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    Nous errons sans but

    18 février 2017 | Louis-Philippe Tremblay - Citoyen, papa et scénariste | Actualités en société
    «Trump a compris que les Américains veulent des chars, de belles maisons et de grosses télévisions», avance l'auteur.
    Photo: Mark Makela / Getty Images / Agence France-Presse «Trump a compris que les Américains veulent des chars, de belles maisons et de grosses télévisions», avance l'auteur.

    Le but de l’Occident depuis l’après-guerre était de créer et de répartir les richesses de manière à garantir une forme de liberté, ainsi qu’une égalité des chances. C’est ce pourquoi la plupart des nations occidentales ont enlevé plusieurs formes de coercition dans leur espace public et facilité les échanges commerciaux entre elles, globalisant ainsi leurs droits, leurs cultures et leurs marchés ; le capital était un outil de cohésion, la réponse à la censure communiste, le droit au libre arbitre.

     

    Mais, année après année, l’économie capitaliste se transforme. Elle devient de moins en moins un levier social et de plus en plus une machine que l’on doit graisser. On lui offre congés de taxes et nouveaux territoires, quitte à fermer les yeux sur quelques menues violations des droits de la personne. Bientôt, elle atterrit entre les mains d’une élite politique et d’affaires qui contrôle aujourd’hui les médias, les partis politiques et même l’alimentation. Le citoyen normal est aujourd’hui aliéné par cette élite dont il dépend pour se nourrir, se déplacer, se loger et même s’informer. Le rêve démocratique du pouvoir pour le peuple et par le peuple n’existe plus. Ce projet est mort.

     

    L’économie, devenue monstre sacré de l’espace politique, est dorénavant la priorité. Celle qui autrefois était un outil de la démocratie a fait de son maître un marteau qu’elle utilise à bon escient. L’économie, lorsque menacée, emploie la démocratie pour aboyer. Elle utilise la peur et menace de couper les vivres quand on veut la forcer à payer des impôts. Elle est les banques, les multinationales et même les fonds de retraite. L’économie n’est plus humaine, elle est une entité qui existe sans humanité. Elle n’a pas d’éthique, car elle n’a pas été créée pour en avoir. Malgré tout, en 2017, elle sépare le bien du mal.

     

    Retour aux années 1960-1970

     

    L'élection de Trump est l’exemple parfait de son hégémonie. Le président a pour seules valeurs « les jobs volées » et le portefeuille des Américains. Il bâtit un mur pour empêcher les « ethnies » d’enlever des emplois aux Américains et aussi, collatéralement, de « violer des femmes ». Il déréglemente Wall Street pour faire pleuvoir la richesse sur son peuple.

     

    En fait, Trump a compris que les Américains veulent des chars, de belles maisons et de grosses télévisions. Depuis 30 ans, ils sentent qu’ils ont de moins en moins d’argent. La solution ? Leur promettre que leur confort des années 1960-1970 reviendra. Make America great again ? There you are. Et, tenez-vous-le pour dit, cette nostalgie permet tous les écarts racistes, misogynes et démagogiques, car retrouver un train de vie doré excuse tous les maux.

     

    L’économie capitaliste, avant outil de liberté rendant accessible la richesse autrefois octroyée à la noblesse, est devenue un moteur d’aliénation qui ostracise toutes les autres vertus de l’Occident. La liberté, l’égalité, la fraternité, la justice et la paix ne sont plus des valeurs fondamentales de notre société. Elles ont été sacrifiées sur l’autel du profit à tout prix et de la consommation.

     

    Nous n’avons pas de projet social. Le rêve d’union des peuples et de la liberté de l’après-guerre a lentement glissé vers le chacun-pour-soi et le matérialisme. Autrefois salvateur, obtenir un bien est devenu une rengaine de fin de semaine. Autrefois, acheter signifiait construire un patrimoine pour les générations futures. Aujourd’hui, on s’instruit pour acheter, et on achète pour faire rouler l’économie. Certains voudront revenir à ce passé où les vertus existaient encore, mais ce serait donner raison à la nostalgie trumpienne. Ce serait un piège. Se redéfinir va demander beaucoup plus d’effort et sûrement moins de confort. Le prix à payer sera sans doute une génération.

     

    Mais le constat est clair : nous n’avons pas de projet social. Nous n’avons pas de vertus et encore moins de rêves.

     

    Pourquoi s’étonne-t-on alors que des jeunes se radicalisent ? Nous errons sans but. Notre soif intarissable de nous enrichir nous a fait oublier les grandes idées porteuses de l’Occident. En moins d’un siècle, nous avons créé un grand trou, un grand vide que comblent désormais les idéologies radicales, le cynisme et la violence.













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