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    La Réplique

    La GPA et les pères gais: rectifions les faits

    5 mai 2016 | Mona Greenbaum - Directrice générale de la Coalition des familles LGBT (CF-LGBT) | Actualités en société
    La vaste majorité des personnes qui ont recours à des mères porteuses sont des couples hétérosexuels.
    Photo: iStock La vaste majorité des personnes qui ont recours à des mères porteuses sont des couples hétérosexuels.

    Le déclencheur


    « Que l’évolution rapide des droits homosexuels, dont il faut par ailleurs se réjouir, donne lieu à une espèce d’impérialisme de la paternité est également troublant. »
    — Francine Pelletier, « Bébé Carmen », Le Devoir, 27 avril 2016


    Nous avons lu avec consternation l’article de Francine Pelletier concernant l’histoire frustrante du bébé Carmen, fille de deux pères gais qui ont fondé leur famille par la gestation pour autrui (GPA) en Thaïlande. Nous partageons la tristesse exprimée par la chroniqueuse quant à cette enfant ; cependant, nous croyons que Mme Pelletier propage des notions fausses et hétéronormatives offensantes pour la communauté gaie.

     

    Premier constat : la chroniqueuse parle de gestation pour autrui comme s’il s’agissait d’un enjeu qui concerne uniquement la communauté gaie. La réalité est tout autre : la vaste majorité des personnes qui ont recours à des mères porteuses sont des couples hétérosexuels. À la base, la gestatrice ne voulait pas garder le bébé parce qu’elle se considérait comme sa mère, mais plutôt parce qu’elle ne voulait pas le laisser dans les mains de deux gais — les parents d’intention dans cette histoire. Était-ce dans l’intérêt de ce pauvre bébé de passer le reste de sa vie avec une femme qui ne l’a pas désiré, qui n’avait aucun lien biologique avec elle et qui portait l’ADN d’un homme gai (identité que la gestatrice déteste) ? Par ailleurs, il faut se demander si toute cette histoire du bébé Carmen aurait été tant médiatisée si les parents d’intention avaient été un couple hétérosexuel.

     

    Deuxième constat : Mme Pelletier semble penser que les hommes gais peuvent se tourner vers l’adoption internationale pour combler leurs rêves de fonder une famille. Faux. Parmi les pays admissibles par le Secrétariat de l’adoption internationale du Québec, agence qui gère toutes les adoptions internationales des Québécois, aucun n’accepte les couples de même sexe. Même parmi les quelques agences qui acceptent de travailler avec un candidat célibataire, plusieurs exigent que le candidat signe un document notarié attestant de son hétérosexualité !

     

    Troisième constat, et de loin le plus dérangeant : Mme Pelletier mêle allègrement les droits des homosexuels avec la gestation pour autrui : « Que l’évolution rapide des droits homosexuels, dont il faut par ailleurs se réjouir, donne lieu à une espèce d’impérialisme de la paternité est également troublant. Au nom de quel principe un homme, gai de surcroît, peut-il revendiquer son droit d’avoir un enfant avec une femme qui, elle, théoriquement, n’en veut pas ? Car il y a là une autre grande dislocation : celle de l’entente sexuelle et amoureuse à la base de la procréation. »

     

    Cela fait par ailleurs des décennies que nous avons cessé de baser la famille au Québec sur une vision essentialiste qui mêle l’entente sexuelle et amoureuse et la procréation. Une vision comme celle-là est préjudiciable à toutes les familles avec parents gais et lesbiens, où la sexualité et l’amour de couple ne sont pas à la base de la procréation. De plus, c’est carrément insultant pour les milliers de familles avec parents hétérosexuels qui ont recours soit à l’adoption, soit à la procréation assistée ou à la gestation pour autrui pour fonder leur famille.

     

    Le seul organisme de défense des droits des familles LGBT (lesbiennes, gaies, bisexuelles et trans) au Québec, la CF-LGBT, conseille à ses membres d’éviter d’aller à l’étranger pour fonder leur famille et explique les périls liés au manque d’encadrement juridique, administratif et éthique de cette pratique à l’extérieur du Canada. Les impacts négatifs peuvent être nombreux et toucher les gestatrices (qui sont souvent dans des situations d’extrême pauvreté et ne peuvent pas donc faire des choix libres), ainsi que les parents d’intention. Mais surtout, cette situation met les enfants de la GPA à risque, remettant en question leur filiation et leur avenir.

     

    Vide juridique

     

    Au Québec, contrairement au reste du Canada, il y a présentement un vide juridique concernant la GPA. Cette pratique n’est pas illégale, mais les contrats entre gestatrice et parents d’intention — contrats ayant pour but de protéger l’ensemble des parties — ne sont pas légalement reconnus. Nous sommes ravis de voir qu’un comité consultatif au ministère de la Justice et même le Conseil du statut de la femme suggèrent tous les deux de mettre en place une législation pour encadrer ce processus. Nous serions ravis de voir une proposition de réforme du droit familial au Québec, incluant la pratique de la GPA, afin que nos membres, qui vont surtout en Ontario ou en Alberta pour fonder leur famille, puissent bénéficier d’un cadre juridique clair ici au Québec.

     

    Oui, la GPA a besoin de balises, Mme Pelletier, mais s’il vous plaît, il faut nuancer vos arguments, qui affectent bon nombre de familles et, surtout, des enfants.

     

     

    Réponse de la chroniqueuse


    Madame Greenbaum,

     

    Je vous félicite d’abord pour votre défense énergétique des droits LGBT. Vous faites un excellent boulot. Toutefois, ma chronique n’insinue pas du tout que la gestation par autrui « concerne uniquement la communauté gaie». Je considère que le phénomène des mères porteuses — pour tout le bonheur qu’il puisse procurer à des personnes voulant désespérément des enfants — est un phénomène dangereux auquel nous avons trop peu réfléchi. Aujourd’hui, chacun veut « son » enfant, comme jadis chacun voulait « sa » maison, « sa » voiture. Il y a un empressement consumériste dans toute cette histoire sans égard aux questions biologiques, éthiques et morales qui, personnellement, m’indispose. Alors que la maternité a toujours été un guet-apens pour les femmes, les enfermant dans des stéréotypes qui n’ont pas encore entièrement disparu, voici qu’on la réduit à sa plus bête expression : celle de porte-valise. Oui, les gais et les lesbiennes ont parfaitement le droit à une vie de famille comme les autres. Mais ce droit-là ne peut impliquer de traiter des femmes, notamment du tiers-monde, comme de la simple marchandise. Or, c’est bien ce qu’on a vu dans le cas de bébé Carmen.

    Francine Pelletier












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