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    Le Devoir de débattre

    Les cibles migratoires occultent les vrais enjeux, disent les experts

    Antoine Robitaille (à gauche) animait le Devoir de débattre sur le thème de l’immigration.
    Photo: Florence Sara G. Ferraris Le Devoir Antoine Robitaille (à gauche) animait le Devoir de débattre sur le thème de l’immigration.

    Plutôt que de débattre du nombre d’immigrants à accueillir — les fameux seuils qui divisent les partis politiques depuis quelques jours —, le gouvernement devrait se concentrer sur les manières d’appliquer sa nouvelle politique d’immigration sur le terrain, autant à Montréal qu’en région, ont souligné d’une même voix les quatre experts réunis à l’Université de Sherbrooke dans le cadre du Devoir de débattre sur les questions d’immigration mercredi soir.

     

    « Les seuils d’immigration sont toujours un peu arbitraires », déplore Guillaume Marois, docteur en démographie et coauteur du livre Le remède imaginaire, un ouvrage qui déconstruit l’idée que l’immigration est une « solution miracle » pour contrer les problèmes économiques du Québec. « Surtout que, sur le terrain, la différence entre 50 000 et 60 000 immigrants est assez marginale. » Selon lui, le gouvernement devrait plutôt se fixer des objectifs réalistes en matière d’intégration, notamment sur le marché du travail.

     

    Polémique

     

    « Cette question de chiffres mise sur la table par le premier ministre, c’est plus pour lancer une polémique, insiste Michèle Vatz-Laaroussi, professeure titulaire à l’École du travail social à l’Université de Sherbrooke sous les murmures approbateurs de l’assistance. Parce que dans la réalité, ce seuil ne sort pas de nulle part, il est le résultat de nombreuses discussions et de rapports d’experts. Ça ne relève pas juste de la ministre. Mais c’est certain que ça fait image. »« C’est un débat vain, renchérit son collègue de l’Université de Sherbrooke, le professeur adjoint à la Faculté de droit Guillaume Rousseau sous les regards entendus de ses collègues. Quand vient le temps de parler d’immigration, le chiffre qui devrait attirer notre attention ne devrait pas être le seuil, mais plutôt le taux d’immigration. » En ce sens, le Québec n’a pas à rougir, soutient celui qui s’est souvent penché sur les questions identitaires. « Je vous assure que nous ne sommes pas fermés, bien au contraire. Même si on décidait de geler ces fameux seuils, le taux d’immigration du Québec demeurerait très élevé par rapport aux autres pays de l’OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques]. »

     

    Tout comme Guillaume Marois, M. Rousseau estime d’ailleurs que c’est dans la mise en oeuvre de la politique que le bât blesse. « La question ne devrait pas être : est-ce qu’on augmente le nombre d’immigrants admis ou non ? mais plutôt comment on le fait ? comment on peut bien le faire ? » À son sens, des investissements majeurs devront être faits rapidement pour faciliter l’emploi des nouveaux arrivants, leur francisation et leur régionalisation. « Est-ce qu’on a tendance à limiter le débat de l’immigration à la grande région de Montréal ? Oui, absolument ! Peut-être que la solution serait que le prochain ministre de l’Immigration vienne des régions », lance-t-il en riant, suscitant les applaudissements nourris de la foule.

     

    Débats inachevés

     

    Ces objectifs doivent toutefois être considérés avec prudence, estime Rachida Azdouz, psychologue spécialiste en relations interculturelles de l’Université de Montréal. « Il y a des choses qu’on ne peut pas mettre sur les épaules des immigrants, explique-t-elle avec aplomb. Par exemple, on peut difficilement demander aux nouveaux arrivants d’occuper le territoire, alors qu’on a de la difficulté à le faire nous-mêmes. Il faudrait déjà mettre en place une politique de rétention des jeunes en région. »

     

    Même son de cloche du côté de sa collègue de l’Université de Sherbrooke. « Qu’on parle de la laïcité ou de la place du français, pour ne nommer que ceux-là, le Québec a de nombreux débats qui ne sont pas réglés, renchérit Michèle Vatz-Laaroussi. Ce qui est dommage, c’est qu’on a tendance à prendre les immigrants au piège là-dedans. Comme société, nous avons la responsabilité d’arrêter de leur faire porter l’odieux de nos débats inachevés. »













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