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    Des mesures budgétaires «classiques» qui ne convainquent pas le milieu de l’immigration

    L’intégration ne s’améliorera pas avec les mesures ciblées, selon des intervenants

    Le gouvernement a retenu les propositions des chambres de commerce en matière d’intégration des immigrants au marché du travail.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le gouvernement a retenu les propositions des chambres de commerce en matière d’intégration des immigrants au marché du travail.

    « Décevant », « pas nouveau », « peu créatif ». Malgré une hausse des dépenses — surtout grâce à un ajout en francisation —, le budget des libéraux ne remplit pas les attentes du milieu de l’immigration. Dans certains cas, notamment en ce qui concerne l’intégration au marché du travail, il rate la cible, croient certains.

     

    « On est déçu parce qu’il n’y a pas bonification des services. Et c’est important parce qu’actuellement les organismes dépassent de loin leurs cibles de services, en raison des Syriens, oui, mais pas seulement eux », souligne Stephan Reichhold, directeur général de la Table de concertation des organismes au service des réfugiés et des immigrants (TCRI).

     

    Lida Aghasi, directrice du Centre social d’aide aux immigrants (CSAI), déplore que « l’expertise » des organismes comme le sien ne soit pas reconnue. « On donne pourtant les mêmes services en employabilité. Il y a de l’argent supplémentaire pour les immigrants, mais nous n’en touchons rien », dit-elle.

     

    Pour favoriser l’intégration sur le marché du travail, le gouvernement a surtout privilégié des initiatives venant des chambres de commerce, notamment le programme Interconnexion, qui vise à mettre en lien des immigrants et des entreprises à travers des activités de jumelage et de mentorat. Une autre mesure d’environ 400 000 $ sur deux ans vise à organiser des missions commerciales en région pour les jeunes entrepreneurs immigrants. « Je trouve toujours que ce genre d’incitatif n’est pas très payant, dans le sens où l’immigrant peut très bien s’arranger lui-même pour voyager en région et s’informer », croit Brahim Boudarbat, professeur à l’École de relations industrielles de l’Université de Montréal.

     

    Pour lui, les mesures du budget sont « classiques », et ne permettent que d’apposer un baume sur le problème de l’intégration à l’emploi qui dépasse l’immigration et touche toutes les minorités visibles.

     

    Un budget post-attentat

     

    Post-attentat de la mosquée de Québec, où il devait y avoir « un avant et un après », qu’y a-t-il, en effet, pour l’inclusion de toutes les personnes racisées ? « C’est toute l’action du gouvernement qui vise l’inclusion des personnes immigrantes », a répondu la ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI), Kathleen Weil, en entrevue au Devoir.

    Photo: David Afriat Le Devoir Kathleen Weil
     

    L’un des programmes qui l’incarnent est PRIIME (Programme d’aide à l’intégration des immigrants et des minorités visibles en emploi), qui bénéficiera de près de 30 millions sur cinq ans et sera administré par le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale. Cela servira à augmenter de 20 % le nombre de participants, les faisant passer à 1500. Sur les 50 000 immigrants — dont possiblement la moitié ira sur le marché du travail —, cela « bénéficie à une fraction», déplore M. Boudarbat.

     

    Pour la ministre, ce programme instauré il y a dix ans offre de très bons résultats, dont un taux de rétention de 90 %. Elle admet qu’il y a un travail de promotion qui doit être fait auprès des employeurs. « On a remarqué que ce sont souvent les PME qui ont besoin de connaître les programmes. »

     

    Bon coup en francisation

     

    Après de nombreuses années sans augmentation, les 11 millions d’argent frais que consacrera le MIDI à la francisation serviront à hausser de 25 $ l’allocation reçue par les étudiants à temps plein — de 115 $ à 140 $ — et à l’étendre à ceux qui suivaient des cours par l’intermédiaire du ministère de l’Éducation. Le budget annonce également un projet de « guichet unique » pour centraliser au MIDI l’accès aux services, qui nécessitera une étude de faisabilité d’un demi-million, dont certains rappellent qu’elle a déjà été réalisée, sans jamais rien donner. « Là, ça va marcher. De toute façon, c’est dans le budget, on y va », a assuré Mme Weil.

     

    Lida Aghasi, qui fait aussi partie du Regroupement des organismes en francisation du Québec, se réjouit des efforts, bien qu’il n’y ait pas encore d’allocations « pour ceux qui étudient à temps partiel ».

     

    M. Boudarbat rappelle que la langue n’est pas l’unique clé de l’intégration en emploi. « Ce n’est pas parce qu’on parle français qu’on a un emploi. Les Maghrébins sont parmi ceux qui parlent le mieux la langue et connaissent un taux de chômage parmi les plus élevés », note-t-il. « Je suggère un vrai débat qui va beaucoup plus loin sur les obstacles à l’intégration. »













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