Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Après lui, le déluge

    La fin de l’homme blanc extrafort

    Il a raison sur au moins une chose, Éric Duhaime : tout le monde s’en astique les mollets qu’il soit aux hommes ou au cheddar fort. Ce n’était pas la peine d’en faire un fromage, si cela visait à servir son agenda personnel en nous soulignant une fois de trop qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, et qu’on peut parfaitement survivre sans être redevable à quiconque, sinon sa mère.

     

    Cet admirateur de la philosophe rationaliste Ayn Rand (elle a notamment écrit La vertu d’égoïsme) peut aussi se cacher derrière un micro dans le studio d’une petite ville réputée pour ses élans intolérants et portée vers la droite libertarienne. Le personnage qui carbure à l’antagonisme et à la « provoc » semblait beaucoup plus vulnérable — voire attachant — sur un plateau de télé comme celui de Tout le monde en parle dimanche dernier, veille du lancement de son essai La fin de l’homosexualité et le dernier gay.

     

    Dire que je manque de temps pour me plonger aussi dans Nous habitons la Terre de l’ex-garde des Sceaux de France Christiane Taubira, ou encore dans l’enquête De quoi Total est-il la somme ? du philosophe Alain Deneault, dernière salve envers les véritables dirigeants de cette médiocratie dont Duhaime n’est qu’un triste pantin capitalisant sur la pyromanie intellectuelle.

    Je ne pensais pas que cet essai-là ferait autant de vagues. […] C’est peut-être mon livre le plus consensuel.
    Éric Duhaime
     

    Taubira… poétique, en verve, « une » tribun féministe hors du commun qui carbure à l’indignation solidaire, au mariage pour tous, au nous inclusif, à l’idéal qui fait mal à force d’être foulé aux pieds d’un mercantilisme sans merci au nom de la « liberté », un mot désormais galvaudé qui signifie « profit personnel ».

     

    Elle aurait pu devenir une idéaliste déçue face à « la toute-puissance » qui s’affiche avec « virilité, martialité et tapage ». Au contraire, elle se cabre, elle récite du Aimé Césaire, relève l’échine et tend le poing, une vraie Marianne. Elle rehausse le débat devant les galimatias pétris de contradiction dans lesquels nous entraîne un polémiste de carrière comme Duhaime, considéré comme un « très grand féministe »… au Maroc.

     

    C’est de toute beauté de le lire sur l’homosensualité des hommes marocains qui se savonnent entre eux au hammam, tandis que les femmes préparent le couscous à la maison avec les enfants.

    Il y en a qui ont l’indignation facile et en font presque un métier. On n’a qu’à penser aux “ radios poubelles ” ou à certains chroniqueurs girouettes qui s’indignent un jour d’une chose et le lendemain de son contraire. Question de vendre son papier ou son image.
    Jean-Claude Ravet
     

    Les maudites féminisses

     

    J’ai une amie politologue, gaie et féminisse (le genre qui fait hurler les matamores des ondes de Québec) qui s’est pompée la semaine dernière lorsque je lui rapportais quelques perles tirées du bouquin. Je citais Duhaime sur la « faillite morale » du mouvement féministe et l’inutilité de ce lobby qui jouit de la discrimination positive et est en train de tuer l’avantage naturel et atavique du mâle blanc dominant, gai ou non. Pensez ! Les éducatrices en garderie sont presque toutes des femmes. On castre le mâle dès la petite enfance.

     

    Voici ce que ma pote m’a écrit dans son emportement poli : « Plusieurs traits de ces tentations dangereuses me font penser à nos pense-petits québécois et trublions locaux — politiques et médiatiques, hommes et femmes, straight et gais —, tentés par un totalitarisme qui ne se nomme pas comme tel mais s’exprime constamment, quotidiennement, inlassablement et démesurément via leur prise de parole publique abondamment relayée, tous formats confondus, par toute la gamme des médias de masse.

     

    « Une parole publique qui est donc dominante, hégémonique. Une parole publique experte dans l’art de taper sur les faibles, les malpris, les pauvres, les jeunes, les femmes, et j’en passe, et à les faire passer pour les responsables des problèmes sociaux les plus divers, alors que les responsabilités sont ailleurs, du côté de puissances politiques, économiques et financières toujours très occupées à faire bon ménage. »

     

    Ma chum est une grande admiratrice de Taubira, que je lis en ce moment : « Nous savons ce monde repu de cruauté. Impitoyable envers les faibles. La loi n’est pas la même pour tous, “soit qu’elle punisse, soit qu’elle protège. » Venant d’une ex-ministre de la Justice, ça donne à réfléchir.

    Photo: Jim Watson Agence France-Presse Un gouvernement viril: Donald Trump, entouré de mineurs, mettant fin à la guerre au charbon cette semaine à Washington. L’homme blanc fait partie des cataclysmes annoncés.
     

