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    Drague

    Rouler une pelle en hiver

    L’éducation lubriquement acceptable

    Se rouler une pelle à vélo. Sortie de nuit à la dernière pleine lune dans le cadre du 375e anniversaire de Montréal. Les moments magiques seraient propices à la séduction.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Se rouler une pelle à vélo. Sortie de nuit à la dernière pleine lune dans le cadre du 375e anniversaire de Montréal. Les moments magiques seraient propices à la séduction.

    L’ennui avec les mononcles entreprenants, les dragueurs lourds du type Gerry Sklavounos ou Pierre Paradis, c’est qu’ils n’ont pas réalisé à quel point ils ont perdu leur lustre d’antan bien avant d’égarer leur réputation ; que même le gel dans les cheveux n’en fera pas des Rudolph Valentino ou des Ryan Gosling ; que le pouvoir est une substance aphrodisiaque qui s’émousse avec le temps ; et qu’il faut davantage qu’une poignée de main appuyée pour affirmer sa domination de mâle alpha (voir Pussy Grabber in Chief).

     

    Si le flirt est un lubrifiant social que les Nord-Américains maîtrisent généralement avec frilosité, la drague, elle, peut être expéditive et concluante si les deux cupidons s’avèrent consentants. Mais elle peut verser dans le harcèlement si le désir aveugle ou si l’on tombe sur la catégorie séducteur compulsif, ou érotomane boulimique de type latin lover.

     

    Les exemples affluent de telle sorte depuis le scandale Ghomeshi qu’il serait utile de rappeler les règles d’usage que s’impose le playboy ordinaire, avant que tous les spécimens de l’espèce n’abdiquent pour de bon et se mettent à chanter comme des castrats.

     

    Le jeu est délicieux, car l’issue incertaine, c’est bien là le goût du beau risque de l’amour et même de ses pâles imitations. Jusqu’où ne pas aller trop loin et comment flirter avec la transgression propre à la frontière intime de chacun. J’isolerais deux armes redoutables : l’instinct et l’humour.

    On disait trois fois à une femme qu’elle était jolie, car il n’en fallait pas plus : dès la première, assurément, elle vous croyait, vous remerciait à la seconde et assez communément, vous récompensait à la troisième
    Crébillon fils

    Dans Les armes de la séduction, le psychiatre et sexologue italien Willy Pasini y va d’abord pour l’écoute (nous avons deux oreilles !) et explique que le bon séducteur « doit identifier rapidement sa proie, l’approcher lentement et conclure à nouveau rapidement ». Le psy souligne que cette tactique — largement répandue dans le règne animal, ajouterais-je — est de plus en plus délaissée car les tourtereaux de notre époque sont pressés. Toutes les dérives sont alors possibles dans l’urgence de toucher au but.

     

    À la grecque

     

    Le séducteur en série est défini par Pasini comme « un drogué à qui l’imagination ne suffit pas ». On peut toutefois affirmer que Zeus, le dieu grec, était un hyperséducteur qui ne manquait pas d’imagination. Pasini nous raconte qu’il s’est transformé en serpent pour séduire Perséphone, en caille pour Astéria, en cygne pour Léda et en pluie d’or pour Danaé. N’est pas dieu ni Grec qui veut, et chaque époque possède ses codes de séduction. Une bordée de neige peut être un prétexte à séduire, pelle à la main.

     

    Approcher une femme aujourd’hui n’est pas si différent d’hier lorsque le respect et la lueur de plaisir teintent le fond de la prunelle, lorsque l’allusion est fine et la porte de sortie bien visible. Brusquer les choses n’est jamais indiqué.

    Car l’homme politique, étourdissant d’ubiquité, est sans cesse affairé, sans cesse en déplacement, et sans cesse à la chasse
    Lydie Salvayre
     

    « Le cocktail entre humour et romantisme est fort apprécié : ce dernier, trop désuet, ne fonctionne qu’au second degré, mais dans un monde qui a oublié la poésie, il peut toucher une fille », souligne le philosophe et historien Jean Claude Bologue dans L’invention de la drague.

     

    Il raconte aussi que « demander un service à une fille est plus efficace que lui en rendre un ». Il faut lui emprunter sa pelle avant de lui en rouler une, lui demander de se mettre au volant de votre auto le temps de l’extirper du banc de neige. L’homme qui se rend redevable créerait un lien. À vérifier…

     

    Dans les dix armes les plus utilisées — outre l’écoute active et ensorceleuse —, Pasini cite les lieux et les moments magiques (pleine lune, tempête de neige, manifestation), la démarche, le regard, le sourire, les cheveux (!), la voix, le pouvoir de l’optimisme, les compliments qui rendent unique, le rire conquérant. Des classiques, quoi.

     

    Tout cela peut tenir lieu de « socialisation » et contribuer à « alléger l’atmosphère » ou à « créer des liens », du moment où l’ont sait comment monter la mayonnaise ou préparer le tsatsiki en ne forçant pas trop sur l’ail.

