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    Les défis agricoles d’ici et d’ailleurs

    6 août 2016 | Pierre Vallée - Collaboration spéciale | Actualités en société
    « Si, dans les pays industrialisés, l’agriculture représente environ 2 % du PIB, ce chiffre est plutôt de 5 à 10 % pour les pays émergents et grimpe jusqu’entre 25 et 45 % pour les pays en développement. De plus, dans les pays en développement, entre 40 et 60 % de la main-d’œuvre nationale se trouve dans le secteur agricole », assure André Beaudoin, de UPA Développement international (UPADI).
    Photo: Issouf Sanogo Agence France-Presse « Si, dans les pays industrialisés, l’agriculture représente environ 2 % du PIB, ce chiffre est plutôt de 5 à 10 % pour les pays émergents et grimpe jusqu’entre 25 et 45 % pour les pays en développement. De plus, dans les pays en développement, entre 40 et 60 % de la main-d’œuvre nationale se trouve dans le secteur agricole », assure André Beaudoin, de UPA Développement international (UPADI).
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    L’agriculture est une activité essentielle à toute l’humanité, puisqu’elle permet de tirer de la terre l’alimentation nécessaire à la survie des êtres humains. On la trouve donc dans toutes les contrées, au nord comme au sud. Si l’agriculture dans les pays émergents et en développement est différente de celle pratiquée dans les pays industrialisés, dans les deux cas, toutefois, des défis se posent, et parfois même se rejoignent.

     

    « Pour bien saisir les enjeux de l’agriculture dans les pays émergents et en développement, il faut d’abord comprendre l’importance économique de l’agriculture pour ces pays, explique André Beaudoin, de UPA Développement international (UPADI). Si, dans les pays industrialisés, l’agriculture représente environ 2 % du PIB, ce chiffre est plutôt de 5 à 10 % pour les pays émergents et grimpe jusqu’entre 25 et 45 % pour les pays en développement. De plus, dans les pays en développement, entre 40 et 60 % de la main-d’oeuvre nationale se trouve dans le secteur agricole. »

     

    C’est dire le poids économique de l’agriculture pour ces pays et l’importance d’en assurer non seulement sa pérennité, mais aussi son développement. Mais ce développement se heurte à certains problèmes. « Depuis une vingtaine d’années, la croissance démographique des pays en développement a été plus forte que la croissance agricole. Ceci force ces États nationaux à puiser dans leur coffre afin d’importer des denrées alimentaires, ce qui met encore plus de pression sur leur devise, déjà faible. »

     

    Le second problème est l’accès à la propriété terrienne. « Plusieurs de ces agriculteurs ne sont pas propriétaires de la terre qu’ils cultivent. Ils ne peuvent donc pas la mettre en garantie auprès des institutions financières, ce qui les prive du financement nécessaire à la modernisation de leur ferme. »

     

    Des pistes de solution

     

    L’UPADI a mis en place des programmes, en collaboration avec des organismes locaux, afin d’apporter une solution à ce problème. « Nous versons des paiements anticipés sur la récolte à venir, au début de la saison, afin de permettre à l’agriculteur d’acheter ses intrants, et à la fin de la saison, afin de lui permettre d’écouler sa récolte au moment où il peut en tirer le meilleur prix, d’augmenter ainsi ses profits et de dégager une marge de manoeuvre. Une fois la récolte vendue, il rembourse les paiements anticipés, ce qui lui permet de bâtir sa crédibilité auprès des institutions financières, qui finiront un jour par lui faire confiance et lui donner accès au financement nécessaire à son développement. »

     

    Ce programme, aussi louable soit-il, ne peut constituer une solution permanente. « Il faut que ces pays se dotent d’une politique agricole nationale afin de soutenir l’agriculture locale et familiale. Malheureusement, on s’est fait convaincre, là comme ici, que l’État n’a pas à investir dans l’agriculture. Cette absence de l’État a fait en sorte de laisser toute la place aux multinationales, qui, elles, n’hésitent pas à investir en agriculture, au détriment évidemment de l’agriculture familiale. Il faut renverser la situation. Je crois que la nécessaire adaptation aux changements climatiques amènera les nations, peu importe le stade de leur développement, à repenser le rôle de l’État en agriculture et à mettre en place des politiques agricoles favorisant la biodiversité économique en agriculture et soutenant davantage l’agriculture familiale. »

     

    La relève au Québec

     

    L’un des problèmes qui guettent l’agriculture québécoise est celui de la relève. Et ici, au Québec, tout comme dans les pays en développement, l’accès aux terres agricoles constitue un réel frein. En effet, nombreux sont les jeunes agriculteurs québécois qui peinent à acheter une entreprise agricole.

     

    « La principale raison est le prix élevé des entreprises agricoles au Québec, avance Marie-Ève Arbour, de la Fédération de la relève agricole du Québec (FRAQ). Ce qu’on observe aujourd’hui sur le terrain, c’est que la valeur marchande d’une terre agricole est supérieure à sa valeur économique, c’est-à-dire à ses actifs. En d’autres mots, le vendeur a l’avantage et peut aller chercher un prix de vente supérieur à la valeur du bien vendu. Pour un jeune de la relève, ce prix de vente gonflé représente un obstacle souvent insurmontable. »

     

    De plus, croit-elle, cette différence entre la valeur marchande et la valeur économique d’une terre agricole ne fait que pousser vers le haut l’inflation et contribue ainsi à la financiarisation des terres agricoles. « Les grandes entreprises, comme Pangea, par exemple, l’ont bien compris, et comme elles ont de puissants moyens financiers, la valeur marchande élevée importe peu. Cela ne fait que pousser à la hausse le prix des terres agricoles et introduit des distorsions dans le marché. Par exemple, un agriculteur qui loue une terre agricole à un voisin sera prêt à débourser le gros prix pour l’acquérir de peur de la voir vendue à une grande entreprise. »

     

    Et cette situation touche même la relève apparentée, c’est-à-dire le fils ou la fille qui veut reprendre l’exploitation familiale. « Lorsque la relève apparentée arrive à acheter la ferme familiale, elle réussit à le faire grâce au don des parents, qui peut représenter entre 30 à 60 % de la valeur marchande de la ferme. Évidemment, seuls les parents qui ne comptent pas sur la vente de la ferme pour assurer leur retraite peuvent se permettre une telle générosité. »

     

    Une solution à portée de main serait de limiter le nombre d’hectares que peuvent acheter chaque année les grandes entreprises. « En limitant les achats à 100 hectares, ce que propose la FRAQ, on freinerait la montée des prix tout en favorisant le maintien de la ferme familiale. Parce qu’une fois qu’une terre agricole devient la propriété d’une grande entreprise, celui qui l’exploite n’est plus propriétaire, mais devient plutôt une sorte de salarié. »













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