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    Féminisation des secteurs d’emploi

    Les salaires ne suivent pas nécessairement

    4 mars 2017 | Claude Lafleur - Collaboration spéciale | Actualités en société
    Le SPGQ représente plus de 25 500 employés de la fonction publique, des sociétés d’État, des réseaux de l’éducation et de la santé, que ce soit des bibliothécaires, des actuaires ou autres.
    Photo: iStock Le SPGQ représente plus de 25 500 employés de la fonction publique, des sociétés d’État, des réseaux de l’éducation et de la santé, que ce soit des bibliothécaires, des actuaires ou autres.
    Ce texte fait partie d’un cahier spécial.

    « Bien que la Loi sur l’équité salariale célèbre ses 20 ans — c’est super ! —, nous constatons qu’il y a malheureusement encore beaucoup à faire. On observe entre autres que, lorsqu’il y a une féminisation des emplois, les salaires ne suivent pas. »

     

    Voilà le constat que dresse Manon Therrien, deuxième vice-présidente du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ). Ce syndicat regroupe les employés professionnels qui oeuvrent au sein de la fonction publique québécoise, donc dans un environnement propice à l’équité.

     

    Pourtant, le SPGQ observe que c’est loin d’être le cas et, par conséquent, a entrepris une vaste étude pour documenter la situation. « Nous n’en sommes qu’au début de notre étude, prévient Mme Therrien, mais nous faisons déjà certains constats. »

     

    Elle cite en exemple les 16 collèges dont le personnel professionnel est membre du SPGQ. En l’an 2000, la rémunération des cadres de ces cégeps était de 16 % supérieure à celle des professionnels, « ce qui nous semble normal », indique-t-elle. Cependant, aujourd’hui, cet écart est de 36 %. « On a donc l’impression que puisqu’une majorité de femmes occupent à présent les postes de professionnel, ces fonctions sont maintenant moins bien rémunérées », indique Mme Therrien.

     

    « Y a-t-il un lien direct ? demande-t-elle. On n’en est pas encore rendus à conclure cela, mais disons qu’on se pose des questions. » Pour cette raison, le SPGQ cherchera à obtenir des explications auprès des directions de collège.

     

    Autre exemple : en l’an 2000, les professionnels des cégeps gagnaient 21 % de plus que les enseignants, alors qu’aujourd’hui, ces derniers gagnent 5 % de plus. « Ça s’est donc renversé, constate la syndicaliste. Notez qu’on n’a aucun problème avec le rattrapage dont bénéficient les enseignants, mais on se demande pourquoi nos professionnels n’ont pas suivi. Que s’est-il donc passé ? »

     

    « Pour le moment, on ne comprend pas trop pourquoi, en moins de vingt ans, la situation a évolué dans ce sens, dit-elle. On n’est qu’au début de notre analyse et la seule constante qu’on voit, c’est que les emplois se sont féminisés. »

     

    Avant de conclure, toutefois, le SPGQ cherchera à comprendre ce qui se passe réellement. « Nous souhaitons que l’employeur — c’est-à-dire le gouvernement — nous fournisse des explications », déclare Mme Therrien, qui souhaite en fait interpeller à ce sujet Lise Thériault, ministre responsable de la Condition féminine.

     

    Des milieux pourtant favorables

     

    Le SPGQ représente plus de 25 500 employés de la fonction publique, des sociétés d’État, des réseaux de l’éducation et de la santé. Il peut s’agir d’actuaires, de bibliothécaires, d’arpenteurs ou d’administrateur, mais aussi de chimistes, de comptables, d’ingénieurs forestiers ou encore de pédagogues ou de spécialistes en réadaptation, en sciences de l’éducation et de travailleurs sociaux. « Nous représentons ceux et celles qui fournissent des informations et des conseils aux ministres afin que ceux-ci prennent les meilleures décisions possible », explique Manon Therrien.

     

    « Je vous dirai que la fonction publique reste un choix de carrière pour ceux et celles pour qui la conciliation travail-famille est importante, ajoute-t-elle, puisqu’on peut souvent aménager notre temps de travail. »

     

    En outre, le SPGQ serait l’un des rares syndicats où règne une quasi-parité entre hommes et femmes puisque environ 55 % de ses membres sont féminins. « Nous sommes peut-être l’organisation syndicale la plus proche du 50-50, avance-t-elle. C’est intéressant, car ça nous donne une couleur particulière et ça nous amène à faire des réflexions stimulantes. »

     

    Comme deuxième vice-présidente, Mme Therrien assume comme responsabilité les « dossiers féminins », à savoir l’accès à l’égalité, la conciliation travail-vie personnelle, le harcèlement sexuel et le sexisme. « Je défends donc l’intérêt des femmes, et l’un de mes principaux dossiers est celui de la féminisation des emplois professionnels », précise-t-elle.

     

    Pourtant, même si le SPGQ oeuvre dans un contexte très favorable à l’équité et à l’égalité, la vice-présidente constate que la situation n’est pas facile pour autant pour les femmes. Ainsi, lance-t-elle : « Ce n’est pas parce que, dans notre syndicat, on est à peu près moitié-moitié hommes-femmes, que ça se reflète dans les instances. »

     

    Femme et pouvoir

     

    De fait, Manon Therrien observe que, malheureusement, même dans un syndicat formé à 55 % de femmes, la participation de celles-ci reste toujours difficile à obtenir.

     

    « Souvent, la famille occupe la première place pour elles, ce que je ne remets nullement en question, rapporte Mme Therrien. Pour nombre de femmes, c’est toujours le dilemme entre s’impliquer dans son milieu et s’occuper de sa famille. »

     

    Certaines femmes choisissent tout de même de s’engager, mais dans des postes moins demandants, « où elles vont laisser la place à d’autres [hommes] et être plutôt en soutien », déplore-t-elle. Mme Therrien s’empresse cependant d’ajouter que cela peut être un bon point de départ.

     

    Elle constate aussi un certain manque de confiance en soi. Celle qui est pourtant la deuxième vice-présidente du SPGQ avoue avoir elle-même éprouvé ce manque de confiance en soi. « Je ne vous cacherai pas que j’ai été dans la même situation, dit-elle. On m’a demandé plusieurs fois de me présenter à des postes syndicaux et ça a pris du temps avant que j’accepte. »

     

    Selon elle, on doit aussi prendre en compte la façon dont les femmes perçoivent le pouvoir. « Je pense qu’elles ne voient pas la plus-value qu’elles pourraient apporter et, par conséquent, malheureusement, elles ne s’impliqueront pas, déplore-t-elle. On devrait peut-être démystifier ce qu’est le pouvoir et, surtout, faire valoir ce que cela peut apporter », suggère-t-elle.

     

    « Car après tout, on ne peut pas mettre 50 % de la population de côté si on veut faire progresser notre société, lance-t-elle comme un cri du coeur. Et nous, comme syndicat, nous voulons contribuer à l’avancement de la société. »













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