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    Réchauffement climatique

    Le ministère des Transports est coupable d’immobilisme

    9 septembre 2016 | Karel Mayrand - Directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki et membre du comité-conseil sur le climat du gouvernement du Québec | Actualités en société
    De 2006 à 2013, il s'est ajouté en moyenne 80 000 véhicules au Québec.
    Photo: Olivier Zuida Le Devoir De 2006 à 2013, il s'est ajouté en moyenne 80 000 véhicules au Québec.

    La scène est surréaliste. Le 7 avril 2016, le gouvernement du Québec lance sa nouvelle politique énergétique qui prévoit une réduction de 37,5 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) et de 40 % de la consommation de pétrole du Québec. Sont présents le premier ministre, le ministre de l’Énergie, le ministre de l’Environnement, le ministre des Affaires autochtones et la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation. Le ministre des Transports (responsables de 43 % des émissions de GES et de 75 % de la consommation de pétrole du Québec) est absent. Cette absence est le symptôme d’un malaise profond qui afflige nos transports.

     

    On a beaucoup parlé du ministère des Transports au printemps dernier en raison notamment de l’opacité de sa gestion, d’allégations d’intimidation en son sein et de la proximité des firmes de génie-conseil qui détiennent des adresses de courriel et ont accès aux dossiers du ministère. Cet épisode s’est terminé par la démission d’une sous-ministre.

     

    Mais derrière les dérapages dans la gestion du ministère et l’invasion de cônes orange qui a déferlé sur le Québec cet été se profile un enjeu qui a jusqu’ici été occulté : le ministère a perdu le contrôle des transports au Québec. Les statistiques récentes le confirment hors de tout doute :

     

    De 2006 à 2013, il s’est ajouté en moyenne 80 000 véhicules par année au Québec. Cette tendance s’est poursuivie depuis pour porter le parc automobile québécois à plus de 4,5 millions de véhicules à la fin de 2015.

     

    Depuis l’an 2000, la croissance du nombre de véhicules en circulation sur nos routes a été de près de 40 % à un rythme de croissance annuel de 1,9 %, soit deux fois celui de la population.

     

    Alors qu’il y a une décennie, il se vendait au Québec un véhicule utilitaire sport (VUS) pour trois voitures, il se vend désormais plus de VUS que d’automobiles. Les Québécois déboursent en moyenne 14 000 $ de plus à l’achat et 36 % de plus en essence pour se déplacer dans des véhicules toujours plus gros.

     

    Conséquence de l’accroissement du parc automobile et de la multiplication des VUS, le transport accapare désormais 19 % du revenu disponible des ménages québécois, un chiffre en hausse constante depuis 15 ans. C’est plus que pour l’alimentation. À peine moins que pour le logement.

     

    Les émissions de GES du transport routier ont augmenté de 31,1 % depuis 1990, alors que celles de l’ensemble du Québec diminuaient de 8,6 %. Les émissions des VUS et camions légers ont quant à elles augmenté de 99 %.

     

    Aucun leadership

     

    Résultat : les ménages paient de plus en plus cher pour produire de plus en plus de pollution dans d’interminables bouchons de circulation. La congestion routière est devenue endémique dans les régions métropolitaines de Montréal et de Québec, générant des coûts économiques de l’ordre de 2 à 3 milliards par an à Montréal seulement. Comment pourrait-il en être autrement alors que le nombre de véhicules croît exponentiellement et que le réseau routier est déjà saturé ?

     

    Devant un tel bilan, on s’attendrait à un coup de barre majeur de la part du ministère des Transports. Le premier ministre Couillard n’a-t-il pas lui-même renommé ce ministère « ministère des Transports, de la Mobilité durable et de l’Électrification des transports (MTMDET) » en janvier dernier ? Mais les véritables changements se font attendre.

     

    Le ministère est incapable d’exercer un véritable leadership en matière de transports collectifs, bien qu’il reçoive les deux tiers du financement du Fonds vert pour ce faire. Le financement des transports collectifs stagne depuis des années et on attend encore une politique de mobilité durable. Pour comble d’insulte, la Caisse de dépôt et placement du Québec a damé le pion au MTMDET en lançant le plus grand projet de transports collectifs en deux générations, le Réseau électrique métropolitain (REM). Le MTMDET est-il capable d’en faire autant ? Le moment serait bien choisi alors que le gouvernement fédéral se lance dans un programme ambitieux d’investissements.

     

    Fuite en avant

     

    À l’heure actuelle, le MTMDET est engagé dans une fuite en avant onéreuse et sans issue : construire toujours plus de routes gratuites pour répondre à une demande infinie. Le ministère n’a aucun objectif de réduction des émissions de GES, aucun objectif de diminution de la consommation de pétrole, et aucun objectif visant à contrôler la demande routière. Il se contente de gérer l’offre. Un peu comme si vous ouvriez un Tim Horton’s en offrant des beignes et du café gratuits à volonté. Il n’y a pas assez de farine au monde pour soutenir un tel projet, comme il n’y aura jamais assez de bitume et de cônes orange pour répondre à la demande des Québécois.

     

    L’immobilisme du MTMDET est le principal obstacle à la lutte contre les changements climatiques et à un changement de cap en transports. Einstein a dit qu’on ne peut résoudre des problèmes en utilisant les mêmes modes de pensée qui les ont engendrés. Le ministère doit changer de paradigme et se doter de véritables outils de gestion de la demande. Il doit se doter d’objectifs de transfert modal, de diminution du nombre de véhicules qui circulent sur nos routes et du nombre de kilomètres qu’ils parcourent, favoriser l’achat de véhicules de plus petite taille, favoriser le covoiturage pour augmenter le ratio passager/véhicule, et mieux gérer les pointes par des tarifications intelligentes.

     

    Mais plus encore, il doit systématiquement prioriser les transports collectifs pour offrir de véritables solutions, performantes et abordables, aux résidants des zones périurbaines et des régions du Québec qui n’ont pas accès à des transports collectifs dignes de ce nom. Faut-il rappeler que les investissements dans les transports collectifs créent 2,5 fois plus d’emplois et de retombées économiques que les investissements routiers ? Le Québec peut-il se passer d’une telle manne ?

     

    Le MTMDET doit sortir de son immobilisme pour remettre l’ensemble du Québec en mouvement.













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