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    «Aidez-nous à comprendre» l'attentat de Québec

    L’imam Hassan Guillet adresse une prière à Alexandre Bissonnette

    21 février 2017 | Marco Bélair-Cirino - Correspondant parlementaire à Québec | Actualités en société
    La responsabilité criminelle de l’auteur présumé du meurtre des six fidèles de la grande mosquée de Québec devrait occuper une place importante dans un éventuel procès.
    Photo: Francis Vachon Le Devoir La responsabilité criminelle de l’auteur présumé du meurtre des six fidèles de la grande mosquée de Québec devrait occuper une place importante dans un éventuel procès.

    L’imam Hassan Guillet sollicite l’« aide » du présumé auteur de l’attaque contre la grande mosquée de Québec, Alexandre Bissonnette — qui est attendu au Palais de justice de Québec mardi —, afin qu’une telle tragédie ne se répète pas.

     

    « Pour régler les problèmes de société, on a besoin de son aide pour qu’il nous aide à comprendre pourquoi il est allé jusqu’à cet extrême », affirme M. Guillet dans un entretien téléphonique avec Le Devoir.

     

    L’imam de la Montérégie suivra à distance la comparution de M. Bissonnette mardi, puis son éventuel procès dans l’espoir de voir l’homme âgé de 27 ans accusé de six meurtres au premier degré et de cinq tentatives de meurtre expliquer pourquoi il a jeté la terreur sur le Centre culturel islamique de Québec le 29 janvier dernier. « On est tous intéressés. Ce qui s’est passé, ce n’est pas banal. On ne peut pas juste dire : on va tourner la page. Comme musulmans, comme citoyens québécois, on aimerait aller au fond des choses », fait-il valoir.

     

    Il prie M. Bissonnette de lui donner les clés pour « comprendre » les ressorts de l’événement — qualifié d’attentat terroriste par le premier ministre Philippe Couillard — « pour éviter que ça se répète ». « Qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi ça s’est passé ? Est-ce qu’il a agi seul ? A-t-il été manipulé ? Toutes ces questions sont demeurées sans réponses, souligne-t-il à l’autre bout du fil. Si on ne comprend pas pourquoi c’est arrivé, le cheminement qu’il a suivi ou l’influence qu’il a subie, on risque de répéter les “patterns”… contre des musulmans ou d’autres communautés », insiste-t-il.

     

    Hassan Guillet s’est fait remarquer au début du mois lors des funérailles des victimes de la grande mosquée de Québec, durant lesquelles il avait décrit le présumé meurtrier Alexandre Bissonnette comme une « victime ». « Avant d’être assassin, il était victime lui-même. Avant de planter les balles dans les poitrines de ses victimes, il y a des mots plus forts que les balles qui ont été plantés dans son cerveau […] Qui est responsable ? Nous tous », a-t-il lâché le 3 février dernier.

     

    Le temps a coulé, mais il en est toujours persuadé. « Je ne veux pas que nous, comme société, nous cachions derrière lui pour cacher nos problèmes », conclut-il à l’autre bout du fil.

     

    Le douloureux souvenir de l’attentat à la grande mosquée de Québec surgira brusquement de l’ombre médiatique mardi. En effet, M. Bissonnette comparaîtra une seconde fois au Palais de justice de Québec depuis son arrestation à proximité du pont de l’île d’Orléans le 29 janvier dernier par le Service de police de la Ville de Québec. Installation de détecteurs de métal à l’entrée de la salle d’audience, contrôle de l’identité des avocats, des journalistes et des observateurs souhaitant y pénétrer, fouille de leurs sacs… : les constables spéciaux instaureront un imposant dispositif de sécurité pour l’occasion.

     

    Le procureur aux poursuites criminelles et pénales, Jacques Thomas, divulguera à l’avocat Jean Petit la preuve amassée à ce jour pour démontrer la culpabilité « hors de tout doute raisonnable » de son client Alexandre Bissonnette.

