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    Libre opinion

    Ceux qui parlent des grèves à moitié ne font que répandre l’ignorance

    8 février 2017 |Texte collectif* | Actualités en société
    La grève étudiante a fait en sorte que nous militons encore aujourd’hui pour transformer la société dans laquelle nous vivons, remarquent les auteurs du texte.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La grève étudiante a fait en sorte que nous militons encore aujourd’hui pour transformer la société dans laquelle nous vivons, remarquent les auteurs du texte.

    La grève étudiante de 2012 a cinq ans. Plusieurs critiques voient dans le film Ceux qui font les révolutions à moitié ne font que creuser leur tombeau de Mathieu Denis et Simon Lavoie un hommage à ce moment de lutte. L’intention des réalisateurs n’est pas de faire un documentaire ou un film historique, mais une fiction sert également à sceller et aviver la mémoire. C’est pourquoi il incombe de nuancer cet « hommage ». Pour nous, ce film dessine grossièrement certains des aspects les plus fondamentaux de notre mouvement, tout en passant complètement sous silence notre volonté de construire un mouvement populaire, inclusif et démocratique.

     

    Denis et Lavoie peuvent bien répéter ne pas avoir fait un film sur la grève étudiante de 2012, malgré tous les appels à la fiction et au « point de vue », c’est l’iconographie et les images du mouvement étudiant qui sont au coeur de leur inspiration.

     

    Pierre d’assise du « Printemps érable », les assemblées générales y prennent des allures de mise en scène burlesque. Il y eut effectivement des tensions lors des assemblées, mais on ne peut réduire celles-ci à des affrontements ouverts entre étudiant.es. L’animation d’assemblée devait assurer une prise de parole exempte de chahut, d’esclandres ou même d’applaudissements. La grande majorité de nos assemblées étaient d’une discipline à faire rougir l’Assemblée nationale.

     

    La grève de 2012 fut un exercice d’éducation populaire et non pas de cloisonnement individualiste et élitiste comme le vivent les quatre protagonistes du film. Il est difficile de compter le nombre de tracts que nous avons passés dans les corridors de nos cégeps et de nos universités, le nombre de tournées de classes que nous avons faites. Cette grève n’est ni l’hédonisme dénoncé par le père d’une des protagonistes du film ni l’ascétisme porté par le quatuor de jeunes « militant.es ». La grève c’est le travail, le dialogue et oui, aussi, l’action. Cela a été un exercice exigeant à travers lequel l’enjeu de l’accessibilité aux études et celui de l’éducation comme valeur cardinale furent déterminants.

     

    Une grève devenue un mouvement social

     

    La transformation de la grève étudiante en un mouvement social s’est faite dans un contexte particulier. Nous souhaitions augmenter notre rapport de force et tentions de convaincre les travailleuses et travailleurs de faire la grève avec nous. Malgré nos tentatives, ce fut la radicalisation du gouvernement Charest qui a provoqué l’élargissement de la lutte étudiante, et parallèlement une escalade des tensions. Un climat de confrontation, sans écoute ni ouverture du gouvernement, mêlé à la répression de plus en plus brutale des manifestations, a fait en sorte que la violence est devenue un moyen pour certain.es de se faire entendre.

     

    Il y avait certes des éléments plus sectaires dans le mouvement étudiant, mais la stratégie que nous avons employée n’a pas été celle de l’isolement et plutôt celle de l’élargissement de la lutte. Les casseroles en sont l’exemple le plus frappant, alors que des centaines de familles sont venues rejoindre les étudiantes et étudiants dans les rues, et ce, partout au Québec.

     

    La démarche des révolutionnaires de Denis et Lavoie relève davantage du fantasme élitiste et impressionniste que de la mobilisation sociale. Sous le slogan « Le peuple ne sait pas encore qu’il est malheureux, nous allons le lui apprendre », les protagonistes se placent au-dessus de la masse, alors que le mouvement démocratique de 2012 se voulait critique, polémique, mais aussi collectif. Malgré l’avalanche de mots d’auteur.es et de citations, les personnages du film sont pourtant incapables d’expliquer leurs revendications, alors que nous avons cultivé l’idée qu’il fallait débattre, convaincre, ne pas s’enfermer et ne pas mépriser.

     

    Un éteignoir au service de nos détracteurs

     

    La grève étudiante a fait en sorte que nous militons encore aujourd’hui pour transformer la société dans laquelle nous vivons. Nos défis sont énormes : crise écologique, détérioration de nos conditions de travail et montée en flèche des inégalités, du sexisme, de l’hétérosexisme et de la xénophobie. C’est pourquoi nous continuons de lutter au lieu de sombrer dans l’apitoiement.

     

    Il ne s’agit pas ici d’aborder la valeur esthétique de l’oeuvre, mais plutôt le propos politique que certain.e.s semblent y voir. Aux chroniqueurs et chroniqueuses qui clament que ce film est politique et que celui-ci interroge ce qu’il reste du Printemps érable, sachez que nous croyons plutôt que cet objet nous caricature et que ce dessin, en tout respect pour la liberté artistique, doit être dénoncé. Cette « claque de cinéma » encensée par certaines critiques n’a pas le potentiel de « rallumer le feu », mais est plutôt un éteignoir. Avec leur proposition, c’est Denis et Lavoie qui creusent le tombeau de la lutte.

     

    Les signataires ont participé à l’organisation de la grève étudiante de 2012: Chloé Domingue-Bouchard, Coordonnatrice à l’externe AECSSP-UQAM ; Renaud Poirier St-Pierre, attaché de presse CLASSE ; Philippe Lapointe, secrétaire aux affaires académiques CLASSE ; Élise Carrier-Martin, secrétaire à l’interne CLASSE ; Keena Grégoire, Comité maintien et élargissement de la grève CLASSE ; Myriam Leduc, AGECOV ; Guillaume Legault, secrétaire à la coordination CLASSE ; Joëlle Naud, secrétaire générale AFESPED-UQAM ; Rosalie Rose, militante sciences humaines à l’UQAM ; Alain Savard, coordonnateur à l’information AFESPED-UQAM ; Alexandra Zawadzki-Turcotte, secrétaire aux affaires académiques AFESH-UQAM ; Cloé Zawadzki-Turcotte, Comité maintien et élargissement de la grève CLASSE.













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