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    Des Idées en revues

    Doit-on se satisfaire d’une démocratie atrophiée?

    7 février 2017 |Texte collectif* | Actualités en société
    C’est une mobilisation populaire apte à construire une capacité hégémonique sans précédent qui peut faire la différence, arguent les auteurs du texte.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir C’est une mobilisation populaire apte à construire une capacité hégémonique sans précédent qui peut faire la différence, arguent les auteurs du texte.

    Depuis quelques années, le dispositif du pouvoir dans plusieurs régions du monde remet en question l’idée d’une démocratisation en profondeur telle qu’elle avait émergé au vingtième siècle, avec toutes les limites que l’on connaît.

     

    Sous le label du néolibéralisme, le but est de rétablir la suprématie des prétendues lois du marché. Les projets de société s’effacent dans le discours public au profit de l’idéologie managériale, de la lutte contre le déficit et de la gestion de la dette. Le peuple apparaît de plus en plus comme un obstacle à la liberté d’entreprise et du marché puisque la délibération démocratique mène la plupart du temps à une volonté citoyenne de contrôler l’environnement, d’encadrer la concurrence et d’élaborer des politiques en fonction du « bien commun ». Par ailleurs, le marché, les institutions financières et les entreprises transnationales se voient confier des tâches de régulation et de contrôle jusque-là assurées par les États.

     

    Cette méfiance à l’égard des citoyens et des citoyennes encourage les mesures concoctées à huis clos par ceux qu’on présente comme des « experts » inévitables et nécessaires. Au Québec, au Canada, on observe cette dérive notamment dans le domaine névralgique de l’environnement et des ressources, de la santé et de l’éducation où, de plus en plus, les restructurations changent la donne et se font sans une participation réelle des citoyens.

     

    C’est ainsi qu’on arrive à tuer le débat. Les dirigeants et les forces sociales qu’ils représentent justifient leurs politiques en commençant par le bout de phrase suivant : « Étant donné l’ampleur du déficit, nous… ». Le débat devient pratiquement impossible. Et c’est sans compter l’utilisation de la peur, de la propagande, de la menace et de la répression judiciaire et policière, amplifiées par des campagnes pour profiler diverses populations, notamment les immigrants, les réfugiés, les racisés. On inculque ainsi l’idée perverse du tout-le-monde-contre-tout-le-monde.

     

    On peut donc s’interroger sur la perte de souveraineté des États et donc des peuples qui constituent le fondement de cette souveraineté. Les élus, la plupart du temps, se soumettent à des décisions prises ailleurs que dans les parlements. Ainsi, la démocratie parlementaire apparaît de plus en plus vidée de son sens.

     

    Recherche de solutions

     

    Les mouvements citoyens qui ont réussi à arracher des concessions tant sur le plan politique (droit de vote des femmes) que sur le plan social et économique (assurances collectives, pensions, etc.) s’interrogent. En premier lieu, il faut se battre pour préserver des droits chèrement acquis. C’est ainsi qu’on assiste un peu partout à de gigantesques luttes défensives qui réussissent parfois (mais pas toujours) à faire reculer le pouvoir. Le processus est ardu, en partie parce que les partis politiques traditionnels, qui prétendent représenter les intérêts populaires, sont en déperdition, absorbés par le néolibéralisme ou disloqués par de profondes divisions.

     

    Malgré tout, en lieu et place de ces véhicules traditionnels se profilent de vastes convergences sociales amenant les diverses couches du peuple à dire « non » ! Si ces résistances sont nécessaires, il est peu probable, du moins à court terme, que le dispositif néolibéral se rétrécisse pour autant. Un dosage peu subtil de répression et de cooptation continue de diviser et d’affaiblir les mouvements. Lorsque le peuple surgit, comme il l’a fait récemment en Grèce, les institutions opaques du capitalisme globalisé prennent le relais des institutions parlementaires pour imposer les mêmes politiques. Le système politique représentatif ne résiste pas à de telles pressions.

     

    On connaît également l’impact dévastateur du populisme de droite. Trump, comme ses nombreux émules en Europe, en Turquie, en Égypte et ailleurs, convie le peuple à combattre les intellectuels, les syndicats, la fonction publique et les immigrants, ce qui permet d’évacuer le débat sur l’oligarchie financière et les monstrueux écarts qui s’aggravent entre le 1 % et les 99 %.

     

    Alors se pose la question. Si le pouvoir ne peut être transformé de l’intérieur, si on peut dire, il faut alors envisager l’éventualité d’une dure bataille de longue durée, ce que Gramsci appelait la « guerre de position » (c’est une métaphore). La transformation ne peut plus survenir simplement d’une alternance entre un parti ou l’autre, ou même d’une réforme partielle des institutions, ce qui implique de considérer la nécessité de la déstructuration et de la restructuration en profondeur des institutions.

     

    C’est une mobilisation populaire apte à construire une capacité hégémonique sans précédent qui peut faire la différence […]. Il est possible d’affaiblir le pouvoir, de le miner et d’élaborer, parallèlement, des embryons de contre-pouvoir. Ces résistances mettent alors en place des conditions pour que se développent l’autonomie populaire et l’aspiration à l’émancipation, desquelles peuvent émerger de nouvelles convergences. C’est sur ce chemin qu’il faut continuer pour redonner au mot « démocratie » sa noblesse originale.

     

    * Michel Roche, Pierre Beaudet, Judith Trudeau, Donald Cuccioletta et Stéphane Chalifour

     

     

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