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    Idées

    La motion de l’infamie

    31 mars 2017 | André Lamoureux - Politologue, chargé de cours à l’UQAM | Actualités en société
    Le concept d’islamophobie est volontairement non défini. Peur, crainte, hostilité ou détestation, tout est confondu dans l’expression «islamophobie», sans distinction entre islam et islamisme.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le concept d’islamophobie est volontairement non défini. Peur, crainte, hostilité ou détestation, tout est confondu dans l’expression «islamophobie», sans distinction entre islam et islamisme.

    La Chambre des communes a finalement adopté la motion M-103 de la députée libérale Iqra Khalid pour prétendument contrer la montée de « l’islamophobie » et du « racisme systémique ». En agissant de la sorte, la législature canadienne offre malheureusement à la mouvance islamiste un nouvel attelage à son arme d’intimidation massive utilisée à travers le monde depuis des années 1980. Comme il est inquiétant de voir des libéraux, les néodémocrates et même les « solidaires » du Québec se rallier à une telle entreprise !

     

    Un long fleuve d’accusations

     

    Depuis des décennies, les accusations de « racisme » et « d’islamophobie » sont dirigées par les intégristes musulmans pour empêcher toute contestation de leurs dogmes. Les ayatollahs et islamistes iraniens ont commencé le bal en 1979. La Ligue islamiste mondiale et l’Organisation de la coopération islamique, animées par les idéologies salafiste et wahhabite, se sont ensuite évertuées à nourrir une conception radicale et sectaire de l’islam dans le but de miner les bases de la démocratie contemporaine. […]

     

    Ce chef d’accusation a un double objectif : faire peur aux musulmans modérés et laïques qui voudraient voir poindre leur « siècle des Lumières » et bâillonner les partisans de la laïcité. Le concept d’islamophobie est donc volontairement non défini. Peur, crainte, hostilité ou détestation, tout est confondu dans l’expression « islamophobie », sans distinction entre islam et islamisme. Or, pour les intégristes islamiques, toute critique de l’islamisme est perçue comme une attaque contre l’islam. L’amalgame permet ainsi d’attaquer des deux côtés : ceux qui s’opposent à l’islam (ce qui est pourtant un droit légitime et démocratique) et ceux qui dénoncent l’intégrisme et l’oppression de l’islamisme. Depuis quand, en société démocratique, le citoyen n’a-t-il plus le droit de vilipender une idéologie ? Le stalinisme, le fascisme, l’islamisme ? Même la dénonciation de la ségrégation sexuelle envers les femmes devient islamophobe.

     

    L’éclairage de l’Europe

     

    Un bel exemple de cette manipulation des concepts d’islamophobie et de racisme nous est parvenu de Belgique ces derniers jours dans la cause menée par Samira Achbita soutenue par un centre belge luttant contre le racisme et l’islamophobie. Elle poursuivait l’entreprise G4S Secure Solutions pour un congédiement jugé abusif relativement au port du voile islamique au travail. L’entreprise en question avait édicté un règlement général interdisant le port de signes religieux et politiques au travail. Mme Achbita a un jour annoncé à son employeur qu’elle porterait le voile. L’affaire s’est envenimée, l’entreprise a maintenu sa directive et l’employée a été congédiée. Déboutée consécutivement par deux tribunaux belges, elle a ensuite porté la cause devant de la Cour de justice de l’Union européenne. Lors d’une audition en première instance, en mai 2016, ladite cour a récusé la plaidoirie de la plaignante. L’argumentation de discrimination religieuse, d’islamophobie ou de racisme n’a aucunement été prise en considération. La Cour a expliqué que le droit d’exprimer ses convictions religieuses n’est pas absolu ; lorsqu’une entreprise adopte une politique de stricte neutralité religieuse, cela a pour conséquence logique qu’une travailleuse doit exercer sa fonction en renonçant à les afficher. Permettre un tel affichage aurait représenté une discrimination religieuse directe à l’endroit des autres employés et employées qui respectent le code vestimentaire de l’entreprise. Ce jugement a été avalisé en mars 2017 par la « grande chambre » de l’Union européenne, qui a précisé que l’employée a été licenciée « en raison non pas de sa foi musulmane, mais du fait qu’elle persistait à vouloir manifester celle-ci, de manière visible, pendant les heures de travail, en portant un foulard islamique ». Aucune trace d’islamophobie dans ce jugement.

     

    Préserver le débat démocratique

     

    Il est drôlement rafraîchissant de voir une telle lucidité de la Cour européenne, surtout pour la prévalence de l’universalité des droits, l’équité et la liberté de conscience. Les gouvernements du Québec et du Canada sont loin de là, pliant devant les intégrismes au lieu de bloquer leur intrusion au sein de l’État et des organismes publics. Rappelons que ce sont bien les franges intégristes des religions qui veulent faire prévaloir leurs particularismes et miner la laïcité des institutions.

     

    La référence à la lutte contre l’islamophobie et le racisme est donc fallacieuse dans le débat sur la laïcité. La thèse de la propagation d’un prétendu « racisme systémique » est tout aussi pernicieuse. Il n’y a pas d’institutionnalisation du racisme au Québec, loin de là. Le droit de critique des religions et des idéologies n’a rien à voir avec un schéma raciste. Par contre, les appels à la haine et les actes de violence à l’endroit des personnes, groupes ou lieux de culte sont évidemment condamnables. Ils sont d’ailleurs interdits par le Code criminel. Nul besoin d’une motion arbitraire, liberticide et biaisée, comme celle que vient d’adopter la Chambre des communes.













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