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    Harcèlement à la GRC

    Au-delà des excuses

    «Nous vous avons trahies.» La larme à l’oeil, le commissaire de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), Bob Paulson, n’a pas pris de détours, jeudi, pour présenter ses excuses aux femmes ayant été victimes d’intimidation, de discrimination et de harcèlement au sein de la GRC. Mais comme il l’a dit lui-même, ce «jalon important» ne résout pas tout.


    Dès sa nomination à la fin de 2011, Bob Paulson a dit qu’il voulait s’attaquer à la culture de la GRC et au problème de résolution des allégations de harcèlement. Tout un problème, en effet. La GRC a été visée par deux actions collectives et plusieurs poursuites en justice. Les journaux ont multiplié les révélations embarrassantes. La Commission civile d’examen et de traitement des plaintes relatives à la GRC (CCETP) a mené une enquête sur le harcèlement en milieu de travail dans les rangs de la police fédérale, suivie d’un rapport en 2013.

     

    Un fil conducteur liait tous ces soubresauts : la réponse inadéquate de la GRC à ce que Bob Paulson a appelé jeudi une « conduite honteuse » et même « scandaleuse ».

     

    Les excuses de la GRC sont venues avec une entente à l’amiable mettant fin aux actions collectives intentées par deux anciennes employées, auxquelles environ 500 femmes se sont ralliées. L’accord, qui doit encore être entériné par la Cour fédérale, prévoit un mécanisme indépendant d’évaluation des demandes de dédommagement, sous la direction de l’ancien juge de la Cour suprême. Toutes les femmes qui ont subi de la discrimination ou du harcèlement depuis 1974 pourront s’en prévaloir. On s’attend à ce que jusqu’à 1000 femmes le fassent.

     

    Réparer ne peut suffire, il faut prévenir. En vertu de l’entente, la GRC s’engage à poursuivre ses efforts de formation et de prévention. Parce qu’elle en a fait sous M. Paulson. Depuis son arrivée, son organisation a adopté, entre autres choses, un plan d’action, un nouveau code de déontologie, ainsi qu’un guide de résolution des conflits. La formation s’est intensifiée, et on a mis en place un nouveau processus centralisé et simplifié de traitement des plaintes.

     

    M. Paulson s’est aussi fixé comme objectif de recruter plus de femmes, afin qu’elles représentent 30 % des agents de la GRC d’ici 2025 et soient plus nombreuses aux échelons supérieurs. Selon ses dernières données, les femmes représentaient 19,4 % des agents en 2006 et 21,5 % en 2015.

     

    Les problèmes persistent cependant. En février dernier, la CBC révélait qu’en 2014 et 2015, au moins un officier avait fait l’objet de plaintes pour nudité et intimidation au travail, mais que ces incidents avaient été sanctionnés avec une certaine légèreté.

     

    Choqué, le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a demandé à la CCETP de vérifier si ses recommandations avaient bien été mises en oeuvre. En juillet, il a demandé à l’ancienne vérificatrice générale Sheila Fraser d’examiner à son tour le processus de traitement des plaintes, et en particulier celles présentées par quatre femmes qui ont fini par se tourner vers les tribunaux. Son rapport est attendu au printemps.

     

    Expurger une organisation de sa culture machiste et de soumission à la chaîne de commandement n’est pas une sinécure. Les Forces armées en savent quelque chose. M. Paulson aussi. « La transformation du milieu de travail, notamment sur le plan de la culture, ne se fait pas du jour au lendemain ni en l’espace d’une année ou même de cinq. Cela prend une génération », écrivait-il en avril dernier.

     

    Dans ce contexte, peut-on vraiment s’en remettre à un processus de traitement des plaintes qui n’est pas totalement indépendant ? Professeur de droit à l’Université Laval et spécialiste des questions de harcèlement, Louise Langevin en doute. Comme le suggérait la juge Marie Deschamps, pour les Forces armées, Mme Langevin croit qu’il faut un mécanisme séparé de la GRC, qui protège la confidentialité des plaignantes et mène les enquêtes.

     

    Cela s’impose, surtout après les ratés révélés par la CBC l’hiver dernier. On dira qu’il faut donner aux efforts de prévention et au nouveau mécanisme de traitement des plaintes le temps de faire leurs preuves. C’est vrai, mais c’est maintenant que les victimes doivent avoir l’assurance que le machisme et la protection de l’institution n’auront pas préséance.

     

    Elles ne peuvent attendre que les mentalités changent, que les femmes forment une masse critique au sein de la GRC et que le nombre de plaintes diminue. Elles ne peuvent attendre une génération.













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