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    Criminalisation

    Des défenseurs à la rescousse des populations locales

    6 août 2016 | Réginald Harvey - Collaboration spéciale | Actualités en société
    Anne-Catherine Kennedy (à droite) en compagnie d’une représentante du COCOMACIA (Conseil communautaire majeur de l’Association paysanne de l’Atrato), un partenaire de Développement et Paix, dans le département du Chocó en Colombie
    Photo: Développement et paix Anne-Catherine Kennedy (à droite) en compagnie d’une représentante du COCOMACIA (Conseil communautaire majeur de l’Association paysanne de l’Atrato), un partenaire de Développement et Paix, dans le département du Chocó en Colombie
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    De nombreuses communautés vivant à travers le monde dans des milieux plutôt défavorisés aspirent à une meilleure qualité de vie ; elles sont souvent victimes des multinationales insouciantes de leur sort qui ignorent leurs revendications dans l’implantation mercantile de leurs mégaprojets. Développement et Paix dénonce le traitement réservé aux populations locales dans certaines régions du globe.


    Anne-Catherine Kennedy, chargée de programme auprès de l’organisme de solidarité internationale Développement et Paix, travaille principalement avec des groupes du Brésil et de la Colombie ; elle pose la problématique des enjeux en cause dans ces endroits : « Fondamentalement, ce que l’on retrouve au départ, c’est l’implantation d’un maldéveloppement. Les acteurs du développement posent un regard sur la situation à partir de la croissance économique et du produit intérieur brut (PIB). »

     

    L’argent est considéré comme la panacée à tous les maux « sans que l’on tienne compte de la qualité de vie ni du bien-être des gens et des populations, qui ont droit à une éducation adéquate, à des soins de santé convenables, à des emplois équitablement rémunérés, à des logements salubres et à un environnement sain ».

     

    Il est illusoire de croire que la croissance économique et la création d’emplois apportent une solution miracle : « Ça ne fonctionne pas de cette façon, parce qu’on se retrouve avec des environnements où il existe parfois des exploitations sauvages de ressources naturelles depuis des décennies ; on y voit un grand nombre de richesses quitter le territoire sans que les populations locales aient pu bénéficier de celles-ci. » Telle n’est pas la solution, car en agissant de la sorte, « on concentre la richesse dans les mains de certains individus et de certaines entreprises au détriment de ces populations ».

     

    Les gens qui vivent dans ces endroits travaillent dans des conditions précaires, et leur santé est mise à dure épreuve dans l’accomplissement de leurs tâches ; ils en prennent conscience, mais on tente de les faire taire : « On les retrouve dans des mines, où ils sont exposés à des produits dangereux. Ils vivent dans des conditions misérables, leurs maisons sont polluées et leurs enfants tombent malades. »

     

    Une prise de conscience rabrouée et achetée

     

    Ils en viennent donc à s’interroger et à remettre en question toutes les promesses qu’on leur avait faites sur la richesse collective dont ils seraient les bénéficiaires et sur leur qualité de vie, censée s’améliorer : « Quand les gens commencent à se plaindre, c’est à ce moment que la criminalisation et la répression apparaissent à l’endroit des individus et des dirigeants des mouvements ou des organisations. »

     

    Au départ, on tente d’étouffer les critiques en achetant les individus pour qu’ils convainquent les populations du bien-fondé d’un tel modèle ; par la suite, les collectivités servent d’appât : « On met en avant de petits projets, comme la construction d’un terrain de football dans une communauté appauvrie ou encore l’installation d’un petit centre de santé là où il n’en existe pas. »

     

    Mme Kennedy s’insurge : « Ils ont besoin de ces services, mais ils devraient leur être fournis par l’État ; ils y ont droit et ça ne devrait pas être un cadeau ou un don en provenance d’une compagnie en échange de leur silence par rapport à des violations de droits ou de normes du travail et environnementales. »

     

    Elle remet en question une sorte de déresponsabilisation de l’État : « Celui-ci, dans bien des cas, dispose de beaucoup d’argent, même dans des pays où il existe de grandes inégalités et beaucoup de pauvreté. Le problème, c’est que cet argent est fréquemment mal dépensé et qu’il y a beaucoup de corruption. »

     

    Criminalisation à outrance

     

    Les mouvements de défense des droits de la personne sont victimes d’une répression qui prend différentes formes, comme le rapporte Anne-Catherine Kennedy : « On les mate en les criminalisant, mais ce n’est pas la seule façon de le faire. On les stigmatise aussi, et il existe de plus la violence physique et le harcèlement qu’on exerce envers les gens. »

     

    Quant à la criminalisation elle-même, « elle se produit par la non-application de certaines lois ou par l’application injuste ou inégale de celles-ci. On s’attaque à un paysan, mais pas à un grand propriétaire terrien qui pollue, qui contamine et qui exploite ses travailleurs ».

     

    Elle se penche sur un autre aspect de la question : « Il y a aussi des lois qu’on crée expressément pour être en mesure de criminaliser des mouvements. On voit, de plus en plus, des États qui, dans les Amériques, ont approuvé des lois antiterroristes au langage très flou et vague, ce qui sert à rendre illégale la protestation sociale ou le désaccord avec des modèles de développement économique. »

     

    Dans de tels cas, « on assure que c’est le bien commun qui est en jeu, que c’est le progrès et le projet de l’État qui sont remis en cause. Si on proteste contre cela, par conséquent, on est contre la démocratie, contre la loi et contre l’État lui-même ; on devient un ennemi de celui-ci, parce qu’on ose s’opposer à un modèle qui ne correspond pas aux aspirations des populations locales ».

     

    Briser l’isolement

     

    Il importe de sensibiliser d’abord ces populations à l’existence de leurs droits, selon elle : « Les gens exclus, appauvris ou marginalisés ne les connaissent pas dans bien des cas ; ils savent qu’ils vivent mal, mais ils ne comprennent pas nécessairement toujours pourquoi ni comment faire pour arriver à mieux vivre ».

     

    En adhérant à des mouvements, « ils en viennent à aspirer à tous les droits dont ils font l’apprentissage et qui leur sont promis et garantis dans la Constitution ; ils se basent beaucoup sur celle-ci. Au Brésil, par exemple, en vertu de la Constitution de ce pays, pour les paysans, il y a le droit à la santé, à l’éducation, à du travail et à un logement digne. C’est également le droit de pouvoir travailler la terre pour en vivre. »

     

    Elle croit donc fermement que les gens prennent davantage connaissance de leurs droits en se regroupant et en s’organisant au sein de mouvements.













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