Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    #chroniquefd

    La gueule de bois

    Les fins d’année sont toujours propices à la gueule de bois, mais 2016, va l’être sans doute bien plus que les autres.

     

    Et pas besoin d’abuser d’un gin aux algues de Rimouski ou d’un gin au panais de Longueuil pour ressentir les symptômes désagréables de ce que la médecine nomme sobrement une veisalgie. Le fil de l’actualité suffit à lui seul, quand on le remonte, à faire poindre cette douleur et cet inconfort qui succèdent à la débauche, à l’irresponsabilité, au dérapage ou à l’abus, qui ont été nombreux en 2016.

     

    Le plus grossier de ces excès va d’ailleurs faire sentir ses effets secondaires le 20 janvier prochain en ouvrant la porte de la Maison-Blanche, après une cérémonie d’assermentation qui a déjà tout de surréelle, à Donald Trump, troll en chef des univers numériques, misogyne assumé, chantre du clientélisme, intimidateur notoire et vulgaire qu’une minable campagne électorale dans une époque malade de sa démocratie vient de conduire aux plus hautes fonctions de la fédération américaine.

     

    La gueule de bois peut parfois reposer sur ce petit verre de trop que l’on finit par prendre dans l’euphorie du moment, sous la pression d’un groupe euphorique. En matière de choix politique, Trump en a, à première vue, tous les attributs.

     

    Administration frelatée

     

    Le mal de tête vient aussi, à la fin de 2016, avec le constat d’une administration publique toujours frelatée par la corruption, et ce, cinq ans après le déclenchement d’une commission d’enquête qui a levé le voile sur une mécanique douteuse qui fait cohabiter financement de partis politiques et octroi de contrats dans un tout plutôt insultant pour l’intelligence de l’électeur et méprisant pour le contribuable.

     

    En mai dernier, il fallait en effet déployer beaucoup d’efforts pour refouler son cynisme et son ironie devant les révélations de falsification de documents compromettants au ministère des Transports du Québec (MTQ) par une sous-ministre accusée au passage d’entrave au travail d’enquêteurs chargés d’assainir un environnement public où, depuis plusieurs années, la formule du « bar ouvert » semble particulièrement appréciée. La haute fonctionnaire a été limogée, pour mieux être rapprochée du premier ministre en étant nommée au Conseil exécutif avec un salaire de 210 000 $ par année.

     

    L’alcool frelaté peut rendre aveugle. Quand cette dénaturation à dessein atteint la sphère publique, elle convoque surtout l’aveuglement volontaire pour en être un peu moins affligé. C’est ce qui arrive d’ailleurs depuis cet automne et la mise à jour de ces cocktails de financement tenus avec des milliardaires chinois et auxquels a pris part un jeune premier ministre qui avait pourtant promis de faire de la politique autrement, avec un peu plus de transparence et un peu moins de ses combines ayant alimenté dans une autre ère politique une partie du contenu d’une certaine commission Gomery.

     

    Aboyer son individualisme

     

    La gueule de bois peut aussi être induite par ce très gênant débat sur les pitbulls qui a occupé une bonne part de l’été et de l’automne. Il était question de chiens. C’est sans doute pour ça que plusieurs défenseurs de cette race canine se sont octroyé le droit d’aboyer et de porter sur la place publique des discours haineux et acrimonieux, en essayant de faire passer leurs appels à la destruction de l’autre pour de l’indignation. De manière gênante en 2016, la mort d’enfants — et de leurs parents — qui traversent toujours la Méditerranée en quête de liberté, la mort de civils dans les ruines d’Alep en Syrie n’a même pas fait naître le début d’un commencement d’une telle mobilisation. Sur Twitter, un mot-clic s’imposerait dans les circonstances : #malaise

     

    L’individualisme de nos sociétés, le confort et l’indifférence, l’indolence des élus et des détenteurs de charge publique devant des structures administratives sclérosées et dysfonctionnelles, le culte de la médiocrité, le rapport ambigu entretenu avec la responsabilisation, la fascination pour le repli et le rejet font, de manière prévisible, monter les populismes et les discours radicaux.

     

    Ils devraient aussi faire monter dans les prochains mois et année la honte. Vous savez : cette honte qui s’installe parfois quand on prend conscience d’avoir abusé — d’une boisson alcoolisée comme d’un droit —, d’avoir perdu le contrôle, d’avoir pris un ensemble de décisions irréfléchies que l’on est contraint de regretter une fois placé dans l’insoutenable et douloureuse réalité de leurs lendemains.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.