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    Pourquoi pas une rue du Coureur-des-bois?

    Dans la foulée de notre dossier publié la semaine dernière, les lecteurs du «Devoir» se prononcent sur les toponymes à inscrire davantage dans le paysage québécois

    Certains aimeraient voir s’imposer un peu plus les appellations du terroir face aux Colibris, Moulin, Rivière ou Principale, qui dictent leur suprématie sur nos panneaux.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Certains aimeraient voir s’imposer un peu plus les appellations du terroir face aux Colibris, Moulin, Rivière ou Principale, qui dictent leur suprématie sur nos panneaux.

    Consultez notre dossier 101, rue de l'amnésie collective

    Beaucoup plus de boulevards ou de rues Jacques-Parizeau, comme celle que Québec se prépare à lui attribuer. Beaucoup plus de rues Pierre-Bourgault, Benoît-Lacroix, Anne-Hébert, Madeleine-Parent ou Denys Arcand ?

     

    Dans la foulée du dossier du Devoir sur les grands absents et la faible diversité de la toponymie du Québec (« 101, rue de l’Amnésie collective ») publié samedi dernier, des dizaines de lecteurs se sont prononcés, à notre invitation, sur les toponymes qu’ils rêveraient de voir un peu plus se multiplier dans leur environnement.

     

    Une consultation, aucunement scientifique, qui expose beaucoup de figures masculines, quelques artistes, deux dates marquantes et une poignée d’étrangetés pas forcément dénuées d’intérêt.

     

    « Comme la toponymie officielle, les propositions sont en grande partie composées de personnages masculins », constate la géographe Caroline Desbiens, professeure à l’Université Laval mais également membre de la Commission de toponymie du Québec.

     

    Un Louis Guertin, dit Le Sabotier, passager no 70 d’un des navires de Maisonneuve parti de Saint-Nazaire, en France, le 20 juillet 1653, en fait partie. Il est aux côtés d’un Gaston Miron, poète national, d’un Pierre Falardeau, réalisateur trublion, ou d’un Dédé Fortin, chanteur suicidaire du groupe Les Colocs.

     

    Autre constat : « Il n’y a pas beaucoup de surprises », ajoute-t-elle, tout en précisant que, dans celles qui ont été exposées par les lecteurs, quelques-unes méritent toutefois de faire du chemin.

    Comme la toponymie officielle, les propositions sont en grande partie composées de personnages masculins
    Caroline Desbiens, géographe, professeure à l’Université Laval et membre de la Commission de toponymie du Québec
     

    Ce ne serait pas le cas de la très décalée « rue Anne-Bonny » proposée par un lecteur ou une lectrice en hommage à cette femme pirate d’origine irlandaise, décédée en Caroline du Sud en 1782. Son mythe, tout comme le souvenir de sa passion avec un certain Rackham, puis avec une Mary Read, est nouvellement nourri par les amateurs de pirates, particulièrement ceux qu’Hollywood situe dans les Caraïbes.

     

    Le cas de la rue du Grand-Antonio serait toutefois à prendre avec un peu plus de sérieux, croit Mme Desbiens, puisqu’il rappellerait le passage sur terre d’Antonio Barichievich — son véritable nom —, homme fort, lutteur, artiste de son état, puis composante itinérante de la trame urbaine montréalaise jusqu’à sa mort en septembre 2003.

     

    Un lecteur l’a ramené au bon souvenir du présent, entre une rue La-Bolduc et une autre visant à célébrer la militante et féministe Simonne Monet-Chartrand, deux femmes dont les récurrences dans la toponymie nationale ne seraient pas, selon les répondants à notre appel, à la hauteur de leur contribution.

