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    Une rare attaque dans un lieu de culte

    Le suprémaciste blanc Dylann Roof a été condamné à mort le 10 janvier dernier pour le meurtre de neuf personnes de race noire à l’église Emanuel African Methodist Episcopal de Charleston, en Caroline du Nord.
    Photo: Jim Watson Agence France-Presse Le suprémaciste blanc Dylann Roof a été condamné à mort le 10 janvier dernier pour le meurtre de neuf personnes de race noire à l’église Emanuel African Methodist Episcopal de Charleston, en Caroline du Nord.

    Malgré la recrudescence des crimes à caractère religieux commis à travers le monde, l’attentat commis à Québec se distingue comme l’un des plus meurtriers commis ces dernières années en Occident dans un lieu de culte, et l’un des rares à avoir fait des victimes de confession musulmane.

     

    « Même si on rapporte des incidents de vandalisme, surtout des incendies criminels visant des mosquées au Canada et aux États-Unis, il s’agit de la seule fusillade de ce genre rapportée dans un lieu de culte musulman », a indiqué lundi au Devoir Erin Miller, directrice de programme du Global Terrorism Database (GTD) de l’Université du Maryland.

     

    Selon cette base de données mondiales, seulement trois autres attaques terroristes mortelles ont visé des groupes religieux dans des lieux de culte en Amérique du Nord entre 2010 et 2015. La plus meurtrière demeure la tristement célèbre perpétrée en 2015 par le suprémaciste blanc Dylann Roof, condamné à mort le 10 janvier dernier pour le meurtre de 9 personnes de race noire, à l’église Emanuel African Methodist Episcopal de Charleston en Caroline du Nord.
     


    Le deuxième attentat, aussi le fait d’un groupe suprémaciste, a coûté la vie en juin 2012 à six fidèles du temple sikh de Oak Creek au Wisconsin. Enfin, en avril 2014, un assaillant a ouvert le feu dans un Centre communautaire Juif à Kansas City, faisant quatre morts et tuant une cinquième victime dans une résidence pour personnes âgées.

     

    Actes à caractère raciste plus que religieux, ces attentats sauvages, comme celui perpétré à la mosquée de Québec, sont considérés comme des actes terroristes à part entière. Ils ne sont pas commis au nom d’une religion, comme c’est le cas des attentats djihadistes, mais au nom d’une idéologie, affirme Erin Miller. « Dans les lieux de culte, divers motifs s’entremêlent au racisme. À Oak Creek, les suprémacistes ne visaient même pas la religion sikhe, ils ne savaient même pas qu’ils n’étaient pas musulmans. Ils visaient des gens d’une autre race. »

     

    Cela dit, Erin Miller rappelle que ces actes haineux, dirigés plus souvent contre des biens que des personnes, demeurent rares, tant au Canada qu’aux États-Unis.

     

    Entre 2010 et 2015, la banque de GTD rapporte 29 incidents terroristes ciblant diverses religions — surtout des églises chrétiennes —, et une seule au Canada, visant la mosquée Al-Salaam à Peterborough. En septembre 2016, une mosquée de Toronto a également été la cible d’un incendie, et aux lendemains des attentats du 11-Septembre, un temple hindou avait été incendié à Hamilton.

     

    L’Europe plus touchée

     

    En Europe, 64 attentats à caractère religieux ont été recensés entre 2010 et 2015, dont six ayant causé des blessés ou des morts (incluant des refuges pour immigrants incendiés). Le plus récent a frappé en juillet 2016 l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray et tué le père Jacques Hamel, égorgé par deux islamistes. L’un des plus cruels reste celui mené en 2012 par Mohammed Merah, qui a tué à bout portant un rabbin et trois enfants à l’école juive Ozar Hatorah de Toulouse, ainsi que trois militaires. En mai 2014, un autre attentat faisait quatre morts au Musée juif de Bruxelles.

     

    Dans la foulée de ces attentats djihadistes commis en France, puis en Belgique en 2016, plusieurs mosquées ont été frappées par des bombes incendiaires, des voitures-béliers ou des tirs. Depuis, 1000 mosquées sur 2500 ont été placées sous haute surveillance, ainsi que 700 synagogues et écoles juives.

