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    Le Forum des femmes : place aux luttes féministes

    6 août 2016 | Marie-Hélène Alarie - Collaboration spéciale | Actualités en société
    La Marche du pain et des roses, entre Montréal et Québec, en 1995, a donné naissance à la Marche mondiale des femmes en 2000.
    Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La Marche du pain et des roses, entre Montréal et Québec, en 1995, a donné naissance à la Marche mondiale des femmes en 2000.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Qu’il soit question de pauvreté, d’environnement, d’économie ou de sécurité alimentaire, qu’on soit au Mexique, au Mali, au Québec ou en Turquie, ce sont toujours les femmes qui sont concernées. Rencontre avec Mélanie Sarazin, présidente de la Fédération des femmes du Québec.


    Il y a plus de 20 ans maintenant, en mai 1995, marchaient des femmes de Montréal jusqu’à Québec. Elles voulaient contrer la pauvreté. Cette Marche du pain et des roses, mise en oeuvre par la Fédération des femmes du Québec (FFQ), a donné lieu à la Marche mondiale des femmes, qui se tenait pour une première fois en 2000. Puis, en 2005, naît la Charte mondiale des femmes pour l’humanité. Chacune de ces avancées se fera en étroite collaboration avec le Forum social mondial (FSM). Deux destins indissociables.

     

    La marche comme point d’ancrage

     

    Pourquoi une marche rassemblant 850 femmes qui parcourent 200 km a-t-elle eu tant d’échos et continue-t-elle à en avoir 21 ans plus tard ? « Les féministes, de par le monde, avaient besoin de s’ancrer dans quelque chose. On était chacune de notre côté, on rêvait d’un projet féministe de société et on voyait arriver les technologies et la mondialisation, on avait le sentiment que des terres étaient volées au profit d’une économie sauvage. La marche a été le point d’ancrage », affirme Mélanie Sarazin.

     

    Cette initiative québécoise a résonné partout dans le monde et deviendra la Marche mondiale des femmes (MMF) en 2000. Aujourd’hui, on constate que la résonance n’est malheureusement pas la même partout dans le monde : « Au Mozambique, où se trouve le secrétariat international, c’est comme si on en était encore en 1995 ; le mouvement est encore très jeune, mais très enthousiaste », raconte la présidente. Elle constate, quand elle assiste à des rencontres internationales, que même si le mouvement est en route et irréversible, il n’est évidemment pas rendu au même endroit partout. La dernière rencontre en date, celle des Amériques, qui se tenait au Pérou, en est un bel exemple : « Au Québec, il va de soi que les lesbiennes sont incluses dans le mouvement depuis longtemps. Au Pérou, c’est complètement nouveau, et le sujet est rarement abordé. On peut imaginer les rencontres où les discussions portent sur les questions lesbiennes. Les Péruviennes n’en reviennent tout simplement pas, de combien le Québec est avant-gardiste sur la question. »

     

    Un lieu ouvert

     

    Cette année, le Forum accueillera des militantes de la MMF. « Il y aura une douzaine de femmes de la Coordination des États-Unis de la marche avec qui on travaille étroitement, mais qu’on ne voit pas assez souvent. Il y aura aussi des militantes du Mexique, du Guatemala, du Pérou, et des femmes de différentes communautés autochtones », précise Mélanie Sarazin.

     

    Le FSM est un moment opportun pour échanger entre femmes de partout dans le monde. « C’est pour nous une occasion de voir ce qui se fait ailleurs et de partager ce qu’on fait ici. On y parle des résistances et de la manière dont on mène nos luttes. »

     

    Les militantes de la MMF se sont toujours impliquées dans tous les FSM, et cette année ne fera pas exception, même si le contexte est très différent. Pour la première fois, le FSM se tient en Amérique du Nord. « Pour de nombreuses femmes, c’est une toute nouvelle occasion de venir dans le Nord. Pouvoir faire partie d’une délégation de féministes en Amérique du Nord, pour elles, c’est très important », renchérit la présidente.

     

    Le FSM réunit différents groupes ; on pense aux écologistes, aux altermondialistes et à de nombreux mouvements citoyens qui luttent contre le racisme, l’intégrisme religieux, le capitalisme, etc. Parmi ces groupes, quelle est la place du mouvement féministe ? Au FSM, il existe un comité féministe auquel participent la FFQ et la Coordination du Québec de la marche. De plus, différentes actions ont été entreprises pour créer des lieux de convergence féministes, pour participer à des ateliers autogérés, etc. « Il y a aussi la Casa Feminista, un espace qui est disponible pour les féministes et tout au long du Forum ; on s’y réunit quand bon nous semble. Il va y avoir des prestations artistiques, de la création de bannières pour la marche de clôture, de la bouffe… Ce sera un lieu d’échanges. » Dans cet espace, la FFQ organisera un 6 à 8, où on pourra échanger sur les thématiques de la prochaine marche des femmes. D’autres événements organisés par d’autres groupes auront aussi lieu à la Casa Feminista. C’est l’idée même du Forum, tout y est ouvert, rien n’est vraiment prévu, ce qui donne tout l’espace nécessaire aux possibles. « C’est un peu le bordel, mais on aime ça ! Ça nous permet de participer beaucoup », ajoute la présidente.

     

    Trois ateliers de la FFQ

     

    C’est tout de même un peu exagéré de prétendre que rien n’est organisé. La preuve : la FFQ tiendra trois ateliers importants. Le premier atelier, donné par le comité de coordination de la MMF sur la thématique « Libérons nos corps, nos terres, nos territoires », sera composé d’un panel de militantes des États-Unis, du Brésil, du Mexique et des communautés autochtones du Québec. « On tentera de trouver un ancrage à la démarche d’éducation politique et populaire », explique Mélanie Sarazin, qui ajoute que la MMF se construit comme sujet politique et tente d’avoir une influence politique.

     

    Un second atelier, lié au Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL), au Collectif des femmes de diverses origines, aux Femmes autochtones du Québec et au Projet Accompagnement Solidarité Colombie (PASC), se tiendra dans la continuité de la MMF et du projet Des-terres-minées !. « On vient de terminer une tournée du Québec avec Des-terres-minées ! afin de voir quels sont les enjeux de tous les projets extractifs. Participeront à l’atelier des militantes engagées dans des luttes souvent au péril de leur vie, sort qu’a connu Berta Cáceres, une militante écologiste hondurienne qu’on a assassinée dans son village le 3 mars dernier pour avoir mené la lutte pour préserver son territoire. Sa fille viendra témoigner de la lutte de sa mère. » Deux militantes de Maliotenam qui ont érigé un barrage sur la 138 viendront elles aussi témoigner de leur expérience.

     

    Le troisième atelier, purement de la FFQ, porte le titre « Vieille au-delà des préjugés ». « La FFQ a un comité de femmes aînées vraiment actives. Elles viennent de mettre au point des outils intéressants pour contrer les stéréotypes liés à la femme vieillissante. » Ce seront ces femmes qui animeront la discussion autour de cette question du défi d’avancer en âge dans une société qui valorise la performance, la jeunesse et la beauté.

     

    On l’aura compris, l’idée au centre du FSM est de créer des liens, des liens internationaux. « On se construit et on consolide un réseau, une adresse courriel à la fois », conclut Mélanie Sarazin.













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