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Le goût de l’avenir – 6: Une éthique commune

29 février 2004 20h48  Actualités en société
Le premier ministre Paul Martin apprend à ses dépens que l’on ne manipule pas aisément les questions d’éthique. Il ne suffit pas de créer une commission d’enquête ou de limoger quelque apparatchik pour blanchir la réputation d’un gouvernement. La classe politique canadienne ne se relèvera pas de sitôt du scandale des commandites.

Les grandes entreprises ne sont pas en reste, dans le sillage des scandales à la Enron ou des fraudes à la Cinar, entre la hausse vertigineuse des profits des banques, la stagnation des revenus des particuliers, les pertes subies par les petits investisseurs et les mises à pied massives effectuées par des managers multimillionnaires qui s’en tirent toujours, de leur côté, accrochés à des parachutes dorés.
Pourquoi Paul Martin a-t-il tant de difficultés à se dépêtrer du scandale? C’est parce que tout le monde sait bien qu’il était là, puissant, numéro 2 du gouvernement de Jean Chrétien, contrôlant la moitié du cabinet et les deux tiers du caucus libéral, frileux devant la controverse, tranquille en attendant son heure, avec les autres ministres qui n’ont rien dit et qui n’ont rien fait devant des manchettes dévastatrices nourries par des rapports accablants. Tout le monde sait aussi que le parti de Paul Martin est le même que celui de Jean Chrétien, s’abreuvant aux mêmes réseaux de financement.
Que reproche-t-on à Paul Martin? On lui reproche de ne pas s’être tenu debout.

***
Jacques Grand’Maison l’a dit déjà: de quoi avons-nous besoin aujourd’hui pour retrouver un sens à la vie en société? De quoi les jeunes ont-ils envie aujourd’hui? Ils ont envie et nous avons besoin d’adultes, de chefs, de leaders qui se tiennent debout. Une élite qui sait lire les aspirations de la population et reconnaître les valeurs qui doivent présider aux choix.
Les chefs d’aujourd’hui confondent l’éthique avec la loi. Là où ils devraient chercher le sens des valeurs, ils trouvent un règlement, créent un poste de commissaire ou adoptent un code, dont plus personne n’est dupe. Dans ces circonstances, il arrive que ceux qui parlent le plus d’éthique soient ceux qui l’ont pratiquée le moins.
Divers phénomènes se sont conjugués pour rendre plus difficile l’énonciation des valeurs communes, des règles qui façonnent les choix de société. Les individus sont plus autonomes qu’autrefois grâce entre autres à l’État providence. En voulant nous libérer du joug des religions, nous avons évacué toute notion de morale. Les valeurs sont devenues individuelles. Une personne parle de «ses» valeurs. On n’a pas bien compris le sens des chartes des droits, croyant que la démocratie est le droit de chacun de faire ce qu’il veut.
Les gouvernements ont pour leur part cédé à cet appétit. Les hommes et les femmes politiques ont abdiqué leur rôle aux tribunaux. Les campagnes électorales sont devenues des concours pour désigner celui ou celle qui saura le mieux équilibrer les comptes. On a oublié que l’État avait d’autres fonctions que celle de livrer des services de santé. Et les médias n’ont rien fait pour contrer cette dérive. Au contraire, ils l’ont encouragée.
Au cours des dernières décennies des choix sociaux, moraux, éthiques ont été faits sans que la communauté politique que nous formons se soit vraiment saisie des problèmes à résoudre, que ceux-ci concernent la reproduction humaine, les règles de filiation, l’aménagement du territoire ou la protection sociale.
L’éthique ne naît pas dans un bureau d’avocat spécialisé dans la rédaction de codes de conduite. L’éthique, un ensemble de normes, naît de la délibération permanente entre concitoyens. Comment la Charte de la langue française a-t-elle fini par s’imposer comme une norme acceptable? Par le débat constant mené à son sujet, au fil des controverses, des procès et des amendements législatifs qui ont permis au peuple de se l’approprier.
Il est difficile de se pencher sur l’avenir d’une société si celle-ci a perdu ses points de repère sans les remplacer par d’autres. Il faut une éthique commune pour déterminer les choix. D’autres, au lieu de parler d’éthique, parleront de culture commune, une expression peut-être encore plus appropriée. Il s’agit de la culture, au sens où l’entendaient Fernand Dumont et Camille Laurin, comme une manière de vivre ensemble.
La culture préside au reste, comme l’exprimait si bien Lise Bissonnette, lors du forum sur le modèle québécois de février 2003: «Le projet culturel devrait porter le projet social et économique, car c’est une idée de la beauté qui soutient le souci de l’environnement. Car c’est une réflexion éthique qui donne le souci de l’égalité. Car ce sont des références historiques qui portent l’aspiration démocratique. Car c’est l’accès au roman, au théâtre, aux musiques qui permet aux cultures différentes, aux civilisations éloignées, de s’apprivoiser plutôt que de s’affronter.»