    L’homme blanc voit rouge

     

    Je ne reviendrai pas sur la culture du viol dans nos campus et nos cégeps, dont s’est saisie la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, et à laquelle Le Devoir consacrait une enquête samedi dernier sous la plume de Jessica Nadeau. Selon Duhaime, ce ne sont que des pleurnichages d’étudiantes confuses qui diffusent un discours misandre. Et d’ajouter : « Je remercie souvent le ciel de préférer les hommes aux femmes. Mes amis hétéros me jalousent même à l’occasion : je n’ai pas d’enfants à droite et à gauche, pas de pensions à donner […]. »

     

    Dans « son livre à lui », la discrimination n’existe plus et les véritables femmes fortes (tout comme les gais) n’ont pas besoin d’un lobby pour les représenter et défendre leurs droits.

     

    Je discutais récemment avec un avocat en fiscalité qui me mentionnait que, sur 85 associés, il n’y avait que 4 femmes dans son cabinet. Nous sommes en 2017. Dans ces milieux, lorsque tu pars à 18h, on te demande : « Tu prends l’après-midi de congé ? »

     

    Que dire de ces photos de mâles blancs aux cheveux gris ou carotte qui ont envahi le Bureau ovale de la Maison-Blanche depuis Trump : « Cette dernière bataille gagnée ne changera cependant rien à la guerre qu’ils ont déjà perdue, écrit l’animateur de Québec. Leur déclin et la fin de leur domination sont inéluctables à moyen et à long terme. Il ne reste qu’à savoir si on se dirige vers une société égalitaire ou vers un nouveau type de société inégalitaire, dominé celui-là par les femmes, dans lequel l’homme continuera d’être discriminé de manière systémique. »

     

    Si le monde court à sa perte, c’est la faute aux minorités qui réclament des droits. Les femmes n’étant pas une minorité au sens propre, on peut parler de véritable menace genrée (comme disent les féministes de l’UQAM). Après cela, je ne vois que la carpe asiatique, l’agrile du frêne et les punaises de lit pour l’égaler.

     

    Que Duhaime et sa base se rassurent, les findumondistes prévoient que les coquerelles et les rats nous survivront. Ils se nourrissent de déchets ; ils ont beaucoup d’avenir devant eux.

    Le paradis a un prix Pour ceux qui n’ont pas encore vu ce petit bijou de documentaire signé Guillaume Sylvestre, Le prix du paradis est encore disponible en rattrapage. On peut voir le film sur ces Québécois qui se retrouvent dans un camping de luxe en Floride selon bien des angles : « Réussir en étant analphabète, c’est possible ! T’as juste à payer l’amende », « Boire ta Bud en cannette dans un Winnebago à 3 millions, y as-tu pensé ? », « La madame s’occupe de l’intérieur », « Y a pas de classes sociales icitte ! »

    Il est relativement facile de taper sur ces joyeux retraités et de souligner l’indécence de leur mode de vie dans une gated community située en milieu défavorisé. Mais ces Québécois ne sont que la pointe d’un iceberg (ils ont oeuvré dans la construction) bien plus scandaleux et invisible à l’oeil nu : les paradis fiscaux. Jusqu’au 17 avril.

    Songé à envoyer la dernière livraison du magazine Relations (avril 2017) à Éric Duhaime. Le thème ? « Violences. Entendre le cri des femmes. » On y parle notamment de la femme-marchandise, la traite de personnes étant très prolifique au Québec. J’ai apprécié les propos de Will Prosper, un documentariste militant pour les droits civiques : « L’élection de Donald Trump à elle seule illustre à quel point la misogynie est présente et à quel point la banalisation des agressions sexuelles et du viol est chose courante. En tant qu’hommes, nous pouvons et nous devons agir de différentes façons pour contrer cette violence. » À lire en ces temps troubles où les acquis ne sont jamais certains.

     

    Aimé la dernière édition du magazine Liberté : « Avancez en arrière ! Quand le progrès tourne à la catastrophe. » On y trouve un extrait du dernier essai du philosophe Alain Deneault (Écosociété), De quoi Total est-il la somme ?« Comploter, coloniser, collaborer, corrompre, conquérir, délocaliser, pressurer, polluer, vassaliser, nier, asservir et régir. Douze verbes permettent de résumer la façon qu’ont eue, au XXe siècle, des multinationales comme Total de s’affranchir des régimes contraignants des États de droit afin de les contraindre, eux, le plus possible, dans un univers commercial avantageant ces firmes à l’échelle mondiale. » La verve et l’emportement de Deneault sont toujours aussi magnifiques. Si vous avez envie de vous indigner sur autre chose que le lobby gai ou féministe. Les lobbys les plus puissants ne brandissent pas de pancartes dans la rue.

     

    Souri en regardant la vidéo du Projet Stérone. Le texte est signé par l’humoriste Anne-Marie Dupras. Y a du féminisme là-dessous, et des filles qui ne sont pas encore lobotomisées.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.