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    Un autre monde numérique est possible

    La philosophie des « libristes » est résolument antisystème : le rêve d’un univers dans lequel aucune barrière n’empêche l’accès au savoir humain, aux logiciels, à la culture et à la conception du matériel.
    Photo: IStock La philosophie des « libristes » est résolument antisystème : le rêve d’un univers dans lequel aucune barrière n’empêche l’accès au savoir humain, aux logiciels, à la culture et à la conception du matériel.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Le comité des « libristes » du Forum social mondial (FSM) de Montréal entend propager l’idée qu’il est possible d’émanciper la planète du joug de ces entreprises qui verrouillent leurs codes informatiques et qui génèrent un profit sur les informations personnelles de leurs usagers. À l’heure où l’information peut être copiée à l’infini et à coût pratiquement nul, les lois protégeant la propriété intellectuelle sont contestées par les militants, qui rêvent à l’émergence d’un monde où le savoir se transmet sans barrières. Entre-temps, les solutions « libres de droits » émergent un peu partout, mais sont encore plutôt méconnues, même des autres militants.

     

    La liberté, version numérique

     

    Rares sont ceux qui n’ont pas encore intégré la technologie dans la routine quotidienne. Ordinateurs, tablettes et téléphones intelligents sont nos compagnons de tous les jours, tout comme les réseaux sociaux numériques et les services de divertissement comme Netflix ou Spotify.

     

    « Comme on fait attention à ce qu’on mange, je crois qu’il faut aussi faire attention à la technologie qu’on consomme, pour que ça respecte l’écosystème numérique », apporte comme comparaison Marianne Corvellec, militante du logiciel libre. Tout comme elle n’ingère « pas que du bio », elle croit qu’il est bien normal d’utiliser des logiciels propriétaires. Toutefois, à mesure que l’informatique prend une place prépondérante dans nos vies, nous sommes en droit d’exiger d’y avoir accès, de pouvoir bidouiller ses codes et de s’approprier, finalement, l’outil. « [Les entreprises] mettent des verrous sur la technologie. C’est aussi un verrou économique », explique celle qui est aussi membre du conseil d’administration d’APRIL, un organisme français chargé de la promotion et de la défense du logiciel libre. « Je veux que l’informatique émancipe. Pas qu’il restreigne. »

     

    Marianne Corvellec prendra la parole à la grande conférence sur le logiciel libre intitulée « Un autre monde numérique est nécessaire : avec le logiciel libre, il devient possible ! ». Elle partage le podium avec l’une des sommités mondiales du domaine du logiciel libre, Richard Stallman. Président de la Fondation Free Software, aux États-Unis, Stallman est derrière le développement de GNU/Linux et du concept de « copyleft », un pied de nez au droit d’auteur (« copyright ») sous forme de licence permettant l’utilisation, la copie et la modification de son oeuvre, à la condition de maintenir ces privilèges pour le suivant.

     

    La révolution sera numérique ou ne sera pas

     

    La philosophie des « libristes » est résolument antisystème : le rêve d’un univers dans lequel aucune barrière n’empêche l’accès au savoir humain, aux logiciels, à la culture et à la conception du matériel. Le tout serait accessible, gratuit et prêt à être amélioré par la communauté. L’idéal n’est d’ailleurs pas limité au monde niché des programmeurs et « geeks » du Web, mais concerne tous les utilisateurs du numérique. « C’est un véritable mouvement politique qui va bien au-delà de la technique, explique Marianne Corvellec, qui précise son côté militant : il faut se battre contre le modèle américain des brevets. » Selon elle, la protection de la propriété intellectuelle nuit à l’innovation, et non l’inverse. « Certaines compagnies qui en ont les moyens financiers et juridiques peuvent déposer des brevets en masse [aux États-Unis] uniquement pour étouffer les jeunes pousses. » Si la société profitait des avantages d’un système libre bien établi, encore faudrait-il le favoriser en choisissant des logiciels libres pour les ordinateurs de nos gouvernements et du système public, avance-t-elle.

     

    Au Québec, ce combat est mené par l’organisme sans but lucratif FACIL, qui fait notamment la promotion du « pacte du logiciel libre », qui demande aux députés à l’Assemblée nationale de « respecter les standards ouverts dans l’administration publique et dans la livraison des services en ligne ». Mathieu Gauthier-Pilote, président de l'organisme FACIL, n’a pas de mots tendres à l’endroit de ceux qu’il qualifie de « géants pernicieux du numérique », comme Apple, Microsoft et autres Facebook. « Google, par exemple, utilise des logiciels libres afin de collecter notre information personnelle. D’autres utilisent les DRM [gestion numérique des droits], comme Apple. Quand tu achètes un vrai livre, tu peux le prêter, le revendre. Pas chez iTunes ! »

     

    Selon Mathieu Gauthier-Pilote, il existe plusieurs « courants libres », politiquement tant de gauche que de droite. Certains, plutôt extrêmes, ne reconnaissent aucun droit d’auteur. Ce sont ceux derrière le partage illégal de musique et de films via le protocole BitTorrent, par exemple. « Le courant modéré favorise plutôt les licences libres comme les Creative Commons. » En attendant la grande réforme du droit d’auteur, qui va peut-être venir rééquilibrer les droits de chacun, auteurs comme consommateurs, ce courant « modéré » dont il se réclame encourage le développement du logiciel libre, une « troisième voie » : ni piratage ni système.

     

    Faire connaître le militantisme numérique… aux militants

     

    Le logiciel libre souffre toutefois d’un manque de reconnaissance du public. « On est un peu comme les écologistes dans les années 1960 , explique Mathieu Gauthier-Pilote.  On n’est pas à l’étape où c’est tenu pour acquis que nos comportements doivent changer, encore moins à celle de la connaissance des solutions de rechange. »

     

    Ce mal touche même les militants, engagés dans les causes sociales ou environnementales. « Même le Forum social mondial n’utilisait pas des logiciels libres », se désole le libriste, qui a constaté l’usage généralisé de Google, Facebook ou Skype dans l’organisation du Forum.

     

    Faire valoir le rôle du logiciel libre dans la convergence des luttes est aussi un défi pour Marianne Corvellec, plus habituée à prendre la parole devant des spécialistes du milieu technologique et souvent déjà acquis à la cause. Elle conclut en citant la chanteuse et activiste sociale Bernice Johnson Reagon : « Si vous êtes trop à l’aise dans une coalition, c’est que ce n’est pas une coalition assez large ! » Bref, il est temps d’aller chercher de nouveaux alliés.

     

    Comme petite victoire, les libristes ont fait germer l’idée d’utiliser des logiciels libres pour l’organisation des prochains forums. En attendant, il sera possible de les consulter lors d’un atelier destiné à aider le public et les participants du FSM à se familiariser avec ces logiciels.













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