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    S’inspirer de l’audace copenhaguoise à vélo

    Été comme hiver, faire du vélo à Copenhague demeure l’option la plus simple pour les déplacements quotidiens.
    Photo: Attila Kisbenedek Agence France-Presse Été comme hiver, faire du vélo à Copenhague demeure l’option la plus simple pour les déplacements quotidiens.

    La réputation de Copenhague en matière de transports actifs n’est plus à faire. Sacrée meilleure ville cyclable du monde, année après année, la capitale danoise compte d’ailleurs, depuis novembre dernier, plus de vélos que de voitures dans ses rues. Son secret ? Redonner aux cyclistes la place qui leur revient, quitte à en enlever aux automobilistes.


    « Les Copenhaguois ne sont pas moins paresseux que les autres, vous savez, lance en riant Morten Kabell, l’un des adjoints du maire de la capitale danoise. Leur conscience environnementale n’est pas plus développée que la moyenne non plus. La grosse différence dans notre ville, c’est que, pour la plupart des gens, le vélo est devenu l’option la plus efficace et, surtout, la plus rapide. » Les Copenhaguois peuvent effectivement compter sur l’un des plus imposants réseaux cyclables du monde, celui-ci s’étendant sur plusieurs centaines de kilomètres, été comme hiver. Beau temps, mauvais temps, ils sont donc des milliers, chaque jour, à enfourcher leur deux-roues pour se rendre au travail ou à l’école.

     

    De passage à Montréal dans le cadre de la cinquième édition du Congrès vélo d’hiver, le responsable des transports, de la planification urbaine et des questions environnementales de Copenhague décrit avec une fierté évidente les changements qui se sont opérés dans sa ville au cours des dernières décennies. Dans les années 1960, le plan vélo de cette ville scandinave était plutôt timide. Aujourd’hui, il s’agit sans doute d’un des plus ambitieux en Europe, voire dans le monde.

    1,27 million
    C’est le nombre de kilomètres parcourus par les Copenhaguois chaque jour. Cela représente environ 30 fois le tour du monde.

    Source : Cycling Embassy of Danmark
     

    En ce sens, depuis 2005, la ville a dépensé plus de 135 millions d’euros (environ 188 millions de dollars canadiens) pour améliorer son réseau cyclable. Couplés à des investissements massifs dans les transports collectifs et dans l’aménagement d’espaces publics à échelle humaine, ces efforts, tant politiques que financiers, ont fini par payer : en 20 ans, le trafic de vélos a augmenté de près de 70 % dans les rues de la capitale. « Ce n’est pas un secret, avance celui qui occupe son poste depuis janvier 2014. Faites du vélo l’option la plus simple et les gens opteront pour le vélo. »

     

    Question de priorités

     

    Qui dit plus de place pour les vélos dit toutefois nécessairement moins de place pour les autres modes de transport. À Copenhague, ce sont les automobilistes qui voient, mois après mois, l’espace qui leur est réservé être réduit. Plus encore, par temps froid, le réseau cyclable est le premier, bien avant les routes avoisinantes, à être déneigé et salé. La prévisibilité de ce dernier fait en sorte qu’aujourd’hui, environ trois Copenhaguois sur quatre optent pour le vélo quatre saisons. « Quand on s’occupe des dossiers de planification urbaine, on se rend rapidement compte qu’on ne peut pas satisfaire tout le monde, précise Morten Kabell. Il faut donc décider à qui appartient la ville. Et pour nous, c’était clair qu’il fallait la rendre à ses premiers usagers, ceux qui y marchent et y pédalent. »

    45%
    C’est la proportion de Copenhaguois qui effectuent leurs déplacements quotidiens à vélo. Au centre-ville, celle-ci dépasse largement les 50 %.

    Source : Cycling Embassy of Denmark
     

    D’autant que, depuis les années 1970, d’importants mouvements populaires demandent aux administrations municipales copenhaguoises d’aller en ce sens. « Les gens nous ont dit qu’ils voulaient pouvoir flâner dans les parcs, circuler sans stress dans les rues à pied, laisser leurs enfants se rendre seuls à l’école… Dans un sens, nous n’avons qu’écouté leurs demandes. »

     

    Sur le terrain, ces changements se sont traduits par une réduction graduelle de la place réservée aux voitures. Les stationnements sur rue ont tranquillement cédé le pas aux infrastructures cyclables et, dans certains cas, le nombre de voies allouées au transit automobile a, lui aussi, été réduit pour faire davantage de place aux cyclistes, de plus en plus nombreux.

