Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Il y a 70 ans, Mackenzie King devenait le premier citoyen canadien

    Le juge en chef Thibaudeau Rinfret remet à W. L. Mackenzie King le tout premier certificat de citoyenneté.
    Photo: ?Bibliothèque et Archives Canada Le juge en chef Thibaudeau Rinfret remet à W. L. Mackenzie King le tout premier certificat de citoyenneté.

    Le 3 janvier 1947, il y a 70 ans jour pour jour en ce mardi, le premier ministre du Canada, William Lyon Mackenzie King, participe à un événement bien spécial dans l’édifice de la Cour suprême à Ottawa. À cette occasion, le juge en chef du plus haut tribunal du pays, Thibaudeau Rinfret, lui remet un certificat numéroté 0001. King devient ainsi officiellement le tout premier citoyen canadien de l’histoire.

     

    L’idée d’une citoyenneté authentiquement canadienne germait depuis un certain temps déjà, et elle était particulièrement chère aux yeux de Paul Martin, ministre dans le cabinet libéral de King et père du futur premier ministre du même nom. Alors que sévissait la Deuxième Guerre mondiale et que le Canada y allait d’un effort important, Martin avait songé à proposer un projet en ce sens. Mais ce n’est qu’après le conflit, alors qu’il visitait le cimetière de Dieppe, où reposaient tant de Canadiens fauchés au combat, qu’il entreprit d’agir.

    Photo: La Presse canadienne / Bibliothèque et Archives Canada Mackenzie King a été premier ministre du Canada à trois reprises entre 1921 et 1948.
     

    Jusque-là, les Canadiens étaient, juridiquement, considérés comme de simples sujets britanniques. Le statut exact de tout un chacun se perdait dans un fouillis de lois portant sur l’immigration, la naturalisation, le concept de « ressortissant », etc., qui se contredisaient parfois. Un ménage s’imposait donc et, à la faveur d’une vague de fierté nationale qu’avait provoquée la guerre, le moment était idéalement choisi.

     

    Le 22 octobre 1945, le ministre Martin dépose donc un projet de loi à la Chambre des communes. La Loi sur la citoyenneté canadienne est adoptée le 27 juin 1946 et elle entre en vigueur le 1er janvier 1947. Deux jours plus tard, Mackenzie King et 25 autres personnes, dont le célèbre photographe Yousuf Karsh, sont reçus à la Cour suprême. Le symbole est puissant, et il marque un nouveau jalon dans la longue (et lente) évolution du pays.

     

    En vertu de la nouvelle loi, toutes les personnes nées au Canada deviennent citoyens canadiens, et d’autres peuvent revendiquer le statut à certaines conditions.

     

    Ce soir du 3 janvier 1947, King déclenche des applaudissements dès la première phrase de l’allocution qu’il prononce. « Je parle en tant que citoyen du Canada », déclare-t-il d’entrée de jeu.

     

    « La citoyenneté représente l’honneur le plus élevé qu’une nation peut accorder à un individu qui n’est pas né en son sein, poursuit-il. Sans la citoyenneté, tout est pas mal insignifiant. Il n’y a aucun pays dans le monde duquel ses citoyens ont de meilleures raisons d’être fiers que le Canada. Il existe des pays plus vieux, il existe des pays plus grands, mais aucun n’occupe aujourd’hui une place plus élevée dans l’estime des autres nations. Être un citoyen du Canada, c’est détenir un passeport qui sera reconnu partout. »

     

    Un aboutissement

     

    Pour King, on peut parler de l’aboutissement d’un long parcours. Certes, le Canada est devenu un dominion avec la ratification de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique par Londres en 1867, mais la conquête de l’indépendance a dû se faire par étapes. Encore en 1914, quand le roi George V de Grande-Bretagne déclare la guerre à l’Allemagne, cela entraîne automatiquement la participation du Canada ; le pays peut décider de l’ampleur de son engagement, mais pas de l’engagement lui-même.

     

    King a vu ce que la guerre pouvait provoquer de déchirements internes, notamment entre anglophones et francophones, qui mèneront à la crise de la conscription de 1917. Élu premier ministre en 1921, il sera soucieux d’éviter que pareilles tensions ne se reproduisent.

     

    Une première occasion de mettre son poing sur la table survient en 1922, lorsque les Britanniques semblent au bord d’un conflit armé avec la Turquie pour une question de territoires dans le secteur des Dardanelles (« l’affaire de Chanak »). Le premier ministre David Lloyd George invite alors instamment King à promettre une contribution du Canada, mais celui-ci répond froidement qu’il reviendra au Parlement de décider. L’affrontement n’aura finalement pas lieu, mais la volonté d’autonomie diplomatique est bien assise. D’incident en incident, on filera d’ailleurs vers une modification du rôle du gouverneur général — qui ne représentera plus le gouvernement britannique, mais la Couronne — et vers le Statut de Westminster de 1931, qui consacre l’autonomie complète des dominions du Commonwealth.

     

    King tiendra aussi à ce que le Canada émette sa propre déclaration de guerre, par l’entremise du roi George VI, lorsque la Deuxième Guerre mondiale éclatera en 1939. Une nouvelle crise liée à la conscription, encore une fois marquée par de profondes divisions entre francos et anglos, surviendra certes, mais avec moins de conséquences que la première

     

    Rapprochement​

     

    Dans son discours du 3 janvier 1947, King tient à faire valoir que la nouvelle citoyenneté canadienne devrait rapprocher des communautés souvent opposées par le passé et en même temps offrir un exemple au monde.

     

    « La nouvelle conception de la citoyenneté vise à créer des ponts au-dessus des fossés créés par la géographie et l’origine raciale. En tant que peuple, les Canadiens seront tissés plus serré du fait de cette reconnaissance. Notre unité et notre force seront accentuées par cette citoyenneté commune et sa profonde signification. »

     

    « Le Canada d’aujourd’hui a été décrit comme un acte de foi suprême. La vision et le courage d’hommes et de femmes ont transformé notre pays, qui consistait en de petites régions virtuellement inconnues, en une des plus grandes nations industrielles au monde. »

     

    « Mais cette vision et ce courage ont produit beaucoup plus que de la croissance matérielle. Nos gens ont aussi continuellement cherché à défendre et à repousser les frontières de la liberté. Plus d’une fois au nom du pays, les fils et les filles du Canada ont servi vaillamment, et des milliers sont morts pour préserver la liberté du monde. »

     

    « Dans les affaires internationales, notre pays possède un dossier exceptionnel en matière de responsabilité et d’intégrité. Notre appartenance à la nation n’est pas fondée sur la supériorité d’une seule race ou d’une seule langue. Le Canada a été fondé sur la foi que deux des races les plus fières au monde, malgré les barrières de la langue et de la religion, travailleraient ensemble avec tolérance et respect mutuels pour développer une nationalité commune. Dans notre partenariat d’égal à égal de Canadiens de langue anglaise et de langue française, nous avons accueilli des milliers de personnes d’autres origines raciales et qui parlent d’autres langues. Tous et chacun ont recherché un pays où la nationalité ne signifie pas la domination et l’esclavage, mais l’égalité et la liberté. »

     

    Une cérémonie de commémoration des 70 ans de l’avènement de la citoyenneté canadienne aura lieu ce mardi à la Cour suprême à Ottawa.













    Envoyer
    Fermer

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.