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    Idées

    Lettre d’un homme raciste, sexiste et homophobe

    Malgré mes bonnes intentions, je suis un produit de la société dans laquelle je vis

    11 juillet 2016 | Gabriel Villeneuve - Étudiant en littérature anglaise à l’Université Concordia, Montréal | Actualités en société

    Malgré mes bonnes intentions, je suis un produit de la société dans laquelle je vis. Comme elle, je suis raciste, sexiste et homophobe. J’ai grandi sur une terre qui fut volée à ses premiers habitants, dans une société patriarcale, où l’inégalité est perpétuée en faveur du Grand Homme blanc hétérosexuel. Je suis arrivé au monde doté de privilèges inestimables : un sexe masculin entre les jambes, la peau blanche, un corps parfaitement fonctionnel. Tout était en place pour moi : j’allais bénéficier du malheur des autres pour me construire une vie sécuritaire. Le rêve.

     

    J’ai beaucoup appris de ma socialisation : le cinéma m’a appris que l’homme est fort et stoïque, que la femme est belle et délicate, et qu’ils étaient faits pour s’agencer. Les médias m’ont appris à craindre les Noirs, les Arabes et les pauvres, entre autres. La société autour de moi semblait être le reflet de ces apprentissages, alors tout le système avait un sens.

     

    Jusqu’au jour où j’ai compris, à mon grand désarroi, que j’étais homosexuel et que ce même système était donc fautif. Une fois cette réalité laborieusement digérée, j’ai commencé à remettre en question de plus en plus de choses que la société me présentait comme « normales » ou « idéales ».

     

    J’ai par la suite compris que mon homosexualité ne m’empêchait pas de tenir de discours homophobes, auxquels j’adhérais comme plusieurs. Les hommes au comportement plus traditionnellement féminin m’énervaient sans raison valable. Comme une éponge, j’avais intériorisé le discours homophobe qui différencie « l’homme » de « la tapette », bien que cela n’eût aucun sens. J’ai alors compris que nous étions tous aussi racistes, homophobes et sexistes que la société dans laquelle nous vivons et que nous avions un travail de déconstruction considérable à effectuer. Un travail bien loin d’être terminé, même en 2016.

     

    Une urgence

     

    Certains récents événements me rappellent l’urgence de la déconstruction de ces discours oppressifs. Les circonstances entourant la mort de Philandro Castile et Alton Sterling [abattus par des policiers la semaine dernière en Louisiane et au Minnesota] prouvent qu’encore aujourd’hui la couleur de la peau joue un rôle décisif quant à la sécurité d’une personne. De vieux préjugés raciaux induisent chez les policiers un comportement souvent démesurément violent lors des interventions auprès de personnes de couleur.

     

    La tuerie d’Orlando, quant à elle, nous prouve que la masculinité, telle que la société nous l’inculque, provoque de la détresse psychologique violente, trop souvent fatale. Un énorme groupe de gens est laissé pour compte dans les normes sociales et politiques en place, et on observe des écarts immenses et, surtout, illégitimes dans la qualité et l’espérance de vie de ceux-ci par rapport aux gens dits « normaux ». L’American Foundation for Suicide Prevention révèle que près de la moitié de la population américaine trans essaie au moins une fois de s’enlever la vie. Visiblement, les cadres identitaires que nous imposons aux gens sont malsains, voire dangereux.

     

    Il est grand temps de réviser nos discours : la société dans laquelle nous baignons est raciste, sexiste et homophobe et, par conséquent, nous le sommes aussi, puisque nous y avons grandi. Une fois ce fait reconnu, le travail de déconstruction doit commencer. Pour nous diriger vers une société plus égalitaire, moins violente, plus inclusive et saine, il nous est important de demeurer critiques, d’apprendre à reconnaître les systèmes oppressifs en place, et d’engager un dialogue avec les gens autour de nous. La déconstruction de nos discours oppressifs ne peut qu’aider l’émancipation des groupes illégitimement marginalisés ou, de façon plus immédiate, sauver des vies.













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