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    Violence sexuelle sur les campus: quelle place pour les victimes?

    La consultation de la ministre de l’Enseignement supérieur devrait inclure les survivantes, disent deux associations étudiantes

    La consultation sur les violences sexuelles dans les campus fait suite à la série d’agressions commises dans les résidences étudiantes de l’Université Laval, à Québec.
    Photo: Francis Vachon Le Devoir La consultation sur les violences sexuelles dans les campus fait suite à la série d’agressions commises dans les résidences étudiantes de l’Université Laval, à Québec.

    Les victimes d’agressions sexuelles sont « les grandes exclues » des consultations sur les violences sexuelles dans les campus et les cégeps, dénoncent deux associations étudiantes, qui réclament un espace pour « soutenir et élever les voix des survivantes ».

     

    « Bien que nous soyons heureuses que cette question soit enfin prise au sérieux, nous ne pouvons nous empêcher d’être en parfait désaccord avec la manière dont celles-ci vont s’organiser », peut-on lire dans une déclaration commune de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE) et l’Association pour la voix étudiante du Québec (AVEQ) rendue publique jeudi.

     

    « Dans le processus actuel de consultation publique proposé par le gouvernement, nous n’avons vu aucune indication [montrant qu’il y ait une volonté] de fournir les espaces adéquats ou les ressources nécessaires pour une participation directe de la part des survivantes et des groupes qui travaillent avec les survivantes », précise la porte-parole de l’AVEQ, Kristen Perry.

     

    Les associations étudiantes affirment avoir des « réticences » sur le choix des invités. « Nous dénonçons que la ministre [de l’Enseignement supérieur, Hélène David] ait invité en grande pompe les administrations universitaires et collégiales à cette consultation. Nous croyons que ce ne sont pas les administrations qui, dans la plupart des cas, ont failli à leur devoir à l’égard des survivantes qui devraient être consultées, mais les survivantes elles-mêmes […] En matière de réponse au problème des violences sexuelles dans les campus, il est crucial d’entendre les voix des personnes les plus affectées par celles-ci, les victimes. Elles sont les mieux placées pour décrire l’état des processus disciplinaires et ce qu’elles aimeraient voir comme procédure adéquate. Si le gouvernement souhaite mettre en place une politique efficace, les consultations et les actions subséquentes doivent être abordées selon une approche centrée sur les besoins de survivantes. »

     

    Elles demandent que le gouvernement « rende explicite le fait que les survivantes soient les bienvenues et qu’elles recevront le soutien nécessaire pour contribuer à ces consultations ». Elles réclament également de la flexibilité dans le procédé, affirmant que certaines victimes pourraient être mal à l’aise de s’exprimer publiquement et souhaiteraient le faire en privé.

     

    Invitations personnalisées

     

    Les consultations, qui doivent avoir lieu d’ici la fin du mois de mars dans cinq grandes villes du Québec, ont été annoncées à l’automne dernier par la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, en marge des agressions qui sont survenues au campus de l’Université Laval à Québec.

     

    Dans le document de consultation, disponible sur le site du ministère, on affirme que ces « journées de réflexion pour prévenir et contrer les violences à caractère sexuel dans les campus et les collèges du Québec » vont permettre de regrouper « les principaux acteurs de l’enseignement supérieur pour partager les meilleures pratiques et les initiatives les plus porteuses ». On souhaite aborder notamment les questions de la prévention et de la sensibilisation, de la sécurité des personnes, notamment dans les activités sociales et sur le campus en général, et la gestion des plaintes.

     

    Dans ce document, on écrit spécifiquement que les établissements, les associations étudiantes et les syndicats nationaux « pourront s’exprimer sur le sujet », mais il n’y a aucune référence directe aux victimes.

     

    Cette orientation a été réaffirmée en novembre dernier par la ministre David qui a invité personnellement certains groupes à participer aux audiences. Dans un modèle, que Le Devoir a pu consulter, la ministre précise que « seront conviés différents partenaires, soit les dirigeants d’établissement, les professionnels des bureaux de prévention, les associations étudiantes ainsi que les communautés collégiales et universitaires ».

     

    Des victimes « déçues »

     

    L’ASSE et l’AVEQ auront voix au chapitre, ayant reçu l’invitation officielle. Elles comptent bien défendre les victimes, qu’elles représentent comme associations étudiantes. « Oui, je vais défendre les survivantes, mais ce n’est pas la même chose que de donner la parole aux survivantes elles-mêmes, répond Kristen Perry de l’AVEQ en entrevue au Devoir. C’est pour ça que nous sortons publiquement aujourd’hui, nous voulons qu’elles puissent avoir leur place bien à elles. »

     

    C’est aussi l’avis de Kimberley Marin, d’Ariane L’Italien et de Mélanie Lemay, trois jeunes femmes ayant vécu de la violence sexuelle à l’université. Cet automne, elles ont mis sur pied Québec contre les violences sexuelles, une association dont la principale revendication est l’adoption d’une loi-cadre pour régir les universités en matière de violences sexuelles. Au fil des mois, elles ont reçu des centaines de témoignages de survivantes. « C’est sûr que nous sommes déçues de ne pas avoir été invitées, on aurait été une bonne référence pour raconter ce qui se passe dans les faits, soupire Kimberley Marin au bout du fil. Et la ministre David connaît notre existence, on lui a parlé à plusieurs reprises. Elle nous dit qu’elle veut travailler en équipe, mais nous avons plutôt l’impression d’être exclues. »

     

    La jeune femme rappelle que ce ne sont pas toutes les associations étudiantes qui défendent les victimes. Elle-même n’a jamais été prise au sérieux par son association alors qu’elle tentait d’obtenir de l’aide après avoir été agressée par plusieurs étudiants lors d’une activité d’initiation à l’École de technologie supérieure (ETS).

     

    « On a plein d’idées, si on nous en laissait la chance, on aurait plein de choses à dire », conclut Kimberley Marin.

     

    L’attaché de presse de la ministre David, Thierry Bélair, n’a pas souhaité commenter, répondant simplement que « la préparation des journées de réflexion est toujours en cours ».













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