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    «David est certes petit, mais il est quand même fort !»

    6 août 2016 | Hélène Roulot-Ganzmann - Collaboration spéciale | Actualités en société
    Le pétrole bitumineux de l’Alberta est sale, son extraction et son raffinement produisent énormément de gaz à effet de serre, et on l’envoie majoritairement vers les pays étrangers, selon Anne-Céline Guyon, coordonnatrice et porte-parole de Stop Oléoduc.
    Photo: Francis Vachon Le Devoir Le pétrole bitumineux de l’Alberta est sale, son extraction et son raffinement produisent énormément de gaz à effet de serre, et on l’envoie majoritairement vers les pays étrangers, selon Anne-Céline Guyon, coordonnatrice et porte-parole de Stop Oléoduc.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Depuis 2013, Stop Oléoduc multiplie les conférences et les actions citoyennes afin de mettre fin au projet de pipeline Énergie Est. C’est David contre Goliath, en somme, comme ça l’est toujours lorsqu’il est question de lutter contre les accords de libre-échange qui se préparent un peu partout sur la planète, ou contre l’extraction de minerai par des multinationales. Mais comme l’union fait la force, croient-ils, tous ces David se rencontreront à Montréal la semaine prochaine à l’occasion du Forum social mondial.


    « La majorité des gens qui s’opposent au projet de pipeline le font pour deux raisons,explique Anne-Céline Guyon, coordonnatrice et porte-parole de Stop Oléoduc. D’une part, parce que c’est un envahissement de leur terrain avec des risques de pollution des terres et du fleuve et un véritable danger s’il venait à exploser ; d’autre part, parce qu’il n’entre pas du tout dans leur conception de ce que devrait être la transition énergétique. Nous devrions plutôt nous départir de notre dépendance aux énergies fossiles. »

     

    Sans compter que le pétrole bitumineux de l’Alberta est sale, que son extraction et son raffinement produisent énormément de gaz à effet de serre, et qu’on l’envoie majoritairement vers les pays étrangers, ajoute-t-elle.

     

    « L’Europe vient de le déclasser pour pouvoir l’importer, précise-t-elle. Et cela, grâce au fort lobbyisme mené par notre ex-chef de gouvernement, Stephen Harper. »

     

    À lui seul, le mouvement Stop Oléoduc résume merveilleusement bien les raisons pour lesquelles des centaines de citoyens et activistes se regroupent chaque année ou presque au sein du Forum social mondial. Parce que, selon les participants, les États abandonnent leurs peuples au profit des multinationales. Sciemment ?

     

    « Il suffit de regarder la sociologie des élites, répond Amélie Canonne, présidente de Stop TAFTA et Stop CETA, les deux accords de libre-échange que l’Union européenne tente d’établir avec, respectivement, les États-Unis et le Canada. Les gens qui négocient du côté des États et ceux qui représentent les multinationales viennent des mêmes mondes, et ils peuvent passer, d’une fois à l’autre, d’un côté à l’autre de la table. Le cas le plus emblématique, ces dernières semaines, c’est celui de l’ex-président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui s’en va travailler pour Goldman Sachs. Devant ce constat, les citoyens doivent plus que jamais se mobiliser, se saisir des sujets, s’ils veulent avoir une chance de faire valoir leurs intérêts. »

     

    « Il y a eu glissement du pouvoir des États, des peuples, entre les mains des grandes entreprises,confirme Pierre-Yves Serinet, coordonnateur national du Réseau québécois sur l’intégration continentale (RQIC), qui s’oppose lui aussi à toute forme de traité de libre-échange. Le secteur privé est consulté lors de la mise en place de politiques publiques qui viendraient restreindre ses intérêts. Mieux, quand des multinationales considèrent que leurs intérêts sont brimés par des politiques publiques, ils poursuivent les États pour des milliards de dollars, quitte à les mettre en situation de faillite ! Elles ont des droits démesurés, qui sont souvent inscrits au coeur même des traités de libre-échange. »

      

    Des enjeux liés

     

    Extractivisme, libre-échange, pouvoir des multinationales… ces trois enjeux sont donc liés. Ces trois fronts de lutte se retrouveront donc à Montréal afin de coordonner leurs actions. Avec, en toile de fond, le combat de tous contre les changements climatiques.

     

    « Le Forum est là pour saisir comment nos différentes luttes entrent en résonance entre elles pour remettre en question un système néolibéral qui nous mène droit à notre perte, puisqu’il est notamment en train de détruire la planète, indique M. Serinet. Nous allons coordonner des actions pour la rentrée afin de marquer les esprits. Mais nous allons aussi proposer une solution de rechange. »

     

    Proposer une nouvelle façon de mettre l’économie au service des gens, en harmonie avec la planète. Faire en sorte que, tout autour de la planète, les gens « vivent bien », pas forcément qu’ils « vivent mieux ». Parce que si de nombreuses populations doivent effectivement améliorer leurs conditions de vie, c’est loin d’être le cas partout sur la planète, notamment dans les pays du Nord.

     

    « La question des droits de la personne est fondamentale,affirme Anne-Céline Guyon. Les nations autochtones qui vivent près des sables bitumineux ont des taux de cancer incroyables, par exemple. On peut parler également de tous ces gens qui sont partis travailler pour les pétrolières en Alberta et qui vivent des moments difficiles aujourd’hui du fait de la chute du cours du pétrole. Ils sont de plus en plus nombreux à demander aux gouvernements des aides pour leur reconversion. Ils disent ne plus vouloir travailler pour une industrie qui détruit la planète. »

     

    « Les États vendent les accords de libre-échange à leur population en affirmant qu’ils sont bénéfiques en matière d’emploi et qu’ils améliorent le pouvoir d’achat, indique pour sa part Amélie Canonne. Or, les études démontrent le contraire. On nous répond à cela que les effets seront mesurables sur le long terme et que si les multinationales sont concurrentielles, ça crée forcément de la richesse. Mais pour les vrais gens, le long terme, ça ne veut rien dire. »

     

    « Les multinationales ne s’identifient pas à une nation, un territoire, renchérit Pierre-Yves Serinet. Leur seul leitmotiv, c’est de faire de l’argent. Et ce n’est pas vrai que cet argent va être redistribué aux populations locales. »

     

    Un discours qui sera largement entendu la semaine prochaine au Forum social mondial parmi les participants. Un discours qui, à les croire, est de plus en plus partagé au sein de la société civile.

     

    « Au début de notre mouvement, tout le monde nous disait que nous ne pourrions pas gagner contre Énergie Est, raconte la porte-parole de Stop Oléoduc. Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui pensent que le pipeline ne passera pas. Entre-temps, nous avons gagné notre combat à Cacouna. Ce n’est pas rien ! De plus en plus de gens osent afficher leur opposition. Dans le milieu de la santé, parmi les économistes, au sein de certains syndicats, l’Union des producteurs agricoles (UPA) même ! On se rend compte que plus les gens sont informés, plus ils sont contre. Alors, certes, David est petit, mais il est quand même fort ! »

    Le pétrole bitumineux de l’Alberta est sale, son extraction et son raffinement produisent énormément de gaz à effet de serre, et on l’envoie majoritairement vers les pays étrangers, selon Anne-Céline Guyon, coordonnatrice et porte-parole de Stop Oléoduc. Pierre-Yves Serinet, coordonnateur national du Réseau québécois sur l’intégration continentale (RQIC)












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