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    Le FSM à Montréal, une première dans un pays riche

    6 août 2016 | Martine Letarte - Collaboration spéciale | Actualités en société
    Si le FSM a osé s’aventurer dans un pays du Nord en 2016, c’est parce que ses bases ont été quelque peu ébranlées dans les dernières années.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Si le FSM a osé s’aventurer dans un pays du Nord en 2016, c’est parce que ses bases ont été quelque peu ébranlées dans les dernières années.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Le Forum social mondial (FSM) se déroulera à Montréal du 9 au 14 août. Plus de 1200 activités sont organisées par 1000 groupes de la société civile d’au moins 120 pays. L’objectif des 50 000 participants attendus ? Changer le monde.


    Au coeur du Mile-End, le petit espace du Forum social mondial commençait à s’animer un peu après 9 h en ce beau matin de juillet. Le cocoordonnateur Raphaël Canet discutait avec quelques responsables de thématiques. Des palettes étaient empilées dans un coin. Elles serviront pour construire le Village social mondial, sur l’esplanade Clark, dans le Quartier des spectacles. Le défi est de taille : faire de ce rendez-vous altermondialiste tenu pour la première fois dans un pays riche un succès rassembleur et porteur d’espoir.

     

    Si le FSM a osé s’aventurer dans un pays du Nord en 2016, c’est parce que ses bases ont été quelque peu ébranlées dans les dernières années.

     

    « Le FSM, lancé en 2001 à Porto Alegre au Brésil comme une solution de rechange au Forum économique mondial de Davos, se voulait un lieu où les organisations citoyennes se rassemblaient et unissaient leurs forces pour que leurs actions aient plus d’impact », raconte Raphaël Canet, qui participe aux éditions du FSM depuis 2004.

     

    Or, une crise économique mondiale a éclaté en 2008, puis sont arrivés le printemps arabe et le mouvement des Indignés avec Occupy Wall Street en 2011.

     

    « Le FSM a décidé de soutenir le printemps arabe en se tenant à Tunis en 2013 et en 2015, mais il y a quand même eu la prise de conscience que tous ces mouvements sociaux majeurs menés par la nouvelle génération s’étaient organisés à l’extérieur du FSM », explique Raphaël Canet.

     

    On a manifesté la volonté de se reconnecter aux mouvements émergents, et Montréal a sauté sur l’occasion.

     

    « Nous avions eu une grande mobilisation lancée par les jeunes avec le printemps érable, nous avions eu Occupons Montréal et, auparavant, on avait tenu deux éditions du Forum social québécois, indique Raphaël Canet. Des gens de ces différentes initiatives se sont mis à travailler ensemble, et nous avons réussi à obtenir le FSM à Montréal. »

     

    Du problème à la solution ?

     

    Dans les cercles altermondialistes toutefois, l’Amérique du Nord est vue davantage comme la source du problème que comme la solution.

     

    « On trouve en Amérique de Nord les États-Unis, une grande puissance impérialiste, et le Canada, le pire des pays en matière environnementale — même si ça devrait changer maintenant ! —, avec l’exploitation des sables bitumineux et le fait qu’il est le seul pays à s’être retiré du protocole de Kyoto », affirme Raphaël Canet, également sociologue et professeur en développement international à l’Université d’Ottawa.

     

    Toutefois, il y a des mouvements sociaux importants de différents horizons à Montréal, au Québec, au Canada, ainsi qu’aux États-Unis. Mais, encore en 2016, les groupes de femmes travaillent souvent entre eux, les environnementalistes aussi, tout comme les autochtones et les économistes. De plus, des luttes semblables se font dans différentes régions du monde sans nécessairement qu’il y ait une communication entre les gens impliqués.

     

    « On souhaite avec le FSM à Montréal rendre encore plus dynamiques ces mouvements, créer des liens entre les groupes et leur permettre de mieux s’entraider, explique le cocoordonnateur. Ensemble, on peut trouver des solutions de rechange pertinentes localement et à plus grande échelle. »

     

    Les organisateurs du grand événement altermondialiste, soutenus notamment par une subvention du Fonds d’initiative et de rayonnement de la métropole du gouvernement du Québec, souhaitent ainsi proposer des solutions concrètes pour changer le monde.

     

    «C’est fondamental pour le FSM de ne pas juste être contre, mais d’être pour, indique Raphaël Canet. On n’est pas seulement contre les changements climatiques, par exemple, on est pour des initiatives concrètes en consommation plus responsable et en énergies propres. On est contre le capitalisme, mais pour une économie sociale et solidaire, qui passe notamment par l’abolition des paradis fiscaux. »

     

    Il croit que l’implication de Montréal, plus globalement du Canada, et même de l’Amérique du Nord peut finalement avoir beaucoup de poids dans la création d’un monde meilleur.

     

    « L’Amérique latine suscitait beaucoup d’espoir pour les progressistes, mais elle est en crise maintenant avec plusieurs gouvernements de gauche qui tombent, ou qui sont aux prises avec beaucoup de tensions. Même chose pour l’Afrique du Nord. Il y a eu de l’espoir avec le printemps arabe, mais ensuite, de grandes déceptions. L’Europe, n’en parlons même pas ! Je crois que c’est à notre tour de porter l’espoir. Puis, je crois que si un pays du G8 décide de changer le système, cela peut avoir un gros impact. Mais, les politiciens ne le feront pas seuls. Ils vont le faire si la population se mobilise pour le demander. Le FSM sera le lieu de convergence pour y arriver. »


    Conférenciers vedettes Pour le rendez-vous montréalais, le FSM accueillera plusieurs conférenciers vedettes, dont la figure de proue du mouvement altermondialiste, Naomi Klein. Elle s’est fait connaître en 2000 avec son ouvrage à succès No Logo. Il y a deux ans, elle a fait paraître le livre Tout peut changer, adapté en documentaire l’an dernier. Le film, tourné dans neuf pays sur cinq continents, suggère d’utiliser la crise des changements climatiques pour améliorer la société.

    L’ex-président de l’Uruguay, Pepe Mujica, a aussi confirmé sa présence. « Il a fait partie des gouvernements de la vague de la nouvelle gauche en Amérique latine qu’on a vue apparaître dans les dix dernières années, explique Raphaël Canet, cocoordonnateur du FSM. Il racontera comment il a réussi à mettre en place des programmes progressistes. »

    La cinéaste Manon Barbeau, créatrice de Wapikoni mobile, des studios de cinéma ambulants qu’elle promène dans les différentes communautés des Premières Nations, donnera une conférence avec Melissa Mollen Dupuis, l’une des fondatrices de Idle No More Québec. Elle fait partie de la relève chez les femmes autochtones revendicatrices.

    Brûlant d’actualité, le thème du racisme sera aussi abordé avec la présence d’un représentant américain du mouvement Black Lives Matter. La conférence se déroulera à Montréal-Nord, en partenariat avec l’événement Hoodstock.

    Pour en savoir plus sur la programmation des grandes conférences : https ://fsm2016.org/grandes-conferences.












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