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    Commerce équitable

    Une pratique imparfaite, mais toujours pertinente

    6 août 2016 | Etienne Plamondon Emond - Collaboration spéciale | Actualités en société
    Antonia Rodriguez Medrano, fondatrice de l’Asociación Artesanal Boliviana Señor de Mayo (ASARBOLSEM)
    Photo: Source CECI Antonia Rodriguez Medrano, fondatrice de l’Asociación Artesanal Boliviana Señor de Mayo (ASARBOLSEM)
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Ses produits certifiés seront vendus lors de la Foire Écosphère, les 13 et 14 août au parc Jarry, et il fera l’objet d’une douzaine d’activités lors du Forum social mondial de Montréal. Portrait du commerce équitable en 2016.


    « Un autre monde est possible avec le commerce équitable », lance Antonia Rodriguez Medrano, fondatrice de l’Asociación Artesanal Boliviana Señor de Mayo (ASARBOLSEM), jointe par téléphone en Bolivie. En 1989, elle a créé cette association pour permettre à des personnes marginalisées de travailler. À ses yeux, le commerce équitable a donné une occasion aux femmes de son association, particulièrement aux autochtones, de devenir autonomes. Certifiés par l’Organisation World Fair Trade, les vêtements et l’artisanat conçus par ses 146 membres sont vendus en Italie, en Grande-Bretagne, en Suisse et au Canada. Le prix de vente permet une meilleure rétribution des membres, en plus du versement d’une prime équitable destinée au développement de la collectivité.

     

    Invitée par le Centre d’étude et de coopération internationale (CECI) au FSM de Montréal, Mme Rodriguez Medrano participera à un témoignage croisé de partenaires internationaux sur la question le 11 août prochain, à la Maison du développement durable. « Nous ne sommes pas une grande entreprise ou un grand joueur économique. Nous devons nous soutenir entre le Nord et le Sud. Comme producteurs, nous avons besoin des consommateurs. Et les consommateurs ont besoin de nous pour avoir des produits biologiques, écologiques, d’une grande valeur et faits avec coeur », dit-elle. Le commerce équitable demeure pour ASARBOLSEM une planche de salut dans le secteur du textile, où la concurrence mondiale à bas prix demeure forte.

     

    Dans le vêtement, cette démarche reste peu répandue, entre autres en raison des étapes de transformation, soulève Lis Suarez, fondatrice de FEM International, un organisme soutenant l’entrepreneuriat féminin dans le domaine du textile. Le 11 août, à la Maison du développement durable, elle organisera un défilé de mode éthique. Elle observe un « momentum » autour de la question depuis le décès de plus de 1000 travailleurs dans l’effondrement du complexe Rana Plaza, à Dhaka au Bangladesh, en avril 2013. « Les consommateurs sont conscientisés, mais encore sensibles au prix », constate-t-elle.

     

    Impacts et limites

     

    Les répercussions positives du commerce équitable sont manifestes dans les collectivités impliquées, souligne un rapport publié par Équiterre en avril dernier. Une hausse du revenu, une amélioration des produits, un meilleur accès à la formation, un développement plus considérable de la collectivité, une autonomisation des organisations, ainsi qu’une meilleure protection de la biodiversité, des sols et des cours d’eau figurent parmi les impacts observés de manière généralisée dans les études sur le sujet. En revanche, le rapport notait que l’effet du commerce équitable demeurait limité en ce qui concerne la réduction des inégalités femmes-hommes et l’intégration des producteurs les plus marginalisés.

