez celui qu’elle avait dénoncé à la police quelques heures plus tôt.

     

    En septembre, Karine a dénoncé son conjoint violent à la police après qu’il l’eut brutalisée et menacée avec un pistolet à air comprimé. L’homme a dû signer une promesse de comparaître et s’engager à ne pas entrer en contact avec Karine et sa famille.

     

    Puis, quand la jeune femme a voulu aller récupérer ses affaires chez son ex-conjoint, les choses se sont compliquées.

     

    « Ils m’ont dit qu’on ne pouvait pas y aller s’il n’était pas là, que ce serait une entrée par effraction », a rapporté Karine. La solution des policiers : « passez devant la maison et quand il [l’ex-conjoint] sera là, appelez-nous et on ira », a rapporté la mère de la jeune femme.

     

    Des rondes devant la maison d’un ex-conjoint ? « La pratique policière, c’est de prendre rendez-vous avec les gens et de les escorter au moment où ils veulent aller prendre leurs affaires, pas de faire des rondes », a assuré l’inspecteur-chef Yanic Parent, de la Régie intermunicipale de police Richelieu–Saint-Laurent, en entrevue avec Le Devoir.

     

    Mais Karine et sa famille maintiennent leur version. Ils ont bel et bien fait des rondes, assurent-ils. Et après quatre jours, ils en ont eu assez. « Mon chum a dit à ma fille : là on s’en va chercher ton stock », a rapporté la mère de Karine. L’homme et la jeune femme sont entrés dans l’appartement par une porte qui était restée déverrouillée. Ils n’ont pas avisé les policiers.

     

    « Traumatisée »

     

    Des mois plus tard, en entendant l’histoire de Daphné Boudreault, Karine et sa famille ont compris qu’ils avaient couru un risque. Mais ils ont surtout été extrêmement fâchés. « Je suis traumatisée, je n’en reviens pas de cette histoire-là. J’en ai été pour trois jours à avoir du mal à dormir », a rapporté Karine.

     

    Malgré le cas de Daphné Boudreault, qui aurait été accompagnée par une seule policière au moment d’aller récupérer ses affaires, malgré la sortie publique d’une femme qui a déclaré, vendredi, que les policiers de Richelieu–Saint-Laurent n’ont fait aucun suivi de sa plainte pour harcèlement criminel, Yanic Parent a martelé lundi que « la victime est toujours au centre de nos actions ».

     

    « Ce sont toujours deux policiers qui vont se rendre sur place et qui vont escorter la personne pour aller récupérer ses biens », a-t-il ajouté. La pratique, a-t-il assuré, est bien connue des policiers de son service, qui la mettent « systématiquement » en application.

     

    Pourtant, avant que l’appel du Devoir ne soit transféré à Yanic Parent, un porte-parole de la police de Richelieu–Saint-Laurent a peiné à expliquer le protocole que doivent suivre les policiers dans les cas de violence conjugale. « Je ne sais pas si c’est ce qui est inscrit dans la directive. Ça se fait pratiquement toujours à deux », a-t-il dit au sujet de l’accompagnement des victimes.

     

    Selon Karine, il n’a jamais été question « ni d’un, ni de deux policiers ». Pas plus qu’il n’a été convenu que la famille et les policiers se rejoignent au poste de police — et non à l’appartement de l’ex-conjoint —, comme c’est souvent le cas dans les situations de violence conjugale.

     

    Formation continue

     

    Selon Manon Monastesse, de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, la réussite des interventions policières réside en grande partie dans la formation des agents, afin qu’ils puissent détecter les cas de violence conjugale et appliquer les bonnes pratiques qui s’y rattachent. « On peut bien former les policiers, mais comme dans tout domaine, ça prend de la formation continue et un accompagnement des jeunes policiers », a-t-elle plaidé.

     

    Les policiers de Richelieu-Saint-Laurent remettront-ils leurs pratiques à jour, à la lumière des événements récents ? À cette question, Yanic Pinel a répondu avec une autre. « Est-ce qu’il y aura des ajouts, des modifications dans l’avenir ? Pour l’instant, ce n’est pas déterminé », a-t-il dit.

    Quelle responsabilité pour les policiers? L’affaire Jocelyn Hotte — du nom du tireur d’élite de la Gendarmerie royale du Canada qui a assassiné sa femme, Lucie Gélinas, en 2001 — a établi la responsabilité civile des services de police dans les cas de dénonciation de violence conjugale. Les trois hommes qui se trouvaient auprès de Mme Gélinas le soir du meurtre ont poursuivi la Ville de Laval, car ils estimaient que la négligence de ses policiers avait mené au drame. Neuf ans après l’assassinat de Mme Gélinas, le juge Steve Reimnitz, de la Cour supérieure, leur a donné raison. Laval a été condamnée à verser 1,5 million à Pierre Mainville, Hughes Ducharme et David Savard, qui ont tous été blessés gravement par les balles de Jocelyn Hotte. Cinq jours avant le drame, des policiers lavallois ont classé comme « non fondée » une plainte formulée par Mme Gélinas, qui soutenait avoir été menacée de mort par son ex-conjoint. Selon le juge Reimnitz, les policiers ont commis une « faute », notamment en omettant de détecter les indices pointant vers la commission d’un geste criminel. Cette faute a ensuite « rendu objectivement possible la réalisation du dommage », a-t-il conclu. Les policiers, s’ils n’ont pas l’obligation d’être parfaits, en ont les moyens, a rappelé le juge. Et dans le dossier Hotte, « ils n’ont pas pris les moyens pour protéger Gélinas et lui venir en aide », a-t-il statué. Marie-Michèle Sioui













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