Les porcs retournent à leur alimentation initiale
Le plat du jour continuera d'inclure les farines animales
Les cochons du Québec devraient retrouver collectivement le sourire. C'est que le régime végétarien exempt de farines carnées qui leur a été imposé en décembre dernier par la Fédération des producteurs de porcs du Québec (FPPQ) vient soudainement d'être mis au rancart. Faute de consommateurs réceptifs à la chose et d'une conjoncture économique favorable à ce changement d'alimentation, ont expliqué hier au Devoir les représentants de la filière porcine.
Oublié donc le «virage végétal» visant à «rassurer les consommateurs», les farines animales ne quitteront pas, comme prévu, le menu offert aux résidents des porcheries. Ces farines, qui laissent perplexes un nombre grandissant de consommateurs, devaient pourtant progressivement sortir, dans les prochains mois, du régime alimentaire des quelque 7,5 millions de cochons élevés annuellement au Québec. Et disparaître totalement à compter du 1er mai 2004, avait décidé la FPPQ en décembre dernier.
La mesure, expliquait-elle à l'époque, était plus que nécessaire. Non pour des questions de salubrité ou de santé — le porc étant un omnivore avec un système digestif très proche de celui des humains — mais plutôt pour répondre aux exigences des abattoirs du Québec soucieux de bien paraître auprès des amateurs de côtes levées et de côtes grillées. Le porc «tout végétal» visait également à faire bonne figure sur les marchés d'exportation, dont celui du Japon, en évitant aux gorets sortant des campagnes du Québec d'être honteusement rabaissé par leurs cousins ontariens où, depuis juin 2003, un important transformateur a retiré les farines carnées de leurs auges.
Moins de trois mois plus tard, les bonnes intentions semblent toutefois s'être envolées en fumée. «Les abattoirs nous ont informés la semaine dernière qu'ils revenaient sur leur décision de voir retirer les farines animales, a expliqué en entrevue au Devoir, Claude Corbeil, président de la FPPQ, car ils ne sont pas prêts à payer pour le changement. Et si les transformateurs reculent, tout le monde est obligé de le faire aussi.»
Au coeur de ce revirement de situation: les consommateurs qui, selon les représentants de l'industrie porcine, ne semblent pas en mesure de faire la différence entre un filet de porc ou du bacon issus d'un mode de production traditionnel et un filet amené à maturité loin des inquiétantes farines de viande et d'os. Farines, à l'origine de la maladie de la vache folle du côté des élevages bovins. «Il n'y a pas un grand intérêt pour ce type de produit, indique Paul Beauchamp d'Olymel, un des plus grands fabricants de cochonnailles au Québec. Les acheteurs ne sont aussi pas prêts à composer avec la différence de prix engendrée par la suppression des farines de viande.»
Et moins de trois mois auront suffi à la filière pour s'en rendre compte. «C'est que la suppression des farines de viande est une chose très difficile en ce moment en raison des coûts de production, explique Clément Pouliot, éleveur de porcs en Beauce et ancien président de la Fédération. La décision a peut-être été un peu précipitée.»
Dans les derniers mois, en effet, le prix des farines de viande — obtenues à partir de cadavres d'animaux et de restes d'abattoir — a chuté considérablement, explique M. Pouliot. Parallèlement, les farines de soya, une protéine végétale de substitution utilisée dans les élevages se voulant plus «naturels», ont, elles, enregistré une hausse importante d'environ 100 $ la tonne. «C'est énorme», dit l'éleveur, abonné de longue date à l'élevage sans farine de viande qui, devant l'augmentation du soya, a pourtant du y succomber depuis l'automne dernier pour réduire ses coûts de fonctionnement.
Il ne doit d'ailleurs pas être le seul. «Quand nous avons envisagé cette mesure, la différence entre un porc nourri à la farine végétale et un porc conventionnel était de 50 cents, dit M. Beauchamp. Tout le monde était alors en mesure de composer avec cette hausse. Aujourd'hui, c'est de 6 $ par tête qu'il est question, et plus personne ne veut en attendre parler.»