     

    Malgré toutes ces attaques, Erin Miller souligne que les attentats à caractère religieux sont autrement plus meurtriers au Moyen-Orient et en Afrique, où l’on a dénombré respectivement 649 et 318 attentats suicide ou explosions à la voiture piégée contre des temples ayant causé des morts et des blessés.

    Photo: Charly Triballeau Agence France-Presse Le père Jacques Hamel a été égorgé dans son église de Saint-Étienne-du-Rouvray en juillet 2016.
     

    Ailleurs dans le monde

     

    Le dernier rapport de la United States Commission on International Religious Freedom (USCIRF) conclut d’ailleurs en 2015 à une recrudescence des crimes à l’égard de minorités religieuses dans le monde. Des violences qui sont de plus en plus le fait de groupes indépendants, de « vigiles », comme Boko Haram et Al-Shabaab en Afrique. Des 65 millions de personnes déplacées ces dernières années en raison de persécution et de génocides, « plusieurs l’ont été en raison de leur religion », conclut la USCIRF.

     

    Crimes haineux au Canada

     

    Au Canada, les crimes haineux commis contre des minorités religieuses (326) ont chuté de 17 % entre 2012 et 2013, selon les plus récentes données de Statistique Canada. On note toutefois une hausse de ceux visant les personnes de confession musulmane. Passés de 45 à 65, les incidents visant des musulmans se sont faits plus violents (voies de fait, menaces de mort, harcèlement), note l’agence fédérale. Les crimes de nature religieuse perpétrés contre des femmes visent aussi des musulmanes dans 47 % des cas.
     

     

    Même si les crimes à caractère religieux (rapportés à la police) semblent en baisse, ils seraient en légère augmentation au Québec. Le taux de crimes haineux (2,2 par 100 000 habitants) y demeure malgré tout deux fois moins élevé qu’en Ontario (4,5).

     

    Somme toute, les personnes de confession juive sont le plus souvent victimes de crimes haineux, avec 181 incidents en 2013, soit plus de la moitié de ce type de crimes. Pour replacer tous ces chiffres en perspective, il faut rappeler que la moitié des crimes haineux (585) sont perpétrés d’abord pour des raisons raciales et visent, dans 44 % des cas, des personnes de race noire.


    Qu’est-ce que le terrorisme ? Selon la Global Terrorism Database (GTD), un « acte terroriste » inclut tout geste violent intentionnel, perpétré par un individu ou un groupe, à l’encontre de personnes ou de biens, pour des raisons politiques, religieuses ou sociales. L’acte doit viser à intimider un groupe plus large que les seules victimes, et exclut les gestes relevant de la « guerre traditionnelle ».

    Décembre 2016

    Incendie criminel au Centre culturel musulman de Sept-Îles. Le bâtiment a aussi été vandalisé en octobre 2016 et en 2014.

    Novembre 2016

    Incendie criminel à la mosquée Noor Al Islam de Montréal-Nord.

    Juin 2016

    Une tête de porc, emballée dans un sac de plastique, est abandonnée devant la porte du bâtiment abritant le Centre culturel islamique de Québec (CCIQ) et la Grande Mosquée de Québec (où a eu lieu l’attentat de dimanche soir).

    Novembre 2014

    Des slogans anti-islam sont inscrits sur les murs du CCIQ.

    Avril 2014

    Les pare-brise de trois voitures appartenant à des fidèles de la mosquée Madani, dans le nord de Montréal, sont fracassés pendant la prière.

    Août 2013

    Du sang de porc est répandu sur la façade de la mosquée de Saguenay.

    Septembre 2011

    Des graffitis, dont un proclamant « Fuck les Arabes », sont trouvés sur des murs de la Grande Mosquée de Québec.

    2008

    Fenêtres brisées, taches de peinture : la mosquée Makkah al-Mukarramah, située à Pierrefonds, subit trois actes de vandalisme.












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