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    #chroniquefd

    Pourquoi tant de haine?

    Pas facile d’être une bête aimée par des humains !

     

    La semaine dernière, un rapport du World Wide Fund nous a appris que la principale menace qui pèse sur les 3890 tigres sauvages vivant encore sur la surface du globe, c’est le trafic illégal qui cible encore et toujours cette espèce pourtant menacée d’extinction. Triste constat.

     

    D’un animal à un autre, la semaine dernière toujours, l’envoi massif de lettres d’insultes à des élus de Montréal après l’adoption d’un règlement encadrant la présence de chiens dangereux sur le territoire de la ville a mis en lumière une autre forme de menace, celle qui plane depuis toujours au-dessus du pitbull : la bêtise de quelques-uns de leurs propriétaires.

     

    C’était dans nos pages vendredi dernier. L’obligation d’un permis spécial, à compter d’aujourd’hui, 3 octobre, pour les propriétaires de chien de ce type, votée par la majorité des élus municipaux mardi dernier, a une fois de plus fait sortir cette haine ordinaire qui rythme une certaine forme d’enlisement de notre présent. Cette haine a pris la forme de courriels et messages haineux adressés aux élus, certains dont le verbe dépassait même largement la lisière de la menace.

     

    Odieux, ces gens en colère s’en sont même pris à la soeur d’une femme tuée en juin dernier par un chien violent et dont le décès n’est pas étranger à l’adoption d’un tel règlement. Oui, des menaces et des insultes lancées sans retenue à une proche d’une disparue, et ce, pour, rappelons-le, une histoire de permis spécial désormais nécessaire pour posséder un chien qui peut attaquer fort et mordre longtemps !

     

    Bien avant une montée de lait contre une législation municipale, c’est de toute évidence contre l’extrême violence des rapports sociaux, contre la facilité troublante avec laquelle la haine ordinaire et l’indignation vulgaire sortent et s’expriment de nos jours, qu’il serait temps de se mobiliser !

     

    Il y a quelque chose de pourri au royaume de la revendication. Et ce énième épisode de démesure dans l’opposition à une politique, à un groupe, à une décision collective ne fait que confirmer la dérive.

     

    Pourquoi tant de haine ? La question n’est pas neuve, la réponse toujours aussi complexe. Elle souligne une nouvelle fois l’accélération des communications, la facilité de l’accès à l’autre, par les réseaux numériques, dans ce paradoxe évident et inquiétant : loin d’ouvrir sur le monde, la socialisation connectée enferme parfois ceux qui s’y adonnent dans des cercles restreints. Exposé à des sources d’information réduites, s’abreuvant à des discours qui le confortent plutôt qu’à des perspectives qui le font se remettre en question, l’humain en ligne finit par se replier sur lui et se radicaliser. La montée de la haine, par le rétrécissement des focales et le resserrement des oeillères, n’est pas le privilège du loup solitaire. Elle peut aussi frapper le citoyen ordinaire, le retraité, l’étudiant, le consommateur de vidéo en ligne ou le propriétaire de chien et le défenseur des animaux, qui ne met pas assez de pluralité dans son alimentation culturelle, comme dans ses sources d’information. Impossible pour lui, alors, de sortir d’une pensée circulaire.

     

    Dans Ils m’ont haï sans raison (Les éditions du Cerf), sorti l’an dernier, le philosophe Jacob Rogozinski trace les contours de la haine, dans l’histoire. Ce sentiment, selon lui, se nourrit de la radicalité, particulièrement quand elle se banalise. La haine, dit-il, est ce sentiment qui naît du désir de détruire l’autre quand il menace le « je », le « moi ». La haine est plus qu’une humeur fugitive. C’est aussi, mais pas seulement, le symptôme de cet individualisme exacerbé qui place les choix de vie personnels au-dessus de tout le reste. Moi, ma vie, mon chien pitbull, au mépris des gens tout autour. On connaît la chanson.

     

    Le constat sonne malheureusement comme un truisme. Les manifestations de haine sont désormais légion, concentrées tant dans des messages haineux adressés à des élus ou à une soeur endeuillée que dans des billets ou des commentaires « postés » sur un réseau social. Elle s’échange parfois dans la rue, à vélo, à pied ou sur la plage, même celle où l’on n’a jamais vu passer de burkini.

     

    Et il est plus que temps, face à ce sombre portrait, qu’un rapport vienne rapidement confirmer que cette haine, même si elle en divertit certains, même si elle en offusque d’autres, souvent en silence, fait peser une menace sur d’autres animaux, particulièrement ceux qui face à elle, oublient qu’ils ont la capacité de penser.













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