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    «Le Devoir», un journal qui déménage

    De Bleury à Berri, le quotidien pose ses pénates dans le Quartier latin

    10 décembre 2016 |Jean Dion | Actualités en société
    Une page se tourne pour «Le Devoir». Après 25 ans passés au centre-ville, notre journal investit aujourd’hui ses tout nouveaux bureaux du Quartier latin. Chapeau bas à la famille Gold, sans qui cette belle aventure aurait été tout autre. Rendez-vous lundi pour la suite, rue Berri!
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une page se tourne pour «Le Devoir». Après 25 ans passés au centre-ville, notre journal investit aujourd’hui ses tout nouveaux bureaux du Quartier latin. Chapeau bas à la famille Gold, sans qui cette belle aventure aurait été tout autre. Rendez-vous lundi pour la suite, rue Berri!

    Le temps fuit-il ? Quiconque serait tenté de répondre par la négative n’aurait qu’à jeter un coup d’oeil au cahier pour se détromper.

     

    Le cahier, c’est le supplément de 20 pages La relance qu’a publié Le Devoir le 30 janvier 1993, deux mois et demi après avoir quitté le vétuste 211, rue Saint-Sacrement, pour emménager au 9e étage du 2050, rue De Bleury. Tenez, on y trouve une publicité pour le câble : « Y pensez-vous deux fois avant de payer 75 ¢ pour un café ? » Aujourd’hui, on dirait oui avec enthousiasme, un tel prix garantissant que nous aurions droit à de l’eau de vaisselle ou pas loin. Mais bon, à l’époque, il s’agissait d’une excellente proposition, 75 ¢ par jour pour le câble, surtout qu’un abonnement donnait notamment accès aux… trois grands réseaux américains de télé et procurait une « qualité d’image exceptionnelle ».

     

    Il y a un message du premier ministre du Québec Robert Bourassa. Une suggestion de verser à son camelot un pourboire hebdomadaire de 1 $. L’évocation d’une « vue imprenable sur le mont Royal », disparue depuis longtemps par les bons soins d’un hôtel et d’un immeuble à condos. Plusieurs allusions aux bienfaits et aux promesses d’une technologie résolument moderne — la « fine pointe » a une sacrée cote — avec la révélation : « Un journal réalisé de A à Z sur ordinateur ». Auquel il fallait néanmoins continuer d’écrire par le bon vieux courrier, avec une enveloppe et un timbre et tout. Ou alors par télécopieur. (Il y avait des copistes pour retranscrire.) Ou alors, magie quand tu nous tiens, en déposant son propos dans une disquette, dure ou molle on ne se souvient plus trop.

     

    Le Devoir ? Non : LE DEVOIR, écrivait-on en ce temps-là. En majuscules. Comme un cri. Du coeur, sans doute.

     

    C’était il y aura bientôt un quart de siècle, mais c’était hier en même temps. Tout a changé — hé, quelques mois plus tard, le Canadien gagnerait la Coupe Stanley, un truc impensable de nos jours —, mais rien n’a changé : un journal demeure un petit miracle quotidien. Et à compter de dimanche, le miracle ira se produire ailleurs, puisque Le Devoir déménage. Il s’en va au 1265 de la rue Berri, juste au sud de Sainte-Catherine, où il occupera les 8e et 9e étages d’un immeuble qui en compte 10. Avec vues imprenables sur toutes sortes d’affaires cette fois, à commencer par le pont Jacques-Cartier qui sera bientôt illuminé. Féerie garantie.

     

    Idée de grandeur

     

    Pourquoi transférer nos pénates ? Parce que les locaux que nous occupions angle De Bleury et Président-Kennedy étaient devenus trop spacieux. Ainsi va la vie lorsqu’on prend de l’âge, et Le Devoir aura 107 ans en janvier. Cela est d’ailleurs un peu la faute de la technologie résolument moderne : le centre de documentation, par exemple, consistait pour l’essentiel en quelques tonnes de papier, dossiers de presse, journaux, livres, encyclopédies. (En 1992, ce sont plus de 1600 boîtes qui avaient changé d’adresse pour ce seul service.) Maintenant que tout est numérisé, on peut faire sans et voyager léger. Les documents qui pouvaient encore avoir une certaine valeur ont été donnés à Bibliothèque et Archives nationales du Québec et les autres ont pris le chemin de la récupération.