     

    « Ça demeure pertinent, le commerce équitable, mais ce n’est pas parfait », reconnaît Dario Iezzoni, président de l’Association québécoise du commerce équitable (AQCE). « C’est utopique de penser que le commerce équitable va tout régler tout de suite, commente Murielle Vrins, chargée de projet chez Équiterre. Il faut que le système s’établisse et fonctionne. Il faut des consommateurs, des coopératives et une roue qui tourne. Plus il y aura de coopératives, plus il y aura de sensibilisation et plus on pourra rejoindre ces producteurs marginalisés. »

     

    Après avoir constaté que les femmes ne représentaient que 25 % des exploitants agricoles et travailleurs directement impliqués avec elle, Fairtrade International s’est dotée cette année d’une stratégie d’égalité entre les genres. M. Iezzoni souligne que le Symbole des petits producteurs (SPP) — ou Símbolo de Pequeños Productores — a auparavant poussé « plus loin » les standards en la matière.

     

    Ce n’est pas le seul enjeu où le SPP a changé la donne. Apparue en 2010 en Amérique centrale, cette certification a été lancée à l’initiative des producteurs du Sud, contrairement aux autres dirigés depuis le Nord. La Brûlerie Santropol, établie à Montréal, a adopté le SPP pour ses produits. « On voyait d’un bon oeil que les petits producteurs du Sud s’organisent, car ils avaient parfois des produits qui étaient équitables et biologiques, mais pour lesquels ils ne pouvaient pas se payer une certification », remarque Katina Binette, vice-présidente de l’AQCE. Le SPP vise du même souffle à stimuler le commerce équitable à l’intérieur même des pays du Sud. L’apparition de ce nouveau joueur ne s’est pas faite au détriment de Fairtrade International, qui compte aujourd’hui 1,65 million de producteurs et travailleurs affiliés, soit 450 000 de plus qu’il y a cinq ans.

     

    Au bout de la chaîne

     

    Après un envol fulgurant entre 2000 et 2010, le commerce équitable a traversé des turbulences au Québec au début de la présente décennie. L’ONG Plan Nagua, fort actif dans le domaine, a fait faillite en 2011. En 2012, Oxfam-Québec a mis un terme aux activités d’Equita, qui distribuait une grande variété de produits équitables. Les mesures de l’ancien gouvernement Harper en matière de développement international, dont l’abolition des fonds consacrés à l’engagement du public, ont mis à mal des activités liées à ce secteur chez certaines ONG.

     

    Entre 2009 et 2013, les ventes canadiennes des produits certifiés Fairtrade sont passées de près de 320 millions à moins de 250 millions. La confiance dans les organismes de certification équitable a chuté entre 2011 et 2014, passant de 50 % à 37 %, selon le Baromètre de la consommation responsable de l’Observatoire de la consommation responsable.

     

    Dans ce contexte, les acteurs québécois du commerce équitable, les plus militants tout comme les grandes entreprises, se sont regroupés pour former l’AQCE. « On a décidé de se fédérer autour d’enjeux communs. On avait davantage à perdre à débattre des détails de mise en oeuvre plutôt que de promouvoir des principes », raconte M. Iezzoni.

     

    Le commerce équitable réalisé par des multinationales suscite parfois des débats dans un domaine cherchant à proposer une solution de rechange au modèle économique dominant. L’AQCE, qui compte aujourd’hui 35 organisations membres, les accueille favorablement dans leur mouvement inclusif si les standards respectés sont élevés. Keurig Canada est d’ailleurs membre en raison de ses produits Van Houtte certifiés Fairtrade. La démarche doit surtout, selon M. Iezzoni, respecter l’« essence du commerce équitable », qui est « de créer un lien direct avec les petits producteurs, s’engager à long terme avec eux, s’assurer de ne pas les maintenir dans une relation de dépendance et payer le juste prix ».

     

    La confiance envers les certifications équitables dans le Baromètre de la consommation responsable s’est redressée en 2015 à 51 %. Les ventes de Fairtrade Canada sont remontées en 2014 à leur niveau de 2009 pour ensuite atteindre 354 millions en 2015. Equifruit affirme que ses ventes de bananes équitables au Québec et en Ontario ont triplé dans les trois dernières années. L’AQCE estime le chiffre d’affaires actuel de ses membres dans le commerce équitable au Québec à 50 millions.













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