***
Je veux mentionner deux initiatives porteuses d’un renouvellement de l’éthique commune au Québec et qui passent en ce moment presque inaperçues. À Québec, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a lancé, en novembre, une réflexion sur le renouvellement de la Charte québécoise des droits de la personne, 25 ans après son adoption (voir à ce sujet: www.cdpdj.qc.ca). À Montréal, le maire Gérald Tremblay a demandé la tenue d’une consultation publique sur un projet de Charte des droits et des responsabilités (pour information: www2.ville.montreal.qc.ca).

Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.
vennem@fides.qc.ca
 
 
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  • pierre pignac
    Inscrit
    lundi 1 mars 2004 08h39
    Excellent Monsieur Venne !
    J'apprécie chaque fois votre souci de donner un sens à l'information.
    Merci aussi de votre courage et de votre sincérité.
    Amitiés,
    Pierre A. P.

  • Hélène Pisier
    Inscrite
    lundi 1 mars 2004 09h26
    Un mauvais 68...
    « Que reproche-t-on à Paul Martin ? On lui reproche de ne pas s'être tenu debout.» (M.V.)

    Quant à M. Paul Martin, je crois que l'essentiel est là en effet.

    Nous ne savons pour l'instant dans quelle mesure le premier ministre a participé activement à ce gouvernement de profiteurs, de fraudeurs et d'anti-Québécois. Mais au mieux, il a laissé faire.

    Ce n'est pas ce qu'on attend d'un «aspirant-chef», pas plus que d'un chef. Il est clair à mes yeux que la promotion de sa carrière personnelle a dominé son action sur le sens éthique même inhérent à un véritable chef d'État.

    Jusqu'à preuve du contraire, je n'incline pas à penser que M. Martin soit un «salaud» (je dis bien: «salaud») comme ses acolytes du PLC - de Jean Chrétien à Stéphane Dion, de Martin Cauchon à Pierre Pettigrew, de Lucienne Robillard à Denis Coderre et autres André Ouellet, Michel Vennat ou Jean Pelletier -, mais il a conservé profil-bas toutes ces années durant, au PLC, et à titre de numéro 2 du gouvernement par surcroît, de manière à atteindre «en douce» les sommets du pouvoir. Et ce, en se mouillant le moins possible.

    Pour un armateur de métier, disons que ce n'est pas là un modèle de congruence...

    Ce n'est pas là non plus démontrer un haut sens des responsabilités politiques ni l'étoffe d'un authentique chef d'État.

    M. Martin, contrairement au sentiment que j'éprouve à l'égard de vos «collègues» ci-nommés, et bien d'autres encore au sein de ce gouvernement du Parti Libéral (je ne trouve pas très édifiants non plus les Liza Frulla et les Jean Lapierre qui se sont joints à vous avant la tempête, alors que le PLC s'est pourtant conduit comme un goujat - comme un «Jean Pelletier», dira-t-on dans les dictionnaires québécois de l'avenir? - depuis déjà 11 ans...), je ne puis dire que je suis animée par le mépris à votre égard.

    Hélas ! vous n'avez pas mon respect pour autant.

    Ce parti libéral gouvernemental, c'est la dernière gifle que je me laisse asséner, à titre de citoyenne, par ce pays de plus en plus étranger pour la Québécoise que je «deviens» - pour la pleine Québécoise que je suis désormais... après m'être délestée de ce vêtement sale et malodorant de la canadienneté.

    Le Canada a vraiment tout fait, tout, depuis trente-six ans, pour que j'en arrive là. Je ne m'en vais pas, vous m'avez jetée à la porte. Comme un chien.

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