     

    Le 1265 Berri sera la sixième demeure montréalaise de l’histoire du Devoir. À sa fondation en 1910, il s’est établi rue Saint-Jacques. Quatre ans plus tard, c’était direction rue Saint-Vincent, une petite artère du Vieux-Montréal. De 1924 à 1972, le journal a logé au 430, Notre-Dame Est avant d’appareiller vers Saint-Sacrement. Le passage à l’édifice Caron en 1992 a marqué sa première incursion hors de la vieille ville. De ces endroits, on notera qu’un se révélait fort particulier : le 443 de la rue Saint-Vincent, ayant accueilli par le passé une maison de prostitution, Henri Bourassa avait tenu à le faire bénir afin d’« éloigner du travail quotidien toutes les tentations du passé »

     

    Du Quartier de la fourrure — qui s’est passablement transformé en 24 ans et est maintenant bien davantage le Quartier des spectacles, avec notamment la place des Festivals à un jet de pierre de nos bureaux —, on passe donc au Quartier latin. Mais ce sera le même journal, soucieux d’informer de manière intelligente et fait par des artisans qui gardent toujours à l’esprit que son atout le plus précieux, ce sont ses lecteurs, en compagnie desquels il a parfois traversé des moments difficiles mais a sans cesse su rester debout. Peut-être s’abreuvera-t-il simplement un peu plus aux pages roses du dictionnaire, comme pour dire : Florebo quocumque ferar (Je fleurirai partout où je serai porté). Après tout, omnia dicta fortiora si dicta Latina (un propos prend plus de force lorsqu’il est dit en latin).

     

    Des lieux que nous quittons, on retiendra les moments très forts que nous y avons vécus au fil du temps. La soirée du 30 octobre 1995, entre autres, lorsqu’un référendum a tenu tout un pays en haleine jusqu’à ce que ça se termine sur le fil du rasoir et qu’on se demande immédiatement quand aurait lieu le prochain. La longue, très longue journée du 11 septembre 2001 aussi, quand le monde a basculé sans qu’on sache tout de suite ce qui s’était exactement passé et qui se cachait derrière un acte insensé et jusque-là impensable. La liste est longue dans un métier qui apporte son lot de fébrilité et où il relève de l’euphémisme que de dire qu’on ne sait pas toujours à quoi s’attendre.

     

    Une page se tourne donc, mais le récit continue de s’écrire comme il le fait depuis si longtemps. Poursuivez votre lecture, la suite de l’histoire promet d’être passionnante. C’est certain, c’est toujours comme ça.

    Le Devoir en six dates 1910 71A, rue Saint-Jacques

    1914 443, rue Saint-Vincent

    1924 430, rue Notre-Dame

    1972 211, rue Saint-Sacrement

    1992 2050, rue De Bleury

    2016 1265, rue Berri
    Une page se tourne pour «Le Devoir». Après 25 ans passés au centre-ville, notre journal investit aujourd’hui ses tout nouveaux bureaux du Quartier latin. Chapeau bas à la famille Gold, sans qui cette belle aventure aurait été tout autre. Rendez-vous lundi pour la suite, rue Berri! À compter de dimanche, le «Devoir» déménage. Une nouvelle page se tourne pour le quotidien d'Henri Bourassa. Les locaux à l'angle De Bleury et Président-Kennedy étaient devenus trop spacieux.  Le centre de documentation consistait pour l’essentiel en quelques tonnes de papier, dossiers de presse, journaux, livres, encyclopédies. Les journalistes ont soigneusement sélectionné ce qu'ils voulaient garder de leurs années au 2050 de Bleury.  Le directeur du «Devoir», Brian Myles, est prêt à quitter son ancien bureau.  Le 1265 Berri sera la sixième demeure montréalaise de l’histoire du «Devoir». 












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