Pour le moment du moins, croit-il. «C'est une décision de marketing, avoue le porte-parole d'Olymel, que nous ne pouvons plus nous offrir aujourd'hui. Mais si la conjoncture redevenait propice, rien ne nous empêcherait de remettre la suppression des farines animales au programme.»
Oublié donc le «virage végétal» visant à «rassurer les consommateurs», les farines animales ne quitteront pas, comme prévu, le menu offert aux résidents des porcheries. Ces farines, qui laissent perplexes un nombre grandissant de consommateurs, devaient pourtant progressivement sortir, dans les prochains mois, du régime alimentaire des quelque 7,5 millions de cochons élevés annuellement au Québec. Et disparaître totalement à compter du 1er mai 2004, avait décidé la FPPQ en décembre dernier.
La mesure, expliquait-elle à l'époque, était plus que nécessaire. Non pour des questions de salubrité ou de santé — le porc étant un omnivore avec un système digestif très proche de celui des humains — mais plutôt pour répondre aux exigences des abattoirs du Québec soucieux de bien paraître auprès des amateurs de côtes levées et de côtes grillées. Le porc «tout végétal» visait également à faire bonne figure sur les marchés d'exportation, dont celui du Japon, en évitant aux gorets sortant des campagnes du Québec d'être honteusement rabaissé par leurs cousins ontariens où, depuis juin 2003, un important transformateur a retiré les farines carnées de leurs auges.
Moins de trois mois plus tard, les bonnes intentions semblent toutefois s'être envolées en fumée. «Les abattoirs nous ont informés la semaine dernière qu'ils revenaient sur leur décision de voir retirer les farines animales, a expliqué en entrevue au Devoir, Claude Corbeil, président de la FPPQ, car ils ne sont pas prêts à payer pour le changement. Et si les transformateurs reculent, tout le monde est obligé de le faire aussi.»
Au coeur de ce revirement de situation: les consommateurs qui, selon les représentants de l'industrie porcine, ne semblent pas en mesure de faire la différence entre un filet de porc ou du bacon issus d'un mode de production traditionnel et un filet amené à maturité loin des inquiétantes farines de viande et d'os. Farines, à l'origine de la maladie de la vache folle du côté des élevages bovins. «Il n'y a pas un grand intérêt pour ce type de produit, indique Paul Beauchamp d'Olymel, un des plus grands fabricants de cochonnailles au Québec. Les acheteurs ne sont aussi pas prêts à composer avec la différence de prix engendrée par la suppression des farines de viande.»
Et moins de trois mois auront suffi à la filière pour s'en rendre compte. «C'est que la suppression des farines de viande est une chose très difficile en ce moment en raison des coûts de production, explique Clément Pouliot, éleveur de porcs en Beauce et ancien président de la Fédération. La décision a peut-être été un peu précipitée.»
Dans les derniers mois, en effet, le prix des farines de viande — obtenues à partir de cadavres d'animaux et de restes d'abattoir — a chuté considérablement, explique M. Pouliot. Parallèlement, les farines de soya, une protéine végétale de substitution utilisée dans les élevages se voulant plus «naturels», ont, elles, enregistré une hausse importante d'environ 100 $ la tonne. «C'est énorme», dit l'éleveur, abonné de longue date à l'élevage sans farine de viande qui, devant l'augmentation du soya, a pourtant du y succomber depuis l'automne dernier pour réduire ses coûts de fonctionnement.
Il ne doit d'ailleurs pas être le seul. «Quand nous avons envisagé cette mesure, la différence entre un porc nourri à la farine végétale et un porc conventionnel était de 50 cents, dit M. Beauchamp. Tout le monde était alors en mesure de composer avec cette hausse. Aujourd'hui, c'est de 6 $ par tête qu'il est question, et plus personne ne veut en attendre parler.»
Pour le moment du moins, croit-il. «C'est une décision de marketing, avoue le porte-parole d'Olymel, que nous ne pouvons plus nous offrir aujourd'hui. Mais si la conjoncture redevenait propice, rien ne nous empêcherait de remettre la suppression des farines animales au programme.»
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