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    Rencontres

    Mais entrez, voyons!

    La fée du Mile-End ouvre les portes de la connaissance… de vos voisins

    Accueillir des étrangers, oser franchir le seuil d’une demeure dont on ne connaît pas les occupants, c’est la proposition irrésistible de Patsy Van Roost, la fée du Mile-End.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Accueillir des étrangers, oser franchir le seuil d’une demeure dont on ne connaît pas les occupants, c’est la proposition irrésistible de Patsy Van Roost, la fée du Mile-End.

    Depuis le début du mois de décembre, le Mile-End s’illumine. Chaque soir, à l’image des fenêtres colorées des calendriers de l’avent des tout-petits, une nouvelle porte s’ouvre, invitant les résidents du quartier et autres amoureux de ce village urbain à saisir un morceau de magie au coeur même de l’intimité d’un chez-soi étranger.

     

    « J’ai toujours aimé entrer chez des gens que je ne connais pas », lance le regard brillant Patsy Van Roost, la fée marraine du projet « Les portes qui s’ouvrent ». Fruit de son imagination, l’initiative, d’abord jugée trop audacieuse, voire un brin abracadabrante, aura mis près de quatre ans avant de finalement voir le jour. « Quand j’ai fait “La petite fille aux allumettes” en 2012, ma première idée était d’inviter les gens du quartier à cogner à une porte différente tous les soirs pour se faire lire un morceau de l’histoire, se remémore celle qui habite le Mile-End depuis au moins deux décennies. Mais nous n’étions pas prêts, ni moi ni eux. » Les pages de son premier conte auront finalement été égrenées, au hasard, dans les boîtes aux lettres du quartier.

     

    Depuis ce premier conte, les projets de la fée ont fait boule de neige dans le quartier, traversant les saisons, cristallisant la magie des soirs d’hiver et faisant fleurir les rencontres entre voisins bien au-delà des premiers jours d’été. Jusqu’à cette année où, enfin, sa première idée a pu prendre forme, portée par l’esprit communautaire un peu particulier du quartier.

     

    Tous les soirs, depuis le 1er du mois, la porte désignée s’éclaire aux alentours de 17 h 30, pareille à une invitation à la découverte de l’autre. Lundi, c’est une petite famille belgo-québécoise dont les pénates sont posés dans un appartement de la rue Saint-Viateur depuis environ sept ans, qui a accepté d’ouvrir sa porte — la douzième — le temps d’une soirée. D’ici Noël, ce sont 23 maisonnées, dispersées aux quatre coins du Mile-End, de la tranquille rue Waverly au tapageur boulevard Saint-Laurent, qui se prêteront au jeu.

    Ma première porte était celle de mon deuxième voisin. Je les connaissais de vue, mais je ne leur avais jamais parlé, vous imaginez ! J’en ai appris beaucoup ce soir-là, je me suis fait des amis.
    Astride, une fidèle de ces rendez-vous
     

    Curiosité partagée

     

    Rencontrée une première fois au début de l’automne, Patsy Van Roost s’affairait déjà à recruter les familles qui se cachent aujourd’hui derrière les portes qui s’ouvrent. D’un pas décidé, le sourire fendu jusqu’aux oreilles, elle sillonnait son repère urbain en quête de perles rares. Et à une époque où même le quotidien court après son temps, elles étaient difficiles à dénicher. « J’ai d’abord approché des amis, des gens que je connaissais que je savais ouverts à ce genre de chose », explique-t-elle. Sur les 23 sélectionnés au début, ils sont une douzaine à avoir répondu par l’affirmative. Les autres lui ont été référés.

     

    « Quand Patsy m’a approchée, j’ai dit oui tout de suite », raconte Marilyn, qui ouvrait la sixième porte. Ce n’est qu’ensuite que cette céramiste, installée dans le quartier depuis des années, s’est mise à angoisser. « Je me demandais si les gens viendraient, ce qu’ils penseraient de ma maison, ce qu’on pourrait bien se dire… » Finalement, une fois les premiers curieux entrés, le naturel revient bien vite au galop. « On en oublie presque que ce sont des étrangers », lance en riant Aude, hôtesse de la douzième porte.

     

    Et pour ceux qui osent passer le seuil de ces portes, c’est l’occasion d’être les témoins privilégiés de ce qui pourrait s’apparenter à un soir de réveillon, quelques jours avant l’heure. Les gens se déchaussent, se saluent dans l’embrasure de la porte d’entrée. Résidents de vieille date et petits nouveaux fraîchement débarqués se mêlent, partageant leurs souvenirs et autres coups de coeur du quartier. Ils en sont la mémoire vivante, passée et présente.

     

    Certains se reconnaissent — complices de longue date ou d’une porte antérieure —, s’embrassent avec chaleur. D’autres se saluent timidement, convaincus de s’être déjà croisés au détour d’une ruelle, ou était-ce entre deux gorgés d’expresso à l’un des célèbres cafés du coin ? « Chaque soir, je rencontre des gens que je suis persuadée d’avoir déjà vus, confie en riant Astride qui, depuis le deuxième soir, n’en manque pratiquement pas une. Ma première porte était celle de mon deuxième voisin. Je les connaissais de vue, mais je ne leur avais jamais parlé, vous imaginez ! J’en ai appris beaucoup ce soir-là, je me suis fait des amis. »

     

    À mesure où la soirée avance, les langues se délient, se mêlent en mille et un accents. Les éclats de rire fusent, s’entrechoquent au-dessus des effluves de cacao et d’épices qui embaument l’air. Entre les cuisines et les salons, le temps s’arrête, faisant presque oublier qu’à peine quelques heures auparavant, nombreux étaient ceux qui ne se connaissaient pas.

     

    À 19 h 30, pareille aux fatidiques douze coups de minuit, une cloche sonne, annonçant la fin de la soirée. Encore sous le charme, les voisins se lancent un dernier clin d’oeil, remettent leur manteau, des sourires dans les yeux. De part et d’autre, on se promet un café, une balade, une rencontre assurément. « On se revoit dans un autre salon ou une autre cuisine ! » lance Patsy Van Roost dans l’embrasure de la porte. Et qui sait, ce prochain rendez-vous se fera peut-être demain, derrière une autre porte du quartier.













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