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    Attentat de Québec

    Qui est Alexandre Bissonnette, terroriste présumé?

    Le suspect de 27 ans n’avait aucun casier judiciaire jusqu’à son arrestation

    Le suspect, Alexandre Bissonnette, a été escorté par la police après sa brève comparution au palais de justice de Québec, lundi.
    Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le suspect, Alexandre Bissonnette, a été escorté par la police après sa brève comparution au palais de justice de Québec, lundi.

    Alexandre Bissonnette, un jeune homme de 27 ans de Québec, a été formellement accusé lundi après-midi des meurtres prémédités de six personnes qui se trouvaient au Centre culturel islamique de Québec dimanche soir.

    Il fait aussi face à cinq tentatives de meurtre au moyen d’une arme à feu à autorisation restreinte. Au total, l’attaque aurait cependant fait 19 personnes blessées, selon une annonce du Directeur des poursuites criminelles et pénales.


    Dans un point de presse conjoint avec la Sûreté du Québec et la police de Québec, la Gendarmerie royale du Canada a annoncé que de nouvelles accusations pourraient s’ajouter.

    « La GRC continue son enquête, il y a des perquisitions qui sont en cours. On espère obtenir la preuve pour en arriver, plus tard, à des accusations par rapport aux articles de la section 83 [du Code criminel] sur le terrorisme et la sécurité nationale », a annoncé le service de police.

    Comparution en justice

    Au même moment, au palais de justice de Québec, les procureurs aux poursuites criminelles et pénales fonçaient vers la salle d’audience 4.14, où Alexandre Bissonnette a comparu. Plusieurs curieux patientaient déjà depuis un bon moment dans le couloir, croisant les doigts afin d’avoir une place assise dans la salle d’audience. Chacun d’eux a passé au détecteur de métal, pendant que les avocats parlaient à voix basse et les constables spéciaux donnaient leurs consignes.

    À 17 h 58, Alexandre Bissonnette a été escorté à l’intérieur de la salle d’audience. L’homme, dont l’apparence ne traduit en rien ses 27 ans, était vêtu d’une combinaison blanche. Il a braqué les yeux au sol, l’air désemparé. La divulgation de la preuve a été fixée au 21 février prochain. Le suspect demeurera détenu d’ici là.


    Six victimes

     

    La fusillade du Centre culturel islamique a coûté la vie à six personnes en pleine période de prière et en a blessé près d'une vingtaine, plus ou moins grièvement.

     

    Une autre personne arrêtée près de la mosquée dans le secteur de Sainte-Foy dans les minutes qui ont suivi l’attaque, peu avant 20 h, a finalement été relâchée lundi après-midi. Elle a été désignée comme un simple témoin.

     

    Alexandre Bissonnette a contacté lui-même les policiers vers 21 h. Il a été arrêté près du pont de l’île d’Orléans, situé à une vingtaine de kilomètres de Québec. « Il mentionne alors être armé et nous parle de son geste. Il semble vouloir collaborer », a relaté l’inspecteur Denis Turcotte, du Service de police de la Ville de Québec. « Une de nos unités du GTI [Groupe tactique d’intervention] se déplace sur les lieux et procède à l’arrestation du suspect. » D’autres policiers se sont rendus vers le domicile de ses parents, sis à Cap-Rouge, pour y effectuer une perquisition. L'appartement du suspect, situé tout près de la mosquée, a aussi été investi par les autorités.

    Le principal suspect de la tuerie étudiait à la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval, a confirmé l'institution.

     

    Le Centre culturel islamique a lui-même été fondé en 1985 à l’Université Laval, qui accueille beaucoup d’étudiants de pays musulmans. Il a pour but de les aider à s’intégrer à la société québécoise. La prière du soir attire jusqu’à cent personnes, des hommes, des femmes et des enfants.
     

    Qui est-il?


    Alexandre Bissonnette est un être introverti, attiré par des idées conservatrices, voire réactionnaires, mais aussi par les idées du Parti québécois. C’est un élève ostracisé, devenu un adulte secret, mais toujours très proche de son jumeau. Un joueur d’échecs, chasseur à ses heures, étudiant. Il n’avait aucun casier judiciaire jusqu’à son arrestation.
     

    « On s’était rencontrés deux, trois fois pendant la campagne électorale de 2014 », a raconté Olivier Banville, qui était président, à l’époque, du Parti québécois de l’Université Laval. Alexandre Bissonnette pensait à s’impliquer au sein du parti souverainiste, et les deux jeunes hommes avaient été mis en contact par un ami commun. « Je suis du genre à remarquer le racisme et les commentaires haineux et, dans mon souvenir, il en avait peu. Il n’aurait pas été dans mes amis Facebook si ça avait été le cas », a affirmé Olivier Banville, dans un entretien avec Le Devoir.

     

    En fait, les deux étudiants n’ont jamais abordé la question de l’immigration ensemble.
     

    Les témoignages accumulés décrivent Alexandre Bissonnette comme un jeune homme plutôt timide, très proche de son jumeau, Mathieu. Les deux frères entretenaient une relation fusionnelle, selon plusieurs de leurs anciens camarades de classe. Au moins une ancienne élève du collège des Compagnons-de-Cartier, fréquenté par les deux adolescents Bissonnette, a raconté au Soleil que les Bissonnette étaient parmi « les gars les plus intimidés de toute l’école ».

