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La bataille s'organise pour rapatrier Cherfi

Le réfugié algérien arrêté dans une église de Québec est détenu dans une prison américaine

Une bataille s'organise pour rapatrier au pays Mohamed Cherfi, un militant pour les droits de la personne qui doit être expulsé en Algérie au péril de sa vie.

M. Cherfi, âgé de 35 ans, est présentement détenu dans une prison américaine dans l'attente de son expulsion vers l'Algérie, son pays d'origine, où il craint de faire l'objet des pires sévices.

Connu pour son implication au sein du comité d'action des sans-statut, à Montréal, M. Cherfi s'était réfugié dans une église de Québec, le 10 février dernier, après avoir épuisé tous ses recours judiciaires dans l'espoir d'éviter l'expulsion. M. Cherfi est arrivé au Canada en 1998, mais sa demande pour obtenir le statut de réfugié a été rejetée. Il n'a pu rester au pays qu'en raison d'un moratoire sur l'expulsion des ressortissants algériens qui a finalement été levé en 2002.

La police de Québec a procédé à l'arrestation de M. Cherfi vendredi midi, à l'église unie Saint-Pierre. Selon le pasteur Gérald Doré, cette arrestation a brisé une tradition séculaire de droit au sanctuaire et constitue «une première inacceptable dans l'histoire du Canada». La police de Québec a arrêté M. Cherfi pour bris de condition (il n'avait pas informé les autorités de son changement d'adresse), mais elle exécutait le mandat sous la gouverne des agents d'Immigration Canada.

Des agents de l'immigration attendaient d'ailleurs M. Cherfi au poste de police. Les accusations portées contre lui ont été retirées, et dans la journée même, sans comparaître devant un juge, M. Cherfi prenait la route des États-Unis, en hurlant tout au long du trajet, a dit sa conjointe, Louise Boivin.

Mme Boivin craint que Mohamed Cherfi ne paie de sa vie un retour en Algérie, un pays où il risque «d'être harcelé, torturé et même tué», selon l'appréciation de la Ligue des droits et libertés. La violence politique continue de faire en moyenne 125 morts par mois en Algérie. Les violations des droits de l'homme (y compris la torture) y sont non seulement persistantes, mais elles bénéficient en plus d'une culture de l'impunité. Plus de 7000 personnes ont «disparu» dans les dix dernières années, sans compter les 100 000 morts qu'a faits la guerre civile.

À titre de porte-parole du comité d'action des sans-statut, Mohamed Cherfi était de tous les rassemblements visant à rétablir le moratoire sur l'expulsion des réfugiés algériens et à régulariser leur statut au Canada. Il a entre autres été arrêté lors des manifestations au bureau montréalais du ministère des Relations avec les citoyens et de l'immigration, et au bureau du ministre fédéral de l'immigration, à Ottawa, où des pistolets électriques avaient été utilisés contre les protestataires.

Un «abus de droit»

Le comité de solidarité avec Mohamed Cherfi estime que le ressortissant algérien fait l'objet «d'un abus de droit», orchestré par les autorités gouvernementales «afin de faire taire un défenseur des droits de la personne».

L'organisme ne cesse de récolter des appuis depuis vendredi. La Ligue des droits et libertés, la députée péquiste Agnès Maltais, la députée bloquiste Christiane Gagnon, Amnistie internationale et l'Union des forces progressistes font partie de la vingtaine de personnes ou organismes qui réclament l'annulation immédiate de la procédure d'expulsion entamée contre M. Cherfi. Mme Maltais s'interroge sur le rôle de la police de Québec dans cette affaire, et sur la collusion possible entre Québec et Ottawa pour se débarrasser de M. Cherfi.

Le comité de soutien organisera enfin une conférence de presse, demain à Montréal, pour réclamer des explications aux gouvernements.
 
 
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