     

    « Une rue au nom du Grand Antonio serait un geste intéressant vers cette petite histoire souvent peu visible dans la toponymie, résume Mme Desbiens. Elle témoignerait aussi d’un parcours d’immigrant et d’itinérant qui est, en soi, une chose encore exceptionnelle dans le paysage toponymique du Québec. »

     

    Pas de poésie

     

    Du côté des dates, la récolte est plutôt mince avec deux propositions seulement : une rue du 25-avril 1849 pour rappeler l’incendie du parlement de Montréal, et une rue du 22-mars 2012 qui prête à confusion sans justification : elle peut en effet faire référence autant au coup d’État au Mali, d’où proviennent plusieurs Néo-Québécois, qu’à la grande manifestation étudiante nationale qui a marqué le 100e jour de grève du Printemps érable.

     

    « Cette manière de nommer est pourtant particulièrement riche pour ce qui est de maintenir la mémoire collective, et encore plus lorsqu’elle active cette mémoire en la liant à autre chose que des batailles militaires, comme c’est souvent le cas », rappelle Mme Desbiens, qui se dit que nos rues gagneraient à en faire apparaître davantage.

     

    Dernier constat : les propositions font ressortir un grand vide poétique qui « désole » la géographe. « Une toponymie créative, une toponymie susceptible de nous rattacher au territoire se doit d’évoquer l’esprit du lieu », dit-elle, ce que serait en mesure de faire une « rue du Coureur-des-bois » — étrangement absente de la toponymie du Québec —, tout comme, d’ailleurs, la rue des Amélanchiers, la rue des Bouscueils — nom donné aux glaces en mouvement en hiver sur le fleuve —, ou la rue de la Mouffette, animal de compagnie de l’automobile sur les routes du Québec, que personne n’a encore songé à inscrire sur un panneau de rue ici.

     

    Aucun lecteur n’en a d’ailleurs proposé l’ajout, à l’exception de Rachel Bouvet, professeure de littérature à l’UQAM et spécialiste de la géopoétique, cet art qui cherche à rapprocher les lettres et la géographie, en réponse à des questions du Devoir.

     

    Outre ces références singulières au territoire, étrangement oubliées, elle propose que davantage de rues de la Drave, des Draveurs, du Glaciel — cette météorisation de la roche par les glaces — fassent leur apparition. « Le vocabulaire propre au climat nordique a sa place dans notre toponymie », dit-elle.

     

    Le lexique du Nord, de la forêt, tout comme les composantes toponymiques innues, attikameks, inuites, estime-t-elle, en rêvant de voir ces façons de nommer le territoire diversifiées et ancrées dans le terroir s’imposer un peu plus face aux Colibris, Moulin, Rivière ou Principale, qui dictent leur suprématie sur nos panneaux.

     

    « La Commission de la toponymie du Québec a intégré la mise en valeur de toponymes autochtones dans son plan stratégique 2013-2015 », poursuit Mme Desbiens. Dans les derniers mois, une cinquantaine de noms inuits ont d’ailleurs été officialisés par la Commission, qui reconnaît qu’en dehors des communautés ou des territoires autochtones, cette toponymie peine encore à se révéler.

     

    L’ouverture pourrait passer par une rue Sachem, proposition d’un de nos lecteurs, que des villes « du sud » du Québec pourraient commencer à faire entrer dans leur toponymie.

     

    Le nom est générique, certes, mais il désigne, tout comme les mots « sagamore », « sagamo », « saqamaw », le chef suprême d’une tribu amérindienne, dont plusieurs ont occupé le territoire avant la Découverte, qui semble être le seul point de départ historique du peu de mémoire qu’exprime la toponymie nationale.


    On veut des noms… En vrac, voici quelques propositions toponymiques soumises par nos lecteurs.

    Pierre Bourgault

    Jacques Parizeau

    Gaston Miron

    Benoît Lacroix

    Michel Chartrand

    Guillaume Couture

    Simonne Monet-Chartrand

    La Bolduc (1849-1941)

    Grand Antonio

    Du 25 avril 1849

    Anne Hébert

    Madeleine Parent

    Sachem

    Pierre Falardeau

    Robert et Wolfred Nelson

    Anne Bonny

    du Vietnam

    Louis Guertin

    Du moulin Émile Bernier

    Père Lindsay

    Robert Lebel

    de Salières












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