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    Idées

    Multiculturalisme et interculturalisme: deux visions, deux visées

    10 mars 2017 | Yves Théorêt - Professeur, École des médias, UQAM | Actualités en société
    «Nous avons le devoir de calmer le jeu, plutôt que de jeter de l’huile sur le feu» des débats identitaires, souligne Yves Théorêt.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Nous avons le devoir de calmer le jeu, plutôt que de jeter de l’huile sur le feu» des débats identitaires, souligne Yves Théorêt.

    Le « non-débat » portant sur la réalité des nouveaux arrivants et des communautés culturelles au Québec occulte plusieurs dimensions de la réalité et du développement de la société québécoise et de sa composante majoritaire, la communauté canadienne-française.

     

    Dans ce contexte, il importe de rappeler l’existence de certains piliers sur lesquels se fonde la société québécoise, qui sont trop souvent inconnus ou passés sous silence, et qui expliquent en grande partie les incompréhensions qui font souvent que le moindre « holà » canadien-français ou québécois (incluant toutes les communautés culturelles du Québec) devient du racisme et de l’islamophobie.

     

    À la Conquête, en 1760, les Britanniques imposent successivement leurs lois, qui souhaitent tantôt apaiser et tantôt assimiler les Canadiens français, et conviennent qu’il est probablement préférable de confier la destinée des Canadiens français au clergé et à des institutions locales. En 1867, le Canada adopte le modèle fédéral, lequel permet à chaque province de préserver son caractère particulier, notamment sa culture, sa langue et sa religion. Ainsi, si le Canada adopte la common law, le Québec, pour sa part, préserve le droit civil. Les institutions politiques, la langue française, les réalisations de la Révolution tranquille, la concentration géographique des Québécois, de même que le partage d’une culture commune ont permis le développement d’une société véritablement « distincte » au Canada et en Amérique du Nord.

     

    Pour le gouvernement du Canada, la société canadienne est composée de différentes communautés culturelles, égales en droits, alors que le Québec, pour assurer sa pérennité de minorité de langue française en Amérique, adopte des politiques visant à intégrer les communautés culturelles au tissu francophone majoritaire tout en préservant les traits saillants de ces mêmes communautés (l’interculturalisme). La Charte de la langue française, qui a créé bien des émois au sein du Québec de l’époque, est, dans ce contexte, un impératif au développement du français au Québec et en Amérique. Le Québec est probablement plus républicain que libéral et il appert toujours nécessaire de rechercher un équilibre entre ces deux perspectives, une qui pense la société dans son ensemble et une autre qui pense la liberté individuelle.

     

    Différents modèles de communauté

     

    Quatre modèles de communauté ont aussi été proposés aux Canadiens. Selon le modèle pancanadien, le Canada est ou devrait être plus grand que ses parties, les provinces et territoires. Le deuxième modèle, celui du dualisme, présente le Canada comme le produit d’un pacte entre deux nations, celles que forment séparément la population française et la population anglaise. Le troisième modèle, le « Compact Theory », prétend que les gouvernements des provinces sont suprêmes. Enfin, le quatrième modèle, le modèle multiculturaliste et individualiste, présente le Canada comme un ensemble hétérogène de peuples fondateurs, dont les autochtones, et est fondé sur les droits fondamentaux des individus. La Charte canadienne des droits et libertés rend compte de cette dernière conception. Or, pour bien des Québécois, le multiculturalisme canadien est perçu comme une manière de nier la spécificité du Québec. Cette situation déplaît à un grand nombre de Québécois, lesquels, par le truchement de tous leurs gouvernements depuis les années 1980, ont refusé d’adhérer à la Constitution canadienne de 1982.

     

    Le Québec a adopté un modèle qui vise à intégrer les nouveaux arrivants. « Certains » estiment qu’il tient davantage de l’assimilation. La crise des accommodements raisonnables (2006 à 2008) est un exemple éloquent du choc des valeurs qui oppose les Québécois à « certains », notamment « certains » de confession musulmane. Or, en 2017, on peut encore parler du choc de ces valeurs. L’interculturalisme n’est donc pas sans soulever des problèmes, et il importe de peaufiner ce modèle et de répondre aux préoccupations « légitimes » des nouveaux arrivants et des communautés culturelles du Québec. Il y a suffisamment d’intelligence au Québec pour relever ce défi.

     

    Mais il importe aussi que « certains » nouveaux arrivants et « certains » représentants des communautés culturelles du Québec comprennent tout autant le Canada et le Québec et qu’ils travaillent à résoudre les défis qui leur sont présentés. Le ton qui est présentement emprunté m’apparaît hautement toxique et parfaitement inutile. Nous avons le devoir de calmer le jeu, plutôt que de jeter de l’huile sur le feu.

     

    Aux Québécois, de toutes origines culturelles, d’exprimer haut et fort ce qu’ils souhaitent, dans la continuité de ce qui fait de notre société l’une des plus libres et des plus tolérantes du monde, et aussi l’une des plus attrayantes.













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