    Je suis du genre à remarquer le racisme et les commentaires haineux et, dans mon souvenir, il en avait peu.
    Olivier Banville, ancien président du PQ de l’Université Laval
     

    François Deschamps, membre du comité Bienvenue aux réfugiés, a reconnu le jeune homme en voyant sa photo dans les médias. Il a expliqué qu’Alexandre Bissonnette intervenait souvent sur la page Facebook de son groupe d’entraide, formé l’an dernier pour accompagner l’arrivée de Syriens au pays.

     

    « Il agissait comme un troll, a dit M. Deschamps. Ils’attaquait aussi aux droits des femmes. » Il aurait qualifié des groupes féministes de « féminazis ». Dans des débats sur Facebook, Alexandre Bissonnette était « un peu troll », a aussi décrit Olivier Banville, pour exprimer la tendance qu’il avait à publier des commentaires un peu provocants, mais pas trop. « Je l’aurais vu comme centriste un peu plus, mais jamais à jouer dans les extrêmes », s’est-il désolé.

     

    Que peut révéler une vitrine des réseaux sociaux ? La page Facebook d’Alexandre Bissonnette, désactivée vers 11 h lundi matin, ressemble à d’innombrables autres produites par des jeunes de son âge. On y trouve des photos de lui dans différentes positions plus ou moins banales, dans plusieurs fêtes de famille ou sur des égoportraits. Selon Olivier Banville, le jeune suspect n’a pas annoncé ses intentions meurtrières sur sa page personnelle.

     

    Le visage de jouvenceau d’Alexandre Bissonnette apparaît sur la plupart des images. On le voit coiffé d’une casquette de chasse ou encore en jeune cadet au béret, devant les drapeaux du Québec et du Canada entrecroisés. Il a aussi mis en ligne une photo de cinq médailles de son grand-père, soldat volontaire de la Deuxième Guerre mondiale, avec des indications en anglais.

      

    Goûts éclectiques

     

    Ses goûts politiques et culturels éclectiques se révèlent un peu dans les mentions d’appréciation. Alexandre Bissonnette dit aussi bien aimer l’ancien chef du NPD Jack Layton que la leader du Front national de France, Marine Le Pen, ou l’ex-président américain George W. Bush et l’actuel Donald Trump. Il propose un lien vers un site hommage au soldat Jonathan Couturier de la base de Valcartier, mort en Afghanistan en 2009.

     
    Il agissait comme un troll. Ils’attaquait aussi aux droits des femmes.
    François Deschamps, membre du comité Bienvenue aux réfugiés

    Il aime Marilyn Manson, Alice in Chains, Megadeth, Rammstein, des groupes de rock pesants sans être engagés politiquement, mais il craque tout autant pour la très pop Katy Perry. Il apprécie les jeux vidéo comme l’écrivain H. G. Wells. Son frère avoue de très honorables passions littéraires, qui vont de Flaubert à George Sand.

     

    Les mentions de sportifs des jumeaux visent des joueurs d’échecs. Le tout premier souligné est Maxim Rodshtein, champion israélien. Alexandre et Mathieu Bissonnette étaient membres du club universitaire d’échecs et proposaient tous deux un lien vers « La société pour la raison et le savoir » de son université. Avec Olivier Banville, Alexandre Bissonnette avait bel et bien discuté d’échecs. Il avait aussi partagé une autre de ses passions, la chasse.

     

    Gens sans histoire

     

    Beaucoup de clichés montrent Alexandre dans ce qui semble être la maison de ses parents à Cap-Rouge. C’est là qu’il habitait encore. Certaines fêtes familiales se déroulent dans le jardin.

     

    Les voisins interrogés par les médias ont tous parlé de gens calmes et sans histoire. Des policiers ont perquisitionné dans la résidence de Cap-Rouge dans la nuit de dimanche à lundi. Une autre opération policière a eu lieu lundi matin dans une résidence située près de la mosquée de Québec attaquée quelques heures plus tôt.

     

    Il s’agit d’une maison de chambres habitée par des étudiants de l’Université, elle aussi toute proche. Là encore, la police n’a pas donné de détails, mais il pourrait s’agir de l’appartement où logeait la personne faussement soupçonnée et arrêtée dimanche soir.

     

    Les locataires présents ont été transportés par les policiers. Au total, environ 275 professionnels de l’ordre et des enquêtes, liés à différents corps de police, travaillent dans ce dossier exceptionnel.


    Une arme prohibée Il n’a fallu que très peu de temps pour créer le carnage dans la mosquée de Québec. Le meurtrier, qui a semble-t-il agi seul, a utilisé une arme automatique ou semi-automatique, selon toute vraisemblance un AK-47 (ou kalachnikov) que les policiers auraient saisi en même temps que des armes de poing dans la voiture conduite par Alexandre Bissonnette, principal et seul suspect pour l’instant dans cet attentat. La cadence de tir automatique de ce fusil d’assaut est de 600 coups par minute. Selon des témoins de la fusillade, le responsable de l’attentat a eu le temps de recharger trois fois son arme dimanche soir dans la mosquée située au 2877, chemin Sainte-Foy. Ce genre d’arme est prohibé au Canada.

    Le Devoir












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