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    Être souverain en alimentation: une priorité, selon l’UPA

    17 septembre 2016 | Stéphane Gagné - Collaboration spéciale | Actualités en société
    Marcel Groleau
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Marcel Groleau
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    La souveraineté alimentaire, c’est sans doute plus facile à réaliser que la souveraineté politique, au Québec. Et pourtant, ce concept qui permet d’atteindre un certain degré d’autosuffisance alimentaire a été relégué à l’arrière-plan depuis l’élection du gouvernement libéral, résultat de l’absence de politique agroalimentaire. Dans l’espoir de le remettre sur la sellette, l’Union des producteurs agricoles (UPA) et la Coalition pour la souveraineté alimentaire organisent une conférence publique le 21 septembre sur ce thème au Centre canadien d’architecture.

     

    La soirée, animée par le journaliste radiocanadien Louis Lemieux, promet d’être intéressante. Parmi les conférenciers, on compte Jean Charest, ancien premier ministre du Québec, Geneviève Parent, avocate, professeure titulaire à la Faculté de droit de l’Université Laval et titulaire de la Chaire de recherche en droit sur la diversité et la sécurité alimentaire, et Alain Lipietz, économiste, homme politique et auteur, directeur de recherche en économie au Conseil national de la recherche scientifique en France.

     

    Accélérer les choses

     

    Marcel Groleau, président de l’UPA et coprésident de la Coalition pour la souveraineté alimentaire, souhaite susciter une discussion autour de cet enjeu, le remettre au sein de l’actualité et faire connaître davantage la coalition. «Le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du gouvernement précédent, François Gendron, avait pourtant adopté une politique de souveraineté alimentaire. Elle a toutefois été tablettée par les libéraux à leur arrivée au pouvoir. On nous promet depuis une consultation sur l’agroalimentaire en 2017 avec un Sommet à l’automne 2017. Cela devrait aboutir à une politique quelque part au printemps 2018. » M. Groleau croit toutefois que ce processus est beaucoup trop long et craint que la politique serve d’enjeu électoral. De plus, si ce calendrier se concrétise, cela signifiera que le Québec aura été quatre ans sans politique agroalimentaire.

     

    Or, les enjeux sont importants. En 2014, selon le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), les ventes de produits alimentaires représentaient 25 milliards de dollars au Québec. Le secteur agroalimentaire québécois réalise 42 % de ses ventes ici. Le reste est exporté au Canada et ailleurs dans le monde. « Augmenter d’un pour cent par année les ventes ici aurait un gros impact sur l’économie », dit M. Groleau, qui se défend d’être contre la mondialisation des denrées agricoles.

     

    Relancer la Coalition

     

    C’est aussi dans cette optique que M. Groleau souhaite accroître les activités de la Coalition. « Au départ, la Coalition était financée grâce à une entente fédérale-provinciale », relate-t-il. Entre autres réalisations, un site Internet a été créé, une Déclaration sur la souveraineté a été adoptée en 2007 et des rapports annuels ont été produits jusqu’en 2013. « À la fin de l’entente, l’UPA a pris en charge la Coalition en la maintenant active avec des moyens plus réduits », dit-il.

     

    Une mouvance mondiale

     

    Selon M. Groleau, un intérêt accru en faveur d’une plus grande souveraineté alimentaire se manifeste mondialement. « Les accords négociés par l’Organisation mondiale du commerce [OMC] ont montré leur limite, dit-il. Le dernier cycle de Doha a abouti à des résultats mitigés. Aujourd’hui, plusieurs politiciens sont conscients qu’on ne peut pas libéraliser totalement le commerce, abolir tous les quotas à la production et les subventions à l’agriculture sans que cela ait d’importantes incidences économiques. » Il cite en exemple la France, où la fin des quotas à la production de lait, il y a un peu plus d’un an, a entraîné une baisse du prix du lait et fragilisé la santé financière de plusieurs producteurs.

     

    M. Groleau applaudit d’ailleurs le changement de politique au sein de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). « La FAO affirme maintenant que la priorité doit être accordée à l’approvisionnement local en alimentation. Cela a une influence sur les actions qu’elle pose sur le terrain. »

     

    Aussi, alors que la population québécoise est de plus en plus consciente de l’importance de l’achat local, M. Groleau déplore que le gouvernement n’accorde pas suffisamment d’importance à cet enjeu. « Rien n’a été fait à ce chapitre depuis l’accession au pouvoir des libéraux en 2014 », assure-t-il.

     

    Entre-temps, la Coalition n’a pas croisé les bras. En 2014, elle a mis en place la Chaire de recherche en droit sur la diversité et la sécurité alimentaire, dont Geneviève Parent est la titulaire. Ses travaux portent notamment sur les moyens juridiques de protéger et de promouvoir la diversité alimentaire, l’analyse des impacts du droit international sur le droit canadien et québécois et la recherche d’une plus grande cohérence en droit international au profit d’une sécurité alimentaire mondiale et durable.

     

    La Coalition s’intéresse aussi aux systèmes alimentaires territorialisés (SAT). Ce mot savant se définit comme suit : c’est un ensemble de filières agroalimentaires répondant aux critères du développement durable, localisées dans un espace géographique de dimension régionale et coordonnées par une gouvernance territoriale. Selon M. Groleau, il faut évaluer de quelle façon les lois et les règlements peuvent soutenir ces systèmes, car de multiples initiatives SAT existent déjà, mais elles doivent être plus connues et valorisées. Il s’agit notamment des marchés publics, de l’agrotourisme, de l’agriculture urbaine et de la lutte contre le gaspillage alimentaire.

     

    On le constate, toutes ces questions méritent discussion. Le 21 septembre, l’occasion sera excellente pour le faire.













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