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    Un virage numérique inévitable en éducation

    25 mars 2017 | Etienne Plamondon Emond - Collaboration spéciale | Actualités en société
    La ministre responsable de la Stratégie numérique, Dominique Anglade, indique que le dossier du numérique en éducation nécessite qu’elle travaille «main dans la main» avec le ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Sébastien Proulx.
    Photo: Francis Vachon Le Devoir La ministre responsable de la Stratégie numérique, Dominique Anglade, indique que le dossier du numérique en éducation nécessite qu’elle travaille «main dans la main» avec le ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Sébastien Proulx.

    Les consultations sur la Stratégie numérique du Québec ont généré des attentes immenses. La ministre Dominique Anglade aura-t-elle le pouvoir de les combler ?


    Le virage numérique dans le secteur de l’éducation constituera vraisemblablement le prochain dossier prioritaire de Dominique Anglade à titre de ministre responsable de la Stratégie numérique. Elle affirme, en entrevue avec Le Devoir, que ce volet lui « apparaît essentiel » et que cette question l’a « marquée particulièrement » durant les consultations publiques sur ladite stratégie, qui se sont achevées le 28 février dernier. Elle évoque les enjeux qui touchent les façons d’amener les jeunes à apprendre à coder et à réfléchir sur la programmation, mais aussi les façons d’intégrer la notion du numérique dans le système éducatif.

     

    « On a un Plan d’action en économie numérique qui a été fait en amont. Je pense que le deuxième volet qui va être important, après les infrastructures, ce sera celui de l’éducation », précise-t-elle. Par les infrastructures, elle fait référence au programme Québec branché, mesure phare du Plan d’action en économie numérique, pour lequel elle a annoncé une enveloppe de 100 millions en décembre 2016 dans le but d’étendre aux régions rurales le service Internet haute vitesse.

     

    Cette attention accordée en un deuxième temps à l’éducation comblera sans doute une partie des attentes du Centre facilitant la recherche et l’innovation dans les organisations (CEFRIO). Ce dernier a beaucoup insisté sur les besoins dans ce secteur à l’intérieur de son mémoire présenté lors des consultations. « C’est important pour nous que la Stratégie numérique soit englobante et touche à tous les aspects de la société, dont les deux gros pôles que sont la santé et l’éducation, parce que ça presse, explique Guillaume Ducharme, porte-parole du CEFRIO. On ne voulait pas que ce soit juste des annonces en infrastructure. Oui, il faut mettre de la fibre et des tours cellulaires dans les régions éloignées du Québec. Mais ce n’est pas ça qui fait un passage au numérique. Le passage au numérique, c’est changer ses façons de faire. »

     

    Le MESI aura-t-il le pouvoir nécessaire ?

     

    Mme Anglade indique que le dossier du numérique en éducation nécessite qu’elle travaille « main dans la main » avec le ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Sébastien Proulx. « On a déjà commencé. On a échangé sur le sujet. On sait qu’on veut aller de l’avant », assure-t-elle.

     

    En revanche, plusieurs personnes interrogées pour cet article se questionnent toujours sur le pouvoir que détiendra le ministère de l’Économie, des Sciences et de l’Innovation (MESI) pour faire appliquer la Stratégie numérique qui sera sous sa houlette, surtout lorsqu’elle exigera des changements de la part de poids lourds de l’appareil gouvernemental, tels que les ministères de l’Éducation et de la Santé. « Il y aura des solutions bien concrètes qui sauront rassurer les personnes à ce sujet », promet Mme Anglade.

     

    Rappelons que la Stratégie numérique, qui sera déposée l’automne prochain, affiche aussi l’ambition de repenser l’efficience et la transparence de l’administration publique, notamment par le recours aux technologies numériques dans ses communications et sa prestation de services.

     

    Monique Chartrand, directrice générale du centre d’innovation ouverte en technologie de l’information Communautique, louange la compétence de la ministre et sa manière de mener le dossier. Elle croit néanmoins « que si c’était porté par le premier ministre qui aurait une vision d’un projet de société, ce serait beaucoup plus fort ».

     

    « Comment peut-on, dans un ministère sectoriel, réussir à faire une politique qui a des répercussions sur tout le monde ? » se questionne de son côté Jean-François Gauthier, président-directeur général de l’Institut de la gouvernance numérique (IGN). « Il est là le défi. Le problème, c’est la lourdeur de la machine gouvernementale — pas le manque de volonté politique — et que cette stratégie est construite à partir d’un silo. »

     

    Selon lui, une Stratégie numérique ne doit pas être traitée comme une « politique comme les autres ». « C’est une question de redéfinition du rôle de l’État, qui devient une plateforme de collaboration et qui va faire avec les citoyens de nouveaux services parce qu’il rend disponibles des données. C’est un changement majeur. »

     

    Changement de culture

     

    Mme Anglade admet que le changement de culture dans l’appareil gouvernemental, entre autres en ce qui concerne la transparence et l’ouverture des données, ne sera pas facile à réaliser. Elle rappelle l’expérience qu’elle a acquise avant sa carrière politique comme consultante pour des transformations majeures dans de grandes organisations.

     

    Dans le cas présent, elle considère qu’il faut convier « les ministères à travailler en collaboration, faire tomber les silos, amener de l’agilité dans la machine. Il y a maintenant des responsables dans chacun des ministères qui sont responsables des aspects du numérique et des technologies. Ils se rencontrent [depuis] environ un an. On est allé les voir pour dire qu’il va falloir qu’on ait un mécanisme pour être capable de déployer la vision dans l’ensemble des ministères. » Elle ajoute que la Stratégie numérique en elle-même, avec ses principes directeurs, permettra de réaliser « un grand pas dans la bonne direction ».

     

    Un conseil indépendant

     

    Le 27 février dernier, 19 associations, collectifs, entreprises et organismes sans but lucratif ont signé une déclaration commune dans laquelle ils demandent au gouvernement d’explorer l’avenue de cocréer, avec des représentants de tous les secteurs touchés par la Stratégie numérique, une instance indépendante à l’image du Conseil supérieur de l’éducation.

     

    « Ce qui fonctionne bien dans d’autres pays, c’est d’avoir des conseils du numérique ou des personnes indépendantes nommées pour accompagner le gouvernement », approuve Sylvain Carle, directeur général de l’accélérateur FounderFuel et associé chez Real Ventures. Cet ancien employé de Twitter donne en exemple le Conseil national du numérique, en France, et les mesures mises en place par le gouvernement Obama, aux États-Unis. Ce dernier a créé le poste de « Chief Technology Officer » au sein du Bureau des politiques scientifiques et technologiques, puis le U.S. Digital Service, relevant directement du bureau exécutif du président. « Ils ont donc des experts qui sont disponibles pour l’ensemble des ministères et organismes dans leurs projets et leur transformation. »

     

    M. Carle croit aussi que la Stratégie devrait proposer, en plus d’actions concrètes à court terme, une vision sur dix ans. « C’est trop important pour que ça ballote au gré des élections. »













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