Le goût de l'avenir - 7: Citoyens du monde
8 mars 2004
Actualités en société
Il y a des succès qui ne trompent pas et qui donnent raison au chanteur Luck Mervil qui disait, au milieu d'un spectacle de la Fête nationale, il y a quelques années: on peut tout faire à partir du Québec, réussir et se projeter dans le monde avec confiance.
À Paris comme à Hollywood, Denys Arcand et Denise Robert étaient là pour en témoigner, présentant au monde une oeuvre originale, cynique mais touchante, universelle dans son propos, livrée par des comédiens de grande classe, et distribuée par des gens d'affaires qui savent désormais tirer leur épingle du jeu dans la jungle hollywoodienne autant que dans les cercles parisiens de la coproduction internationale.
Aux Céline Dion et René Angélil de ce monde, aux Guy Laliberté et son Cirque du soleil, s'ajoutent régulièrement, ces dernières années, d'autres artistes qui éblouissent les étrangers. Yann Martel obtient le Booker Prize avec Life of Pi, Benoît Charest et Béatrice Bonifassi illuminent la soirée des oscars avec la chanson thème des Triplettes de Belleville tandis que les Québécois volaient le show, durant la nuit des césars, avec un extrait de leur adaptation de la comédie musicale Chicago, qui vient de prendre l'affiche à Paris.
Et je ne relate ici que le plus spectaculaire et le plus récent. Je n'ai rien dit encore des victoires de nos sportifs comme Alexandre Despatie, Émilie Heymans, Nicolas Macrozonaris, Mélanie Turgeon, Geneviève Simard ou le Cy Young Éric Gagné. Il faudrait évoquer aussi le théâtre de Michel Marc Bouchard joué régulièrement sur les scènes mexicaines, la diffusion en traduction des oeuvres de nos poètes et de nos écrivains. Parler de nos intellectuels, de Charles Taylor à Gérard Bouchard, appelés partout pour donner des conférences. Quelque 2500 professeurs de 65 pays, dans 40 disciplines, ont fait du Québec le sujet de leurs travaux et sont réunis sous l'égide de l'AIEQ.
Ailleurs, il arrive que, sans que le bruit parvienne aux oreilles du grand public, on s'inspire du Québec pour le financement des arts et des lettres, les coopératives d'épargne et de crédit, l'organisation électorale et le contrôle des dépenses des partis politiques, la protection des langues minoritaires, les relations interculturelles, la reconnaissance des nations autochtones ou le rôle de l'économie sociale dans le développement.
C'est du Québec qu'est venue l'impulsion véritable pour qu'enfin la communauté internationale reconnaisse la diversité culturelle comme principe devant structurer désormais la mondialisation. À cet égard, Paris vient d'imiter une initiative de l'ancienne ministre Louise Beaudoin en créant un Observatoire de la mondialisation, dont la version québécoise a été abolie par le nouveau gouvernement libéral dès qu'il a pris le pouvoir.
Louise Arbour vient d'être nommée Haut Commissaire des Nations unies pour les droits de l'Homme. Elle succédera en juin au Brésilien Sergio Vieira De Mello, tué dans un attentat à Bagdad en août dernier. Le général Roméo Dallaire est un témoin clé du procès pour génocide au Rwanda. Un Montréalais, Philippe Krisch, est le président de la Cour pénale internationale. Louise Fréchette est toujours numéro 2 des Nations unies. Les délégations québécoises sont toujours nombreuses à Davos comme à Porto Alegre.
Bien sûr, cet échange n'est pas à sens unique, et le Québec est perméable aux influences étrangères, situé aux carrefours entre l'Amérique et l'Europe, la francophonie et l'anglophilie, la latinité et la rationalité protestante, ouvert à tous les vents, capable d'accaparer un concept, fût-il culturel ou politique, de l'adapter à sa réalité et de lui donner une forme nouvelle. Les jeunes Québécois accumulent des expériences à l'étranger et apprennent les langues plus spontanément. Ils sont au moins bilingues. Et le sont sans complexe. Cette ouverture à l'Autre est sans doute l'une des sources du succès des nôtres.
