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    Idées

    Un deuxième souffle est requis pour l'aide médicale à mourir

    17 mars 2017 |Laurent Laplante | Actualités en société
    Laurent Laplante en 2003
    Photo: Sylvain Marier Laurent Laplante en 2003

    Laurent Laplante, qui fut éditorialiste au Devoir, collaborateur au Soleil, chargé de cours dans plusieurs universités, chroniqueur littéraire, d.g. de l’Office d’information et de publicité du Québec, auteur d’une trentaine de livres, est décédé le 15 mars à l’Hôtel-Dieu de Lévis. Il avait demandé et obtenu l’aide médicale à mourir. Il avait 83 ans.

    Il décrit ici son expérience et livre ses suggestions pour améliorer cette législation en quête d’un second souffle.

    D'urgence, un deuxième souffle est requis, car l’espoir suscité par les premières moutures de la Loi sur l’aide médicale à mourir est en voie d’assèchement. Discrètement, poliment, mais atteint de pusillanimité. Déjà, les auteurs de la loi québécoise dénoncent la tiédeur de son application et réclament que l’accès à la loi soit accordé aux gens ne jouissant plus de la lucidité exigée pour en obtenir le bénéfice.

     

    Deux griefs dominent. D’une part, on a largement sous-estimé la demande populaire ; d’autre part, des participations que l’on présumait de la part des professionnels de la santé n’ont pas été à la hauteur d’une demande pourtant filtrée.

     

    De fait, des barbelés séparent présentement le besoin de l’aide médicale à mourir de la réponse offerte par le système. Malgré l’engagement des libéraux fédéraux pendant la campagne électorale, l’esprit libérateur répandu par le comité piloté par Véronique Hivon a été souvent évacué par une législation fédérale imposant sa préséance.

     

    Du côté québécois, les médecins, sans bouder systématiquement le chantier, l’ont entravé par leurs nombreux refus de s’y engager. On peut, à la rigueur, comprendre les réticences des médecins de famille, pas les désistements par trop nombreux chez les spécialistes. Ainsi, l’hôpital qui m’a accordé l’aide médicale à mourir a éprouvé des difficultés avant d’obtenir la participation d’un second médecin.

     

    Les médias n’ont pas non plus accordé au régime ce qui aurait assuré, sinon une vitesse de croisière, du moins une bonne information sur son accessibilité.

     

    Les motifs des réticences et des refus sont divers. La loi en tenait compte dans une heureuse mesure, mais peut-être plusieurs ont-ils trop vite couru se réfugier sous son parapluie protecteur et refusé d’entendre quand même l’appel de la population. Oui, des consciences estimaient la tâche déplaisante, mais elles ont coupé court à l’analyse. Chacun agit selon sa conscience, mais nul n’a le droit de se façonner la conscience qu’il veut. À côté de la question que pose l’aide médicale à mourir à chacun des médecins, il y a la responsabilité collective (et corporative) que la confrérie médicale doit assumer. Les faiblesses présentes de la législation ne libèrent pas la corporation médicale de son devoir strict de répondre aux besoins de la population. Où en seraient aujourd’hui les femmes du Québec sans la lutte menée par le docteur Morgenthaler pour l’avortement ? Même les consciences médicales plus délicates font partie de la corporation qui porte le mandat d’assurer l’aide médicale à mourir chaque fois qu’elle est menacée : tous et toutes ont reçu des avantages plantureux en entrant dans cette corporation et sont parties prenantes à ce contrat.

     

    À noter qu’en faisant une meilleure place à la psychologie et aux sciences sociales dans l’aide publique à mourir, les médecins pourraient obtenir un allégement de leurs devoirs. La considération de « l’autre douleur », qu’elle soit psychologique ou spirituelle, dont on devrait s’occuper mieux que dans la loi précédente, élargirait la liste des participants.

     

    Troc civilisé

     

    De manière à montrer avec quelle terrible voracité un cancer du pancréas exige son tribut et conscrit toutes les ressources, voici avec quelle tornade l’implacable inattendu a dévasté mon horizon. Diagnostic : 30 janvier 2017 ; pronostic : le 22 février l’établit à environ trois mois ; douleurs massives et impossibles à contrôler correctement hors d’un cadre hospitalier.

     

    Ce qu’on peut attendre de l’aide médicale à mourir, c’est un troc civilisé : on me libère de la douleur et j’accepte de devancer ma mort d’un fragment de durée. C’est ce que j’ai désiré et obtenu à l’Hôtel-Dieu de Lévis : des soins palliatifs imprégnés d’empathie et dispensés par une équipe attentive, mais auxquels s’ajoute un droit à l’impatience si la nature tarde à rendre le verdict qui, de toute façon, viendrait. Ce troc fait partie de nos droits.













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