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    Du Costa Rica à Sainte-Justine

    Un chantier à organiser

    Les acteurs régionaux de l’immigration voudraient une stratégie commune pour améliorer la rétention des nouveaux arrivants

    «On a vraiment l’impression que l’immigration en région, c’est mis de côté», estime Michèle Vatz-Laaroussi, de l’Observatoire canadien de l’immigration dans les zones à faible densité d’immigrants.
    Photo: iStock «On a vraiment l’impression que l’immigration en région, c’est mis de côté», estime Michèle Vatz-Laaroussi, de l’Observatoire canadien de l’immigration dans les zones à faible densité d’immigrants.

    Depuis trois ans, le village de Sainte-Justine, dans Bellechasse, a accueilli une quarantaine d’immigrants du Costa Rica, venus travailler pour le principal employeur local, l’usine Rotobec. L’intégration de ces immigrants soulève de nombreux défis, a constaté Le Devoir. Dernier d’une série de trois textes.


    Officiellement, l’immigration en région est un objectif gouvernemental depuis des années. Mais au-delà des paroles, le Québec n’a pas vraiment de plan en la matière, et les histoires à succès reposent beaucoup sur les milieux locaux, constatent des observateurs. Pistes de réflexion pour une immigration en région réussie.

     

    « Chacun bricole ses trucs de son côté », déplore Stephan Reichhold, de la Table de concertation des organismes d’aide aux personnes réfugiées et immigrantes (TCRI).

     

    Ces derniers jours, Le Devoir a décrit dans une série de reportages l’arrivée d’un groupe de travailleurs costaricains dans un petit village de Bellechasse où l’employeur est particulièrement dynamique, mais le milieu de l’éducation est un peu dépassé par le phénomène. Le gouvernement ou d’autres acteurs pourraient-ils en faire davantage et, si oui, comment ?

    La ministre de l’Immigration dit qu’elle croit à la régionalisation, mais on se demande où sont les autres ministères
    Eva Lopez, fondatrice de l’organisme Intégration communautaire des immigrants
     

    « Il n’y a pas de politique ou de stratégie, poursuit M. Reichhold. Il y en a eu dans le passé, mais elles se sont toujours perdues, parfois par manque de leadership. […] Tout est en suspens en ce moment. »

     

    Il n’est pas le seul à le déplorer. « La ministre de l’Immigration dit qu’elle croit à la régionalisation, mais on se demande où sont les autres ministères », lance Eva Lopez, fondatrice de l’organisme Intégration communautaire des immigrants (ICI) basé à Thetford Mines.

     

    « Emploi-Québec ne s’adapte pas à la main-d’oeuvre immigrante et pourrait en faire plus pour faciliter les choses pour les employeurs. Pourquoi le ministère de l’Éducation ne prend-il pas en compte les besoins particuliers des régions ? Comment ça se fait qu’on n’explique pas systématiquement aux immigrants qu’il y a une option autre que Montréal ? C’est un problème politique majeur. Si on arrime tout, on arrive à des histoires à succès extraordinaires. »

     

    Michèle Vatz-Laaroussi, de l’Observatoire canadien de l’immigration dans les zones à faible densité d’immigrants, estime que la régionalisation de l’immigration est tout particulièrement négligée par le gouvernement actuel. « Le gouvernement actuel a encore moins de stratégies que les autres. Dans le passé, chaque gouvernement, quel que soit le parti, avait quand même cette préoccupation-là et faisait de petites choses. Mais là, on a vraiment l’impression que l’immigration en région, c’est mis de côté. Comme si on comptait juste sur l’économie pour la réguler. »

     

    Des modèles

     

    Relativement au cas de Bellechasse décrit dans les précédents articles, M. Reichold observe que le modèle de Rotobec (qui recrute des travailleurs permanents) est relativement rare. La plupart du temps, les entreprises recrutent des travailleurs temporaires qui ne finissent jamais par s’installer sur place de façon définitive.

     

    C’est d’ailleurs ce qui s’est produit dans un village de la Beauce, Sainte-Clothilde, il y a une dizaine d’années, observe Line Lagacé de Québec International, qui fait du recrutement à l’étranger pour de nombreuses entreprises de Québec et sa périphérie. Pour freiner sa dévitalisation, le village avait attiré sur son territoire des dizaines de réfugiés colombiens. Or, ils sont finalement tous repartis. « Une des erreurs qui ont été faites à l’époque, c’est de ne pas penser à l’intégration globale de la famille », dit-elle.

     

    À Saint-Marc-du-Lac-Long (Bas-Saint-Laurent) aussi, on a accueilli de nombreux Colombiens il y a dix ans. Dans leur cas, les familles avaient suivi, mais l’employeur, une ardoiserie, a fermé ses portes, rappelle Mme Laaroussi.

     

    « Ils dépendaient de l’entreprise pour tout : le travail, le logement. […] Il faut aussi que l’intégration se fasse au niveau de la localité, des organismes qui peuvent exister. »

     

    La chercheuse insiste par ailleurs sur l’importance pour les immigrants d’avoir des possibilités d’avancement au sein de l’entreprise. « C’est très important qu’il y ait des possibilités de promotion. Souvent, ça aide à la rétention, ça aide les gens à se projeter vers l’avenir, à voir qu’il y a du potentiel. » Enfin, conclut-elle, il ne faut pas oublier que beaucoup d’immigrants « sont déjà au Québec » et sans travail. « Certains sont sans doute qualifiés, mais eux, on les perd dans la nature. »













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