     

    La frustration d’un non

     

    L’éducation sentimentale ou les techniques d’approche ne s’enseignent nulle part, et pourtant, elles sont dans l’ADN de chaque culture. Dans son recueil philosophique 21 clés pour l’amour slow, la médecin et psychanalyste Fabienne Kraemer explique sous la rubrique « Éthique » : « En revanche, aucun code de bonne conduite n’existe pour la rencontre amoureuse : chacun y va de son improvisation en fonction de ses scrupules propres. »

     

    Elle déplore que nous « consommions » des êtres humains, jetables comme des objets. Elle souligne que, sur certains sites de rencontres comme dans les boîtes échangistes, seuls les hommes paient, renvoyant la femme à son statut peu enviable de marchandise. « Serait-il aussi simple d’être un tombeur si on jouait franc-jeu dès le départ ? » demande-t-elle.

     

    Au fil des entrées, « Calme », « Persévérance », « Altérité », « Modération », la Dre Kraemer nous amène doucement à voir que l’amour doit se questionner et que ses tâtonnements initiaux s’apprennent. « Nous nous croyons libres : nous sommes en vérité englués dans des idées toutes faites, éditées par d’autres que nous : les médias, les séries télé, les publicités. En aucun cas nous ne savons réellement ce qu’il nous faut, et nos certitudes ne sont le plus souvent que des pistes erronées. La crainte de la surprise provient de la peur de se laisser envahir par une émotion ingérable : la frustration. » Et la médecin/psy de remonter aux sources de l’enfance et de la frustration d’un non auquel les bambins ne sont plus exposés.

     

    Et si c’était cette incapacité à faire face à la frustration qui expliquait tant de gestes déplacés, tant d’empressement à conclure ? Ajoutez à cette émotion désagréable l’horloge qui ne cesse de s’emballer, le narcissisme de l’air du temps, une culture machiste qui ne semble pas vouloir débander, et vous avez tous les ingrédients nécessaires pour créer des comportements impulsifs hautement répulsifs.

     

    Sous couvert d’aimer, on assassine la confiance entre les sexes et le désir de s’abandonner sans être obligé de signer un formulaire de consentement. « Tes initiales, ici, ici et là ! »

    Souri en lisant le Petit traité d’éducation lubrique de Lydie Salvayre. « Petit traité destiné à instruire les analphabètes du sexe, à désengourdir les gourds et à défâcher les méchants », stipule la quatrième de couverture. L’auteure explique toutes les étapes pour arriver à rouler une pelle (baiser profond) rapidement, de l’étreinte subreptice, appuyée ou insistante. Après les préliminaires, les positions, les politesses, elle s’intéresse aux signes du trouble chez la femme. À lire, pour tous ces hommes qui pensent encore qu’un « non » minaudé équivaut à un « oui » fiévreux.

     

    Visionné l’émission sur la performance à Sexplora, animée par Lili Boisvert. Elle y rencontre le chercheur Jim Pfaus que j’avais interviewé il y a une quinzaine d’années à l’Université Concordia. Le sexpert s’emploie toujours à faire éjaculer des rats et à mettre au point des médicaments pour augmenter la réceptivité chez la femelle. Je suis hautement sceptique quant au but visé. Si les queues de rats vous excitent, c’est ici : bit.ly/2lLlKDk. ICI Explora, ce vendredi à 22 h 30.

     

    Lu la volumineuse enquête parue dans The Globe and Mail, le 4 février dernier, Unfounded (Sans fondement), sur les plaintes pour agressions sexuelles abandonnées par les policiers (surtout les hommes) à travers le Canada. Le site est bien fait, on peut aller voir, pour chaque ville canadienne, quel est ce taux de déni policier qui devrait varier entre 2 % et 8 %. Il est de 19 % en moyenne au Canada, mais allant de 9 % à Longueuil à 18 % à Montréal, et jusqu’à 51 % à Saint John, au Nouveau-Brunswick. Cette enquête de 20 mois, conduite par Robyn Doolittle, nous rappelle qu’on signale moins d’une agression sur dix. De ce nombre, le cinquième ne sera même pas retenu, jugé « sans fondement ».


    Leur fille n’est pas à vendre Ma fille n’est pas à vendre, c’est le titre de ce documentaire-choc d’Anaïs Barbeau-Lavalette. La cinéaste, écrivaine et maman s’intéresse à la relation mère-fille d’adolescentes de 12 à 17 ans attrapées dans les mailles de réseaux de prostitution. Le Québec serait une plaque tournante de cette traite de chair à jouir. Ces jeunes filles, hameçonnées par de beaux merles — proxénètes — sur les réseaux sociaux, se voient prises dans un engrenage dont elles ne peuvent sortir facilement. Et ces réseaux de prostitution recherchent surtout des jeunes filles de la classe moyenne et aisée à qui l’on promet l’argent facile, l’amour, la liberté et le party.

    Les mères qui se confient (parfois anonymement) sont dévastées, on s’en doute. C’est un crève-coeur. Ce pourrait être vous ou moi. Courageusement, Sarah explique comment elle s’est fait happer à 15 ans par cette machine à broyer les petites filles.

    Elle a failli être vendue et expatriée à Miami. Un projet de loi a été déposé le 9 février dernier, par la ministre fédérale de la Justice, sur l’exploitation et la traite des personnes. À suivre… Télé-Québec, le lundi 20 février à 21h.













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