Il nous reste à pousser plus loin cette conscience que le monde nous appartient. Les succès individuels ne disent pas tout. Et, comme collectivité, nous n'avons pas tablé autant que nous le pourrions sur les percées que certains des nôtres ont accomplies.
Si nous avons protesté massivement contre la guerre en Irak, il n'existe pas au sein de la société québécoise de vision très claire sur la manière d'assurer la paix dans une région comme le Moyen-Orient et de combattre les dictatures sanguinaires ou les mouvements terroristes. Les débats à ce sujet tournent court, en dépit de la connaissance accumulée chez nos universitaires et nos diplomates. Ce savoir rejoint rarement le grand public, abreuvé, sauf dans quelques médias, par des dépêches rédigées par des étrangers.
Montréal est l'une des villes d'adoption de la diaspora juive, mais nous n'avons pas réussi à faire de la métropole le lieu d'un débat ouvert sur le rôle d'Israël. La communauté haïtienne s'est établie en grand nombre à Montréal, mais ce n'est pas vers nous que les têtes se sont tournées pour trouver des explications au conflit qui a conduit Aristide à l'exil. L'islam est devenu la première religion non chrétienne au Québec, surclassant le judaïsme, mais nous ne nous sommes pas encore saisis de la question musulmane.
Bref, nous tardons, à titre de communauté politique, de corps social, à faire nôtre les débats qui ébranlent le monde alors que nous disposerions des compétences pour ce faire. Nous considérons encore nos succès à l'étranger comme une récompense personnelle offerte aux personnes qui réussissent alors que nous avons, comme collectivité, une vision du monde à offrir, qui vaut bien celle des autres.
***
Les personnes intéressées par la création d'un Institut voué au renouvellement des idées et à la participation civique au Québec peuvent me laisser leurs coordonnées à l'adresse michel.venne@inm.qc.ca. Cet institut sera lancé en avril.
À Paris comme à Hollywood, Denys Arcand et Denise Robert étaient là pour en témoigner, présentant au monde une oeuvre originale, cynique mais touchante, universelle dans son propos, livrée par des comédiens de grande classe, et distribuée par des gens d'affaires qui savent désormais tirer leur épingle du jeu dans la jungle hollywoodienne autant que dans les cercles parisiens de la coproduction internationale.
Aux Céline Dion et René Angélil de ce monde, aux Guy Laliberté et son Cirque du soleil, s'ajoutent régulièrement, ces dernières années, d'autres artistes qui éblouissent les étrangers. Yann Martel obtient le Booker Prize avec Life of Pi, Benoît Charest et Béatrice Bonifassi illuminent la soirée des oscars avec la chanson thème des Triplettes de Belleville tandis que les Québécois volaient le show, durant la nuit des césars, avec un extrait de leur adaptation de la comédie musicale Chicago, qui vient de prendre l'affiche à Paris.
Et je ne relate ici que le plus spectaculaire et le plus récent. Je n'ai rien dit encore des victoires de nos sportifs comme Alexandre Despatie, Émilie Heymans, Nicolas Macrozonaris, Mélanie Turgeon, Geneviève Simard ou le Cy Young Éric Gagné. Il faudrait évoquer aussi le théâtre de Michel Marc Bouchard joué régulièrement sur les scènes mexicaines, la diffusion en traduction des oeuvres de nos poètes et de nos écrivains. Parler de nos intellectuels, de Charles Taylor à Gérard Bouchard, appelés partout pour donner des conférences. Quelque 2500 professeurs de 65 pays, dans 40 disciplines, ont fait du Québec le sujet de leurs travaux et sont réunis sous l'égide de l'AIEQ.
