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    Des Idées en revues

    Un brin de folie dans la toponymie

    17 janvier 2017 | Pierre Lahoud - Photographe et historien spécialisé en patrimoine | Actualités en société
    Que ce soit par leur caractère cocasse, poétique, mystérieux ou grivois, plusieurs toponymes québécois provoquent l’étonnement.
    Photo: Pierre Laoud Que ce soit par leur caractère cocasse, poétique, mystérieux ou grivois, plusieurs toponymes québécois provoquent l’étonnement.

    Que ce soit par leur caractère cocasse, poétique, mystérieux ou grivois, plusieurs toponymes québécois provoquent l’étonnement. Brève incursion au pays des noms insolites.

     

    Certains toponymes surprennent par les images qu’ils créent. Qu’on pense aux chemins Brise-Culotte, en Estrie ; Vire-Crêpes, à Lévis ; du Bout-du-Monde, en Mauricie ; des Belles-Amours, en Chaudière-Appalaches… Ou encore au rang de l’Embarras, dans le Bas-Saint-Laurent. On pourrait imaginer que ce site a été la scène d’un événement honteux. En réalité, cet « embarras » est un amas de pierres et de branches permettant de franchir à gué la rivière Kamouraska !

     

    Les noms de lieux sont des indicateurs d’espace et d’histoire. Ils constituent en quelque sorte notre mémoire de l’esprit du lieu. II y a fort longtemps, l’homme a commencé à baptiser les sites qu’il habitait, sûrement pour se donner des points de repère et s’approprier le territoire. Ces appellations brossent généralement le portrait fidèle d’un endroit à l’époque où elles ont été créées. Souvent, elles décrivent le paysage local, le milieu de vie, les activités exercées par les habitants, les événements survenus. Elles agissent comme des symboles identitaires porteurs de sens.

     

    Le Québec s’étend sur un très grand territoire parsemé de centaines de milliers de lacs, ponctué de nombreuses montagnes et parcouru par d’innombrables chemins. De prime abord, on pourrait croire ce paysage toponymique assez homogène. Après tout, plus de 40 % des 1133 municipalités du Québec possèdent un nom qui renvoie à un saint ou à une sainte. Mais un examen attentif des autres appellations révèle plutôt la richesse et la diversité de ce patrimoine.

     

    De nombreux toponymes aiguisent la curiosité lorsqu’on les aperçoit sur un panneau routier en passant en voiture. Ils séduisent par leur inventivité, leur humour, leur caractère insolite ou leur poésie déconcertante. Chose certaine, ils ne laissent pas indifférent.

     

    De la plus belle eau

     

    Plusieurs noms de cours d’eau apparaissent particulièrement cocasses. On a droit à 20 lacs Inconnu, 9 lacs Sans Nom, et environ 100 lacs Croche. Sur la Côte-Nord, il y a un lac à Toi et un lac à Moi, qui côtoient un lac à Nous. Il existe aussi un lac Pas d’Eau, au nord du réservoir Manicouagan : une vaste étendue de faible niveau, typique de cette région marécageuse.

     

    L’imagination populaire n’a pas de limites. Quelques exemples ? Les deux lacs Trop Loin ; le lac J’En-Peux-Plus, dans les Laurentides ; l’anse à Mouille-Cul, près de Rimouski… Citons encore le Grand Pisseux, un torrent gaspésien qui se jette dans le Saint-Laurent près de La Martre. Et l’anse Qui-Pue, sur l’île aux Basques, où s’amoncellent des algues marines en décomposition.

     

    En plus de frapper l’esprit, ces noms en disent long sur les lieux qu’ils désignent. C’est le cas de la baie du Pouce à Mitaine, en Abitibi : à cet endroit, la rivière Duparquet s’élargit, prenant la forme d’une mitaine dont le pouce serait formé par la baie. La chute Monte-à-Peine, dans Lanaudière, rappelle une côte abrupte que les gens du XIXe siècle gravissaient à pied, provisions au dos. Quant aux anciens rangs Trompe-Souris (tous rebaptisés), ils étaient situés sur des terres tellement improductives que même les rongeurs n’y trouvaient pas de graines.

     

    Quelquefois, la toponymie s’amuse également à faire peur. Prenez Saint-André-de-l’Épouvante, appellation périmée de Saint-André-du-Lac-Saint-Jean, dont les habitants étaient parfois appelés les Épouvantés. Ou Gore, municipalité des Laurentides dont le signifie « sang » en anglais (mais qui honore en réalité Sir Francis Gore, ancien lieutenant-gouverneur du Haut-Canada).

     

    Certains lieux ont été dénommés selon leurs couleurs. Le blanc qualifie ainsi plus de 400 noms : Banc Blanc, cap Blanc, Blanc-Sablon, pour n’en citer que quelques-uns. Il y a 1 cap Vert, 1 pointe Bleue, 1 île Le Désert Mauve, 2 baies Jaune, 2 rivières Vermillon et 10 caps Rouge.

     

    D’autres noms évoquent la forme d’un objet. Par exemple, on compte 61 lacs en Coeur, 27 lacs Culotte, 17 lacs Marteau, 4 lacs Téléphone, 2 lacs Saxophone et 2 lacs Spectacle, qui ressemblent à des lunettes d’approche. La Côte-Nord peut se targuer de contenir le lac U.S.A., dont le tracé rappelle celui des États-Unis. On retrouve aussi 8 lacs de la Chaise, 1 du Tabouret et, finalement, 2 du Fauteuil, dont 1 situé dans la baie de la Bouteille, dans Lanaudière.

     

    […] De l’île Moukmouk jusqu’à la municipalité de L’Avenir, il y a au Québec un riche patrimoine toponymique à conserver. Nous en avons la preuve.

     

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    Des Idées en revues

    Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, nous vous proposons un extrait du dernier numéro de la revue Continuité (Hiver 2017, no 15).













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