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    Hôtel-Dieu

    Le dernier souffle d’un monument fondateur de Montréal

    L’hôpital fondé par Jeanne Mance s’apprête à rendre l’âme dans l’indifférence

    La documentariste Annabel Loyola devant l’Hôtel-Dieu de Montréal
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La documentariste Annabel Loyola devant l’Hôtel-Dieu de Montréal

    L’année même où l’on célèbre les 375 ans de la fondation de Montréal, le principal héritage de sa cofondatrice, Jeanne Mance, est à l’agonie. Coeur de la métropole pendant plus de deux siècles, le plus vieil hôpital en Amérique du Nord après l’Hôtel-Dieu de Québec vit ses derniers instants dans l’indifférence. Pendant que des chirurgiens s’activent encore pour quelque temps à garder en vie des coeurs malades, celui de l’Hôtel-Dieu s’apprête à s’éteindre doucement.

     

    Ces jours-ci, le documentaire Le dernier souffle rend compte des ultimes soubresauts de cette institution qui fut à l’origine de la métropole. « On arrive à la fin d’un cycle qui s’est amorcé avec la fondation de Montréal. C’est d’autant plus ironique à l’heure où l’on fête les 375 ans de Montréal que cette mission s’apprête à disparaître dans l’insouciance la plus totale », soutient en entrevue Annabel Loyola, réalisatrice qui a posé sa caméra pendant deux ans dans les corridors de l’hôpital tricentenaire pour en capter les derniers instants.

     

    La mission du plus vieil hôpital en Amérique du Nord après l’Hôtel-Dieu de Québec disparaîtra dans la foulée de la création du nouveau CHUM sur le site de la rue Saint-Denis. Si les bâtiments patrimoniaux que sont le couvent, les trois chapelles, le jardin d’origine et le musée des Hospitalières de Saint-Joseph sont assurés d’une protection patrimoniale par la Ville de Montréal, l’esprit qui les a habités pendant 375 ans s’étiole à petit feu. Tout comme les 60 soeurs vieillissantes, dernières émissaires de cette mission oubliée, qui ont choisi de vivre leurs derniers jours sur les flancs de l’Hôtel-Dieu malgré la vente de l’hôpital.

     

    « J’ai voulu réhabiliter dans le film la belle aventure de ces femmes qui ont été des bâtisseuses de Montréal. Il aura fallu plus trois siècles pour que Jeanne Mance soit reconnue comme la cofondatrice de Montréal. Je trouve presque scandaleux que rien ne se passe à l’Hôtel-Dieu pour ce 375e anniversaire de Montréal. A-t-on oublié qui a fondé Montréal ? » presse la documentariste, dont le plongeon intimiste au coeur de l’histoire de l’Hôtel-Dieu croise celle de médecins, d’infirmières, de patients et de divers acteurs qui en tiennent aujourd’hui les rênes.

     

    Microsociété en sursis

     

    L’incursion de la réalisatrice révèle un lieu où se jouent des vies et des drames, mais aussi des renaissances. Elle raconte des histoires riches, notamment celle des spécialistes de la chirurgie cardiaque, les Drs Basil et Prieto. Tandem inséparable, scellé par une amitié vieille de 40 ans, les deux chirurgiens et amis devant l’éternel n’ont jamais opéré l’un sans l’autre. L’objectif se pose aussi sur les derniers jours de grands malades, raconte l’histoire de coups de foudre amoureux et professionnels, et s’arrête sur le travail de la dernière soeur bénévole dans l’hôpital, emportée il y a quelques semaines. Pour saisir la flamme qui habite cette microsociété, qui vivait en autarcie jusqu’au début du XXe siècle, Loyola est même devenue bénévole.

     

    Sa caméra s’arrête aussi sur cette ville dans la ville qui abrite, en plein coeur de la métropole, de somptueux jardins centenaires, une ruche bourdonnante d’abeilles et des bâtiments patrimoniaux cachant de petits trésors rescapés des premiers jours de l’Hôtel-Dieu. « En même temps que les restes de Jeanne Mance et les corps des religieuses inhumées dans la crypte d’origine, des pierres de la chapelle d’origine construites rue Saint-Paul ont été transportées dans un cortège à cheval lors du déménagement en 1861. Pour moi, la crypte de l’Hôtel-Dieu, c’est un peu comme nos Invalides, mais peu de gens connaissent cela », insiste Annabel, dont la petite histoire personnelle, par un curieux hasard, rencontre aussi celle de Jeanne Mance. Toutes deux Françaises, nées à des siècles d’intervalle dans le même petit village de Langres, à deux pas de Dijon.

     

    « Tout ce que j’ai lu dans les textes d’origine, cette vision qu’avait Jeanne-Mance, cet esprit est encore là. Il transpire encore des murs de cette institution », dit-elle.

     

    Dans un précédent documentaire, Loyola était retournée sur les pas de la cofondatrice de Montréal dans ce petit village, retrouvant sa maison, montant jusque dans sa chambre. Tous les détails de sa vie de famille et de son projet de fondation de l’Hôtel-Dieu sont soigneusement consignés dans les archives de Langres et dans son journal personnel.

     

    Or, ce rêve fou prend fin aujourd’hui, affirme Annabel Loyola. « L’Hôtel-Dieu était porté par l’idée d’un lieu où les malades seraient soignés gratuitement et humainement. De siècle en siècle, les soeurs ont agrandi et construit de nouveaux pavillons en revendant des terres, en gérant leurs budgets de façon serrée, sans jamais réclamer de sous des gouvernements, jusqu’à la création du système de santé.Je pense qu’on ne pouvait fermer cet hôpital sans capter ces derniers battements. Avant que tout cela ne s’éteigne », insiste la réalisatrice, dont le documentaire sera à l’affiche à compter du 7 avril dans plusieurs villes du Québec et diffusé au Canal D.

     

    Que restera-t-il du rêve qui a donné naissance à cette institution tricentenaire ? Chose certaine, la statue de Jeanne Mance, plantée en plein stationnement devant l’urgence, sera bien seule quand tous ces bâtiments auront été désertés.

    Le dernier souffle. Au coeur de l’Hôtel-Dieu de Montréal
    Long métrage réalisé par Annabel Loyola. Québec, 2017. À compter du 7 avril dans divers cinémas et au Canal D.












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