Ailleurs, il arrive que, sans que le bruit parvienne aux oreilles du grand public, on s'inspire du Québec pour le financement des arts et des lettres, les coopératives d'épargne et de crédit, l'organisation électorale et le contrôle des dépenses des partis politiques, la protection des langues minoritaires, les relations interculturelles, la reconnaissance des nations autochtones ou le rôle de l'économie sociale dans le développement.
C'est du Québec qu'est venue l'impulsion véritable pour qu'enfin la communauté internationale reconnaisse la diversité culturelle comme principe devant structurer désormais la mondialisation. À cet égard, Paris vient d'imiter une initiative de l'ancienne ministre Louise Beaudoin en créant un Observatoire de la mondialisation, dont la version québécoise a été abolie par le nouveau gouvernement libéral dès qu'il a pris le pouvoir.
Louise Arbour vient d'être nommée Haut Commissaire des Nations unies pour les droits de l'Homme. Elle succédera en juin au Brésilien Sergio Vieira De Mello, tué dans un attentat à Bagdad en août dernier. Le général Roméo Dallaire est un témoin clé du procès pour génocide au Rwanda. Un Montréalais, Philippe Krisch, est le président de la Cour pénale internationale. Louise Fréchette est toujours numéro 2 des Nations unies. Les délégations québécoises sont toujours nombreuses à Davos comme à Porto Alegre.
Bien sûr, cet échange n'est pas à sens unique, et le Québec est perméable aux influences étrangères, situé aux carrefours entre l'Amérique et l'Europe, la francophonie et l'anglophilie, la latinité et la rationalité protestante, ouvert à tous les vents, capable d'accaparer un concept, fût-il culturel ou politique, de l'adapter à sa réalité et de lui donner une forme nouvelle. Les jeunes Québécois accumulent des expériences à l'étranger et apprennent les langues plus spontanément. Ils sont au moins bilingues. Et le sont sans complexe. Cette ouverture à l'Autre est sans doute l'une des sources du succès des nôtres.
Il nous reste à pousser plus loin cette conscience que le monde nous appartient. Les succès individuels ne disent pas tout. Et, comme collectivité, nous n'avons pas tablé autant que nous le pourrions sur les percées que certains des nôtres ont accomplies.
Si nous avons protesté massivement contre la guerre en Irak, il n'existe pas au sein de la société québécoise de vision très claire sur la manière d'assurer la paix dans une région comme le Moyen-Orient et de combattre les dictatures sanguinaires ou les mouvements terroristes. Les débats à ce sujet tournent court, en dépit de la connaissance accumulée chez nos universitaires et nos diplomates. Ce savoir rejoint rarement le grand public, abreuvé, sauf dans quelques médias, par des dépêches rédigées par des étrangers.
Montréal est l'une des villes d'adoption de la diaspora juive, mais nous n'avons pas réussi à faire de la métropole le lieu d'un débat ouvert sur le rôle d'Israël. La communauté haïtienne s'est établie en grand nombre à Montréal, mais ce n'est pas vers nous que les têtes se sont tournées pour trouver des explications au conflit qui a conduit Aristide à l'exil. L'islam est devenu la première religion non chrétienne au Québec, surclassant le judaïsme, mais nous ne nous sommes pas encore saisis de la question musulmane.
Bref, nous tardons, à titre de communauté politique, de corps social, à faire nôtre les débats qui ébranlent le monde alors que nous disposerions des compétences pour ce faire. Nous considérons encore nos succès à l'étranger comme une récompense personnelle offerte aux personnes qui réussissent alors que nous avons, comme collectivité, une vision du monde à offrir, qui vaut bien celle des autres.
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Les personnes intéressées par la création d'un Institut voué au renouvellement des idées et à la participation civique au Québec peuvent me laisser leurs coordonnées à l'adresse michel.venne@inm.qc.ca. Cet institut sera lancé en avril.
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