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    Forum social mondial: une première qui pourrait être une dernière

    Le bilan mitigé de l’événement qui s’est tenu à Montréal impose une réflexion

    La grande réunion du mouvement altermondialiste s’est terminée dimanche à Montréal.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La grande réunion du mouvement altermondialiste s’est terminée dimanche à Montréal.

    À la lumière du bilan mitigé de l’édition montréalaise du Forum social mondial (FSM), la première à se tenir dans un pays du G7, le mouvement altermondialiste se demande désormais si ce grand rassemblement pourrait aussi être le dernier à se tenir dans l’hémisphère nord.

     

    Dès le départ, l’organisation du FSM à Montréal a été justifiée par la promesse de « dépasser la fracture Nord-Sud ». Or, si le Forum a bien permis aux syndicats, aux groupes écologistes et aux autres organisations militantes d’échanger sur la marche à suivre pour contester le système, ce sont surtout les scandales du rejet des visas de participants et de la présence de groupes antisionistes qui ont retenu l’attention.

     

    « Probablement que le Forum ne reviendra pas de sitôt à Montréal », blague Carminda Mac Lorin, coorganisatrice du FSM, questionnée par les journalistes sur les problèmes d’accès au pays qu’ont connus de nombreux participants. Elle insiste toutefois sur l’aspect positif de l’affaire, largement relayée par les médias : « L’enjeu touche tous les forums. Au moins, lors de cette édition, il a été mis sur la place publique. »

     

    Selon Pierre Beaudet, professeur à l’École de développement international et mondialisation à l’Université d’Ottawa, cet enjeu est susceptible de nuire au retour du Forum dans un pays riche. « Ça pose un regard sceptique pour le refaire dans un pays du Nord. Le caractère mondial du Forum est essentiel. Il y a une réflexion à avoir sur cela », note le passionné de l’histoire du FSM.

     

    Pertinence en doute

     

    En plus du problème de l’accès au visa, d’impitoyables critiques ont été émises au sujet de la présence de groupes critiquant Israël au sein du FSM. Au Québec, la Coalition Avenir Québec (CAQ) a demandé que soit retirée la subvention provinciale de 100 000 dollars accordée au Forum, dont la programmation incluait les groupes Palestinian House et Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS). Ailleurs au Canada, la présence de ces militants propalestiniens a également été dénoncée dans la presse.

     

    Le Forum social de Montréal a ainsi été comparé à une « attraction dépravée » par un chroniqueur du National Post, Terry Glaven, choqué par la caricature associée à la conférence, « Terrorisme, wahhabisme, sionisme », ultérieurement annulée par les organisateurs du Forum. « Ce fut amusant pendant que ça durait, mais, en tant que force vive chargée de réfléchir à l’élaboration d’un monde meilleur, le projet est terminé », juge le billet.

     

    Le journal montréalais The Gazette a également publié la réaction du Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA), critiquant la présence de ces groupes propalestiniens. « Pour qu’un changement significatif survienne, le Forum social mondial doit urgemment reconsidérer certaines parties de son programme », peut-on lire.

     

    Les organisateurs du FSM ne se formalisent pas de telles critiques. « En ce moment, la géopolitique est une question très complexe. Nous sommes heureux d’avoir pu créer un rare espace de dialogue sur différents enjeux mondiaux », se félicite Carminda Mac Lorin. Malgré la coïncidence avec les Jeux olympiques, l’organisatrice est satisfaite de la couverture médiatique du Forum. « Nous avons un très petit budget pour faire parler de nous, mais nous avons été très sollicités par les médias, notamment étrangers. »

     

    Peu de simples citoyens

     

    Dressant le bilan de cette édition du FSM, les organisateurs applaudissent à la présence de 35 000 participants au Forum, soit 20 000 de plus que le nombre de préinscriptions. L’engouement provient toutefois essentiellement des militants d’organisations déjà établies, analyse le professeur Pierre Beaudet. « L’objectif de créer des réseaux pour que les groupes s’assoient ensemble a été atteint. Du côté citoyen, par contre, c’était moyen. Il n’y en a pas eu beaucoup. »

     

    Pour cause : le FSM ne survient pas à un moment particulièrement propice à la critique du système, analyse l’universitaire. « Si ç’avait eu lieu pendant le Printemps érable, ç’aurait été autre chose. Le Forum survient dans un moment difficile » pour la contestation, avance M. Beaudet. Même si un tel rassemblement « valait la peine », il est d’avis que les luttes actuelles ont toujours du mal à se tailler une place dans l’arène politique. À ce titre, le FSM continue son rôle de miroir de la contestation, révélant aussi son angoisse.
     













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