     

    Au fil du temps, les pistes cyclables en site propre se sont, elles aussi, multipliées. Ces efforts ont donné naissance à des projets d’envergure uniques, comme les « autoroutes » réservées aux vélos qui sillonnent le territoire de la région métropolitaine, permettant aux gens qui résident dans les périphéries de la capitale d’accéder au centre de la ville. Une demi-douzaine de projets de ponts cyclables est également en voie d’aboutir. Gage du succès de ces infrastructures, le dernier en date — le fameux Cykelslangen inauguré en 2014 — est emprunté par plus de 20 000 cyclistes quotidiennement.

     

    Défis à venir

     

    Depuis quelques années, la capitale danoise doit composer avec un beau problème. Victime de son succès, le réseau cyclable de la ville a tranquillement atteint son point de saturation, faisant en sorte qu’il devient de plus en plus difficile pour les cyclistes urbains d’effectuer leurs allées et venues rapidement. Or, note Morten Kabell, pour qu’un réseau soit efficace, il doit justement permettre aux usagers d’atteindre leur destination sans entrave.

     

    « Le matin, quand je regarde par ma fenêtre, je vois des centaines de cyclistes attendre aux feux de circulation, alors qu’il n’y a bien souvent qu’une dizaine de voitures, précise le maire adjoint. Notre réseau est plein à craquer, nous n’aurons pas le choix de lui faire plus de place et, par conséquent, d’en enlever encore plus aux automobiles. Mais nous sommes rendus là; les Copenhaguois, même s’ils sont toujours nombreux à être très attachés à leur voiture, comprennent de plus en plus que ce n’est plus elle qui est synonyme de liberté. »

    Quoi retenir du Congrès vélo d’hiver? S’il ne faut retenir qu’une chose de la cinquième édition du Congrès vélo d’hiver, qui se tenait à Montréal du 8 au 10 février, c’est qu’il existe autant d’hivers que de villes dans le monde. « On ne pourra jamais appliquer exactement dans les rues de Montréal ou de Québec ce qui se fait à Amsterdam, aux Pays-Bas, ou à Oulu, en Finlande, lance Suzanne Lareau, présidente-directrice générale de Vélo Québec, l’organisme qui était responsable, cette année, de l’organisation de l’événement international. Ça ne veut toutefois pas dire qu’on ne peut pas tirer le meilleur des expériences des autres. »

    Ainsi, la métropole québécoise gagnerait, par exemple, à s’inspirer de la Ville de Calgary qui promet un déneigement du réseau cyclable dans les 24 heures suivant une tempête de neige. Elle pourrait aussi tester différentes méthodes de déneigement et de déglaçage. « Certaines villes utilisent du sel, d’autres de la saumure, d’autres du jus de betterave, avance-t-elle. La neige peut être retirée des pistes à l’aide de balais, de brosse, de pelle, de gratte… Le vélo d’hiver, tant pour les cyclistes que pour les équipes responsables de l’entretien, ça reste beaucoup d’essais- erreurs. Il ne faut pas avoir peur de tenter quelque chose de nouveau, quitte à se tromper ! »

    Montréal gagnerait également, selon elle, à revoir sa répartition des tâches en matière d’entretien du réseau cyclable. « En ce moment, même si ça s’améliore d’année en année, l’hiver met en évidence les frontières qui existent entre les arrondissements, souligne Suzanne Lareau qui prêche elle-même par l’exemple en enfourchant son vélo 365 jours par an. Sauf que les cyclistes, qu’ils vivent dans Villeray, Hochelaga ou Côte-des-Neiges, sont avant tout des Montréalais. Ils n’appartiennent pas qu’à un quartier. » Un plus grand effort de concertation et d’harmonisation des méthodes de travail devrait donc être fait — et sera fait, nous assure l’administration municipale — pour éviter que des barrières physiques se dressent entre les différents secteurs de la ville.

     













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