     

    De passage au Palais de justice de Québec, Me Petit disait lundi ne « [savoir] absolument rien de la preuve du ministère ». Il lui apparaissait ainsi prématuré de demander la tenue d’une enquête sur cautionnement, qui pourrait déboucher sur la libération sous conditions de M. Bissonnette jusqu’à la fin des procédures judiciaires.

     

    Il s’agirait d’une tâche pour le moins ardue pour la défense, en raison notamment du « caractère sensationnel de l’affaire et qu’il [M. Bissonnette] n’ait pas contesté être l’auteur des meurtres », fait valoir l’avocat-criminaliste Walid Hijazi. « C’est rare qu’un accusé y renonce, sauf que pour quelqu’un qui est accusé de meurtres ou [dans les affaires] où il y a une très forte probabilité de condamnation, c’est plus difficile », indique-t-il.

     

    La responsabilité criminelle de l’auteur présumé du meurtre des six fidèles de la grande mosquée de Québec occupera une place importante dans un éventuel procès, prédit Me Hijazi. « On peut raisonnablement anticiper une défense de non-responsabilité criminelle vu les faits qu’on connaît », affirme-t-il.

     

    L’équipe du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) ainsi que les corps de police mobilisés dans cette affaire ont multiplié les efforts depuis la fin janvier pour parer à cette éventualité. Il s’agissait de « “la” priorité », estime l’avocat-criminaliste Jean-Claude Hébert. « Dans un dossier comme ça, ils font le tour complet du jardin, c’est-à-dire qu’ils vont tenter de repérer des confrères de classe, des amis pour savoir quelle sorte d’orientation [l’accusé] avait, qu’elle sorte de fonctionnement il avait, est-ce qu’il déraillait souvent. Plus on s’approche de la journée des incidents, plus les constatations des gens qui étaient autour de lui deviennent déterminantes et importantes », fait-il remarquer.

     

    Luka Rocco Magnotta, Guy Turcotte, Miloslav Kapsik, Vincent Li, Gregory Despres, Francis Proulx, Elaine Campione : plusieurs avocats ont montré du doigt l’aliénation mentale de leur client pour attester de la non-responsabilité criminelle de leur client… avec des résultats mitigés.

     

    Pour convaincre le Tribunal, Me Petit devra avoir en main « le maximum de preuves qui tendent à démontrer qu’au moment du geste, la personne ne pouvait distinguer le bien du mal », à commencer par un rapport d’expertise psychiatrique en ce sens. « Il n’y a rien d’urgent. Moi, je pense qu’il a intérêt d’abord à scruter à la loupe toute la preuve que le ministère public va lui remettre ; ensuite, il pourra choisir comment il va s’y prendre pour neutraliser [les chefs d’accusation du DPCP], indique l’avocat chevronné. Puis, on ne le sait pas, il peut très bien arriver que le jeune homme, désespéré, décide de dire : “Moi, je n’ai pas l’intention de traîner ça très longtemps. Je vais plaider coupable.” »

    Image de Québec : peu de répercussions négatives L’attentat à la mosquée n’a pour l’instant pas trop terni l’image de la ville de Québec, a fait savoir la ville lundi. « À court terme, l’équité de marque de la ville ne semble pas avoir été entachée », peut-on lire dans un rapport d’Influence Communication commandé par l’administration Labeaume. Après la tragédie, 81 % des reportages sur Québec portaient sur l’attaque. Or, la ville est rassurée, car dans la semaine du 11 février, on n’en parlait que dans 8 % des cas, loin derrière le tourisme, la bouffe et les festivals (61 %). L’attentat de Québec a été la nouvelle québécoise la plus médiatisée à l’étranger depuis le début des années 2000. Quant à savoir s’il était justifié pour la ville de faire une conférence de presse sur ce thème, le maire a dit qu’il avait voulu « le faire avant que d’autres s’y intéressent » en suggérant que des médias pourraient s’y prêter avec une méthode non scientifique. « Ça doit être fait parce que nos concitoyens se posent des questions, les travailleurs du tourisme se posent des questions sur leur emploi », a-t-il dit. Isabelle Porter












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