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    Statistique Canada

    Le nombre de dossiers liés au terrorisme explose

    29 juillet 2016 | Boris Proulx - Avec La Presse canadienne | Actualités en société
    L’Ontario est la province où le plus grand nombre d’affaires criminelles en lien avec le terrorisme sont survenues, soit 60 en 2015, suivie par la Colombie-Britannique avec 36 et le Québec avec 30.
    Photo: John Woods La Presse canadienne L’Ontario est la province où le plus grand nombre d’affaires criminelles en lien avec le terrorisme sont survenues, soit 60 en 2015, suivie par la Colombie-Britannique avec 36 et le Québec avec 30.

    Le terrorisme a teinté plus de deux fois plus de dossiers criminels en 2015 qu’en 2014, rapportent les données publiées en juillet par Statistique Canada. Des chiffres qui n’indiquent toutefois pas tant une augmentation de la menace terroriste au pays qu’ils révèlent les premiers impacts de la nouvelle loi antiterroriste, estiment des experts.

     

    En tout, 173 affaires liées au terrorisme ont été comptabilisées par l’organisme public, ce qui représente une augmentation de 126 % par rapport à l’année précédente. 2014 a connu seulement 76 affaires, dont chacune peut inclure plusieurs effractions terroristes, selon la méthode de calcul de l’agence.

     

    Le thème du terrorisme était bien présent dans l’espace public en 2015. L’année dernière a vu des vagues de jeunes quitter le pays pour tenter de rejoindre le groupe armé État islamique (EI). Des étudiants du collège Maisonneuve ont par exemple été interceptés à l’aéroport de Montréal, en mai.

     

    Le collège était aussi fréquenté par Sabrine Djermane et El Mahdi Jamali qui ont notamment été accusés, toujours en 2015, d’avoir voulu quitter le pays pour commettre un acte terroriste à l’étranger. Les statistiques démontrent qu’au Québec, sept cas de départ du pays pour « participation à une activité d’un groupe terroriste » ont eu lieu en 2015 (contre un seul en 2014), tout comme treize affaires de « participation à une activité d’un groupe terroriste » (contre cinq en 2014).

     

    L’effet C-51

     

    Selon Stéphane Leman-Langlois, professeur de l’École de service social de l’Université Laval et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en surveillance et construction sociale du risque, cette hausse statistique des crimes liés au terrorisme est aussi la conséquence d’un autre événement de 2015 : l’adoption du projet de loi C-51 du gouvernement conservateur de Stephen Harper, devenu la Loi antiterroriste de 2015. La législation a ajouté de nouvelles infractions qui redéfinissent ce qu’est un crime lié au terrorisme.

     

    « Ce qu’on appelle du terrorisme ici ce ne sont pas des attaques avec de la violence, c’est toute une ribambelle d’actes qui sont étiquetés comme “ terroristes ” parce qu’on a changé la loi plusieurs fois depuis quelques années », prévient M. Leman-Langlois.

    Depuis C-51, on peut vous associer à la “promotion du terrorisme” si vous faites un documentaire sur les sables bitumineux ou si vous peignez une murale sur la Syrie
    Le militant David Christopher
     

    Stéphane Berthomet, codirecteur de l’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent, abonde dans le même sens. « La loi a modifié la définition de ce qui peut être considéré comme du terrorisme afin de s’adapter à une nouvelle réalité. Avant, on regardait s’il y avait appartenance à une organisation terroriste. Aujourd’hui, on peut être condamné pour terrorisme seulement pour l’action de se rendre à l’étranger avec une intention terroriste », résume-t-il.

     

    Plus de menaces ?

     

    À savoir si ces statistiques reflètent une augmentation de la menace terroriste au pays, les deux experts répondent par la négative. « Cela ne veut pas dire que l’activité des gens radicalisés sur le territoire canadien est plus ou moins élevée », explique Stéphane Leman-Langlois. Selon lui, il n’est pas exclu qu’un gouvernement utilise des augmentations des cas rapportés pour durcir ses lois et réduire les libertés civiles des citoyens, quoiqu’il estime que le gouvernement actuel n’a montré aucune inclination dans cette direction pour le moment.

     

    C’est tout de même ce qui inquiète le militant David Christopher, de l’organisme OpenMedia, qui a milité contre le projet de loi C-51. Selon lui, l’étiquette de « terroriste » devient si large qu’elle en perd son sens. « Les accusations [liées au terrorisme] contre des étudiants au Québec en 2012 ont par exemple fait gonfler cette catégorie à l’époque. Il y a beaucoup de “ faux positifs  dans ces données », croit-il. En 2012, 79 cas d’« incitation à craindre des activités terroristes » figurent effectivement dans les statistiques officielles. Statistique Canada a publié, cette année-là, une note explicative selon laquelle « l’augmentation des affaires relatives au terrorisme est surtout attribuable aux événements survenus dans le cadre des manifestations étudiantes ».

     

    « Depuis C-51, on peut vous associer à la “ promotion du terrorisme ” si vous faites un documentaire sur les sables bitumineux ou si vous peignez une murale sur la Syrie », avance David Christopher, tout en avouant qu’à sa connaissance, un tel cas n’est pas survenu jusqu’à présent. « C’est un peu le piège, concède l’expert en terrorisme Stéphane Berthomet. À force de réactions législatives, on va finir par appeler “ terrorisme ” beaucoup plus d’actes qu’avant. »

     

    Statistique Canada précise que les données doivent être interprétées avec prudence, puisqu’elles peuvent être annuellement revues à la baisse si une enquête révèle le non-fondement d’une affaire. Il est donc à prévoir que les données de 2015 soient révisées au courant de l’année.

     

    Pour l’instant, on peut y lire que 62 affaires de « participation à une activité d’un groupe terroriste » sont survenues au pays en 2015, contre seulement 26 l’année précédente. On note également une augmentation du « fait de se livrer ou de charger une personne de se livrer à une activité terroriste », avec 15 cas en 2015 contre 6 en 2014. 23 dossiers d’« incitation à craindre des activités terroristes » ont été traités l’an dernier, contre 8 l’année précédente. Finalement, 28 personnes auraient quitté le pays pour « participer à une activité d’un groupe terroriste » en 2015, contre 7 en 2014.

     

    Certains crimes émergent pour la première fois, comme « préconiser ou fomenter la perpétration d’infractions de terrorisme » (6 premiers cas) et quitter le Canada pour « perpétration d’une infraction constituant une activité terroriste » (3 cas).

     

    L’Ontario est la province où le plus grand nombre d’affaires criminelles en lien avec le terrorisme sont survenues, soit 60 en 2015, suivie par la Colombie-Britannique avec 36 et le Québec avec 30.













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